Delanoë à Bordeaux en janvier 2008 © AbacapressSi la détermination de l'ex-candidate à succéder à François Hollande a toujours été sans failles, celle du maire de Paris paraissait (à tort) en juillet plus floue, sa contribution n'ayant pas réuni autant de signatures que cela. Mais c'est finalement trois jours avant l'université d'été de La Rochelle que Bertrand Delanoë a décidé de franchir le Rubicon en officialisant sa candidature à la tête du Parti, donnant un brusque coup d'accélérateur à la course à la succession de François Hollande. A moins de trois mois du Congrès de Reims, le maire de Paris, 58 ans, confortablement réélu en mars, a levé dans une interview au Monde le secret de Polichinelle, assurant qu'il sera candidat au poste de Premier secrétaire: "j'accepterai évidemment la première tâche de militant, si les socialistes me la confient". Il sera "le premier signataire d'une motion pour une orientation politique" qu'il souhaite "majoritaire".
Sa contribution "Clarté, courage, créativité" en vue du congrès est déjà soutenue notamment par Elisabeth Guigou, nombre d'élus de grande villes, et l'ex-Premier ministre Lionel Jospin. Bertrand Delanoë en appelle à ceux qui ont "le courage de se rassembler sur les idées qu'ils partagent", citant les "militants et les élus" ayant soutenu Martine Aubry, François Hollande, Pierre Moscovici ou Jean-Marc Ayrault. Ségolène Royal n'est pas citée, pas plus que Laurent Fabius. Le maire de Paris sera donc dans les starting-blocks avec l'ex-candidate à la présidentielle, qui s'est déclarée en mai, le strauss-kahnien Pierre Moscovici, Julien Dray, proche de Hollande, et probablement Martine Aubry. Sa démarche contrevient au souhait de François Hollande, premier secrétaire sortant qui voulait une synthèse intégrant notamment Delanoë-Royal. "Ses discussions de l'été n'ont apparemment pas abouti", a expliqué un des proches du premier secrétaire.
Le moment choisi par Bertrand Delanoë ne doit rien au hasard : mercredi, il fera sa rentrée publique lors d'un déplacement à Bergerac, en Dordogne, avant d'enchaîner sur La Rochelle, où il organisera vendredi soir une réunion des signataires de sa contribution. En paraissant encore hésiter sur sa volonté de prendre le parti, le maire de paris prenait le risque de lasser les militants et de décourager certains de ses partisans alors que ses rivaux affichent leur détermination.
Par ailleurs, si son influence dans le parti est encore à construire, Bertrand Delanoë compte s'appuyer sur un atout de poids : sa popularité chez les Français. Dans l'opinion, le maire de Paris apparaît toujours comme le meilleur candidat (avec 27%) pour succéder à François Hollande aux yeux des Français, largement devant Ségolène Royal (18%) mais chez les sympathisants socialistes, l'écart se rétrécit (29%-27%).
Un risque d'être pris en étau ?
Dans son interview au Monde, il se pose en opposant à Nicolas Sarkozy, mais "pas au lance-flammes", selon son entourage. Il se démarque également en termes voilés de ses concurrents. Il "ne recherche pas d'alliances avec des partis qui ne se proclament pas clairement de gauche", allusion au rapprochement de Ségolène Royal avec le centriste François Bayrou durant la campagne de 2007. Il critique aussi les "combinaisons confuses", visant Martine Aubry qui tente un regroupement avec à la fois les fabiusiens, des strauss-kahniens et des barons régionaux. Laurent Fabius n'est pas épargné: "nul ne devra plus jamais se sentir au-dessus" des votes des militants, prévient M. Delanoë.
Cette candidature s'inscrit dans un processus initié dès La Rochelle l'an passé, où le maire de la capitale ne se disait candidat "à rien", mais à "des choses", n'excluant "rien du tout". Pour son entourage, il s'agit d'un "cheminement". Selon un cadre du PS, "Bertrand avait besoin de parler vite. Il a bien vu que Martine avait de la dynamique et que Ségolène était déterminée, prépare le Zénith (réunion des partisans de Mme Royal le 27 septembre, ndlr), certainement pas pour faire ses adieux. Martine sort son bouquin (Et si on se retrouvait.) discute avec d'autres courants". "Le risque était grand pour Bertrand" d'être pris en étau "entre les deux dames", poursuit cette source.
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