
L'avenir du fichier de police Edvige, destiné notamment à recenser les élus et les militants syndicaux ou associatifs, est devenu incertain mercredi après l'intervention de Nicolas Sarkozy qui souhaite des aménagements afin de "préserver les libertés publiques". Le collectif de syndicats et d'associations opposés à ce fichier, qui maintient une journée d'action le 16 octobre, jour de la Sainte-Edwige, estime que le retrait du décret paru le 1er juillet ayant créé ce fichier est un "préalable à l'ouverture d'un débat parlementaire". Il appelle dans un communiqué "les défenseurs des libertés à amplifier la mobilisation".
Dans l'opposition, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, et le président du MoDem, François Bayrou, ont aussi demandé l'abrogation du décret et un réexamen du dossier par le Parlement, une option approuvée par le président UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer. "Ce n'est pas une réussite jusque là. Nous allons à l'Assemblée reprendre les choses en mains. J'ai demandé au président de la commission des lois d'auditionner le ministre et procéder à toutes les auditions nécessaires", a dit Bernard Accoyer sur RTL, jugeant que le dossier avait été "mal conduit". "Dans un fichier, il y a deux choses à respecter (...), la liberté et la sécurité. On est au coeur des responsabilités du Parlement et donc j'entends bien après les auditions que le cadre, la définition de ce qui sera recueilli dans ce fichier soient définis par la loi", a-t-il ajouté.
Les critiques de Nicolas Sarkozy
Au lendemain d'une réunion d'urgence à l'Elysée lors de laquelle le président a repris la main sur le dossier de la discorde, Nicolas Sarkozy a de nouveau évoqué le sujet mercredi matin lors du Conseil des ministres. Pour appeler les membres du gouvernement au "sang froid", à la "cohérence" et à la "cohésion", après les doutes émis ces derniers jours par Hervé Morin puis Rama Yade. "C'était un commentaire global qu'il a fait à l'ensemble des membres du gouvernement, en rappelant que le gouvernement était une équipe qui devait être solidaire", selon le compte-rendu fait par le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel.
Et sur le fond, après la réunion impromptue à l'Elysée mardi soir avec le Premier ministre, François Fillon, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, et des responsables policiers, la présidence de la République a fait savoir que Nicolas Sarkozy avait demandé l'ouverture d'une "concertation qui devra être suivie de décisions pour protéger les libertés". Le chef de l'Etat souhaite l'abandon des possibles mentions concernant la santé et la sexualité des personnes fichées et remet en cause le bien-fondé de ficher des personnalités.
L'UMP a appuyé cette prise de position en estimant que les mentions sur la santé et l'orientation sexuelle n'ont "rien à faire dans un tel fichier". Le parti majortaire demande mercredi dans un communiqué "que soit posée la question du fichage des personnalités, obsolète à l'heure où internet procure des informations immédiates sur les personnes publiques". Nicolas Sarkozy a pris de court son Premier ministre, qui avait la veille critiqué les réserves émises sur Edvige par son ministre de la Défense, Hervé Morin, coupable à ses yeux de "créer des suspicions là où elles n'existent pas".
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