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Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 28 août 2008 à 12h39, mis à jour le 16 septembre 2008 à 15:43
Le député PS de Seine-St-Denis affirme que "son rassemblement ressemble à une première exclusion" qui ferme la porte aux fabiusiens et à la gauche du parti.
Le député PS Claude Bartolone, le 30 novembre 2007 © TF1/LCILCI.fr - Après Ségolène Royal, Pierre Moscovici ou Julien Dray, Bertrand Delanoë a officialisé sa candidature cette semaine au poste de premier secrétaire. Est-ce une candidature de trop ?
Claude Bartolone : C'était une candidature attendue et j'espère bien que l'université d'été de La Rochelle sera éclairée par autre chose que l'officialisation de candidatures plus ou moins crédibles. Ce n'est pas ce message qu'attendent les Français au moment où les Français découvrent à leur retour de vacances l'inquiétude du chômage et le renforcement de la crise économique et sociales. Ils veulent des socialistes plus capables de proposer une alternative politique qu'un La Rochelle transformé en festival de Cannes.
LCI.fr - Le maire de Paris appelle à un rassemblement autour d'un pôle majoritaire. A-t-il, selon vous, la capacité à rassembler le parti socialiste ?
Pour l'instant, son rassemblement ressemble à une première exclusion plutôt qu'à un rassemblement. En fermant la porte à Laurent Fabius et à la gauche du parti, il donne un prolongement stratégique à son admiration du libéralisme qu'il nous avait offert au moment de la sortie de son livre. Je pense que c'est une faute stratégique que de vouloir reproduire les mêmes éléments qui ont conduit la gauche à connaître la défaite lors des trois dernières élections présidentielles.
LCI.fr - Est-ce, selon vous, la menace de divisions futures ?
Oui, mais c'est surtout une faute politique. Au moment où tout le monde parle du risque que pourrait constituer Olivier Besancenot et l'extrême-gauche pour le PS, donner comme premier signal que l'on déserte la gauche du parti pour découvrir les charmes du libéralisme, c'est une erreur magistrale.
Je ne souhaite pas un PS capable de gagner uniquement les élections locales mais aussi les élections nationales. Il faut montrer aux Français que l'on propose une réelle alternative à Nicolas Sarkozy et aux dégâts du capitalisme financier.
LCI.fr - François Hollande affirme vouloir "travailler avec Bertrand Delanoë et d'autres" pour éviter la fragmentation du PS. Que vous inspire cette esquisse de rapprochement ?
Ce n'est pas une grande surprise. Il y avait un lien entre les deux avant l'été. Je ne comprends pas bien leur stratégie. Reste que cette approche tacticienne, c'est le genre de choses qui amène les Français à se désintéresser un peu plus du parti socialiste. Ils se moquent totalement de savoir qui veut travailler avec qui. Ils veulent savoir ce que l'on va leur proposer et sur quelles bases politiques.
LCI.fr - La popularité du maire de Paris n'est-elle pas tout de même un atout pour la dynamique qu'il veut enclencher ?
Le coup de la popularité, on nous l'a déjà fait. C'est en son nom que Ségolène Royal a été désignée lors de la présidentielle et on a vu le résultat. On a vu le danger idéologique qu'elle a représenté puisqu'elle avait proposé, je vous le rappelle, à François Bayrou d'être son Premier ministre.
Nous, les amis de Laurent Fabius, nous voulons continuer à travailler sur la nécessité d'apporter une réponse politique nouvelle à un monde qui a beaucoup changé. Nous voulons continuer à travailler avec les "reconstructeurs", avec Martine Aubry, avec Jean-Christophe Cambadélis et nous irons jusqu'au bout de cette démarche pour proposer un projet et une conception du PS partagés. .
LCI.fr - Souhaiteriez-vous que Martine Aubry annonce rapidement sa candidature à la succession de François Hollande ?
Je ne souhaite pas qu'elle ait le même genre de comportement que Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. Je souhaite qu'elle puisse expliquer qu'elle prendra ses responsabilités au moment où elle constatera qu'un accord politique se sera dessiné collectivement.
LCI.fr - A-t-elle les capacités à rassembler le PS ?
Oui car elle a quatre cartes maîtresses : elle est un symbole de la gauche qui change la vie au niveau local. Elle est aussi un symbole de la gauche au pouvoir et les attaques de Sarkozy contre le code du travail ont réhabilité les 35 heures aux yeux des salariés. D'autre part, elle n'est pas présentée comme une présidentiable tout en étant en capacité de l'être peut-être un jour. Et quatrièmement, à l'inverse de Bertrand Delanoë, elle est décidée à vouloir rassembler la droite et la gauche du parti pour permettre des victoires prochaines.
LCI.fr - Une question sociale... Le chef de l'Etat a décidé de taxer le patrimoine pour financer le RSA. Approuvez-vous cette idée, comme semblent le faire François Hollande ou Jean-Marc Ayrault ?
Il faudra voir exactement quels sont les mécanismes de financement. Je ne veux pas que ce soit uniquement les classes moyennes qui soient une nouvelle fois touchées. Je pense que Nicolas Sarkozy est à la recherche du moindre euro supplémentaire et donc il revient sur le choix politique qu'il avait initié au moment du paquet fiscal.
LCI.fr - Dans trois semaines, quelle sera votre position dans le débat parlementaire sur l'engagement de la France en Afghanistan ?
On ne peut pas retirer les troupes d'Afghanistan car ce serait un cadeau incroyable fait aux terroristes du monde entier. Mais dans le même temps, le gouvernement doit repréciser les raisons et les objectifs de notre engagement là-bas. Où est l'armée afghane ? Où en est-on de la moralisation de la vie politique dans le pays ? Nous attendons des précisons pour que ce débat et ce vote soient utiles. Les socialistes discuteront de tout cela et prendront une position commune.
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