Yves Jégo : "ça décoiffe car on va dans le bon sens"

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 11 juillet 2008 à 15h51 , mis à jour le 28 août 2008 à 13h07

Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer explique les raisons de l'impopularité de Nicolas Sarkozy. Il affirme par ailleurs que "Ségolène Royal a semé le vent donc récolté la tempête"

Yves JégoYves Jégo © Abacapress

LCI.fr - Après 100 jours, quelle est votre perception de l'Outre-mer ?
 
Yves Jégo : J'ai changé de regard. Il était assez classique, un peu carte postale. En réalité, il y a des départements extrêmement dynamiques et un chômage qui baisse plus rapidement qu'en métropole. Je crois que l'Outre-mer est au carrefour de son histoire, avec la mondialisation d'un côté et l'écologie de l'autre. Deux rendez-vous que ces territoires sont en train de prendre. L'Etat doit mettre en place des outils renforcés pour que ces territoires saisissent cette chance historique.
 
LCI.fr - Sentez-vous les populations d'Outre-mer plus ouvertes à la mondialisation, les Français de la métropole sont inquiets ?
 
Effectivement, l'Outre-mer est par nature plus ouverte aux échanges. 90% des marchandises circulent aujourd'hui par la mer. Elle est au carrefour de toutes ces routes. La nouvelle géographie du monde donne une vraie opportunité à l'Outre-mer.  Et il y a une jeunesse qui a bien compris làs-bas qu'elle était devenue la garde-avancée de la France et de l'Europe. Nous devons mettre le paquet pour l'accompagner.
 
Mais l'Outre-mer doit aussi se prendre en charge. La classe politique locale doit être à la hauteur de défis et pas seulement attendre de la métropole que l'on vienne apporter des moyens. Il faut du donnant-donnant. Il faut casser cette image d'une Outre-mer qui vit sous la dépendance financière de la métropole. Saisissons les opportunités du temps, mais le sens de l'histoire, c'est "aide toi et le ciel t'aidera".

"Changer autant
de choses
est un moment
toujours difficile
à passer"

Yves Jégo

LCI.fr - Deux sondages montrent une nouvelle baisse de la cote de confiance du chef de l'Etat alors que les réformes sont plutôt approuvées. Y a-t-il un problème Sarkozy ?
 
Non, il y a trente ans que la France attendait la réforme. La réforme, c'est comme la potion amère que vous donne le médecin. Vous savez que vous en avez besoin mais quand vous l'avalez, c'est amer. Changer autant de choses est un moment toujours difficile à passer.
 
LCI.fr - Nicolas Sarkozy soigne-t-il avec doigté ?
 
Le gouvernement fait un travail en profondeur. Dans la durée, le pays va se moderniser. Effectivement, il y a à la fois une impatience de résultats et puis sans doute une difficulté à accepter un certain nombre de décisions difficiles qui font que la popularité n'est pas au rendez-vous de la réforme.
 
Mais quand vous dirigez un pays, soit vous cherchez à être populaire, et alors vous êtes souvent amené à ne rien faire. Soit vous cherchez à être efficace, et alors on peut faire le pari suivant : le médecin qui vous a remis debout, vous lui en serez gré.
 
Il y a des moments où il faut avoir le courage de faire le travail. Au fond d'eux-mêmes, les Français savent bien qu'il n'y a pas d'autre solution. D'ailleurs, si les Français ont élu Nicolas Sarkozy, c'est qu'ils savaient bien qu'il fallait en passer par là.
 
LCI.fr - Il y a un débat sur le rythme des réformes. N'est-il pas trop soutenu, un zapping permanent ?
 
Aujourd'hui, tout s'est accéléré. Nous sommes dans la société de l'immédiat. Les gens n'attendent pas leur magazine hebdo pour l'info mais consultent les sites internet. Le chef de l'Etat doit être dans le rythme de la société. Ce que la France a payé très cher, c'est que pendant vingt-cinq ans, elle n'a pas été au rythme du monde. Elle a agi à son rythme, fondé sur une grande histoire et sur ses propres traditions. 
 
La grande qualité de Nicolas Sarkozy, c'est d'avoir compris qu'il fallait se mettre au rythme du monde qui change. C'est vrai que c'est un peu perturbant pour des gens qui n'y étaient pas habitués mais si on ne court pas aussi vite que les autres, on se fait dépasser.
 
LCI.fr -Les parlementaires se plaignent d'un rythme de travail très chargé...
 
En tant qu'ancien parlementaire, je peux comprendre. Mais je comprends aussi qu'il y a des moments où il faut travailler beaucoup plus car tout s'accélère.

LCI.fr - Mais le travail d'explication en amont est-il suffisant ?  La réforme des 35 heures passe mal chez les cadres...
 
Il faut tout faire à la fois, c'est cela qui est difficile. On ne peut plus se permettre de prendre le temps d'expliquer tout, à tout le monde, dans le détail. Quand on essaie de respecter l'avis de tout le monde, on ne fait plus rien.
 
Il y a un devoir de pédagogie mais il faut faire comprendre qu'il faut changer de braquet. Pour gagner une course cycliste, il faut se mettre en danseuse et accélérer. C'est indispensable. Prenez l'exemple de la Pologne qui est passé en dix ans du moyen-âge communiste au 21e siècle. 
 
LCI.fr - L'impopularité de Nicolas Sarkozy est-elle due à son style ?
 
Les Français ont élu Nicolas Sarkozy en connaissance de cause. Souvenez vous de certaines polémiques, comme sur "le karcher", etc... Ils savaient qu'ils confiaient les rênes du pays à un homme d'énergie et à un homme qui voulait faire bouger, y compris de temps en temps en secouant un peu le tapis. 

Aujourd'hui, le vent souffle plus fort. Ca décoiffe un peu car on va dans le bon sens. Rien ne serait pire que de s'arrêter, de ne plus fâcher personne, de ne plus rien dire. On a vécu ça pendant trente ans. Nous sommes dans la rupture.
 
LCI.fr - Que pensez-vous du climat politique de ces derniers jours avec la polémique soulevée par Ségolène Royal sur son cambriolage et les réactions violentes de l'UMP ?  Quelle image du débat public...
 
Je dirai à Madame Royal : qui sème le vent récolte la tempête !  Si elle ne souhaite pas de réactions exagérées, il faut qu'elle ait des positions modernes et non qu'elle tienne des propos qui frôlent la démagogie et le populisme.  Sa stratégie est claire : elle cherche à faire parler d'elle, car elle est en difficultés avant le congrès du PS.  La seule erreur, peut-être, est de tomber dans ce piège et de parler d'elle.
 
Ce qui n'élève pas le débat public, c'est d'essayer de faire porter ses difficultés personnelles sur les épaules des autres. Tirer une conclusion de ce cambriolage, un acte inacceptable, pour accuser le président de la République et je ne sais quel clan d'en être l'hauteur sans en apporter aucune preuve n'est pas correct. Elle ne se grandit pas. Et les Français tireront les conclusions qui s'imposent, elle n'est pas à la hauteur de ce qu'elle aspire à être.
 
LCI.fr - Comment comptez-vous gagner la bataille des régionales en Ile-de-France, face à vos concurrents UMP comme Roger Karoutchi ?
 
Je ne suis pas en campagne électorale, je suis 100% ministre. J'y rentrerai le jour venu car j'ai des choses à dire et une vision pour cette région. J'ai envie de porter un changement profond de l'Ile de France. Il faut une rupture totale avec la gestion depuis dix ans. Il faut sortir d'une gestion où l'on se coopte, à droite comme à gauche. Ce sont sans doute de bons gestionnaires mais on voit toujours les mêmes. C'est aux Franciliens de prendre les choses en main.
 

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 11 juillet 2008 à 15:51
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27 Commentaires

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  • Frédéric, le 11/07/2008 à 21h46

    Comme quoi quand on veut on peut.Merci a la rédaction de LCI de m'avoir permis de m'exprimer.

  • PEDRO, le 11/07/2008 à 21h25

    Herev de Longpont apprenez la geographie, Taîwan et Hong-Kong c'est pas la Chine.

  • Leon du jura, le 11/07/2008 à 21h19

    Sarrko ? c est le meilleur depuis Charlemagne voila la vérité, moins de departs en vacances , ici en jura les locations sont plusques tristes...? ca prouve que nous francais avons compris qu il fallait économiser !! Vive notre Bon Président ...

  • Berny, le 11/07/2008 à 21h13

    J'en rajoute mais effectivement les insultes et les grossièretés de "Bruno de St Jean d'Angely" sont toujours publiées et même plusieurs fois pour le même acticle. En revanche moi qui suis toujours poli bien que quelques fois polémique je suis SYSTÉMATIQUEMENT censuré .J'ai fais des observations au modérateur lui reprochant d'être laxiste vis à vis des injures et des attaques "ad hominem " résultat :CENSURE ET ENCORE CENSURE.Quant au respect de l'orthographe je n'en parle même pas !!!

  • Nimbus, le 11/07/2008 à 21h02

    Pitoyable dialectique Mr Jego....

  • Henri, le 11/07/2008 à 20h48

    Comme le dit si bien mrs Gégo les changements sont toujours amers. c'est vrais pour une grande partie de la population pour d'autres ils se votent 80% d'augmentation et certains se votent aussi 5 ans de chomage plein pot s'ils ne sont pas réélus bref en France comme nous pouvons le constater c'est le pied et ces gens la pensent que nous n'avons rien compris !

  • Frédéric, le 11/07/2008 à 20h20

    Question a LCI : Qui se cache derriére ce "pseudo" BRUNO de Saint Jean d'Angely, un journaliste de la gauche CAVIAR ? Parceque lui a le droit de déverser sa bile et son venin sur le gouvernement (un ANTI Nicolas Sakozy qui lui ne connait certainement pas la Seine-Saint-Denis).On comprend pourquoi nombres de journalistes sont des gauchistes notoires.Je suis de droite donc pour les réformes et la politique du Président de la République Nicolas Sarkozi, mais je ne suis jamais publié. Est-ce de la censure? comme c'est bizarre!!!!!Enfin pour Laurent de Wallonie, pour l'instant de grâce arrétez de critiquer Sarkozy "la République Française de Belgique "(Wallonie) est pour l'instant de l'utopie ,moi je vous laisse votre roi de pacotille .CQFD.Je suis certain de ne pa être publier ,vous n'en n'auriez pas l'audace.Petite précision je ne suis pas journaliste, mais un français qui en assez de l'immobilisme et des magouilles du P.S , du P.C et de la CGT.Frédéric de Livry-Gargan

  • Herev, le 11/07/2008 à 20h15

    Pour ceux qui prennent comme reference la chine ou la russie (annie /paris) pensez vous que ces pays font de la concurrence loyale ,peut on les comparer avec notre modele sociale ou alors si il vous fait tant rever ,allez y vous bosserez 50 h pour 150 ? par mois avec 15 jours de conges ,si ca ,vous fait rever ,ne vous privez pas et bon débarras ,mais nos ancetres qui se sont battus pour nos avantages doivent se retourner dans leur tombe en entendant vos propos sur ces pays ou il n'y a aucune couverture sociale . bon vent!! je suis attere par ce vent qui souffle bizarrement sur la notion travail en france comme si on ne bossait pas assez, surtout venant de la part des patrons !!!

  • Laurent, le 11/07/2008 à 19h19

    Sarko restera surtout dans l'histoire comme le président le plus impopulaire de toute l'histoire de France...

  • Annie, le 11/07/2008 à 19h05

    En effet il était temps de réformer ce pays dont les habitants croient encore qu'il fait partie des "grands". La France vit sous perfusion depuis 30 ans et les français sont des assistés pour beaucoup d'entre eux, ont perdu tout sens critique et toute objectivité, tout sens des responsabilités et civisme, égocentriques qu'ils sont devenus. Qu'ils aillent voir au delà de nos frontières et ils comprendront (...peut-être!) que la France a un besoin urgent de réformes et sans doute plus encore que celles mises en place par Sarkozy. Lorsqu'on revient de l'étranger(par exemple Russie, Taîwan ou Hong-Kong), on a l'impression d'arriver dans un pays du presque tiers-monde. Quant à Royal, elle est l'archétype de l'irresponsabilité (y compris politique), du populisme, de la victimisation et quant à l'égocentrisme... elle est imbattable! J'espère que les sympathisants socialistes éliront qq'un qui a un peu plus d'étoffe et d'idées, ...ce qui ne devrait pas être trop difficile !

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