Policier devant son ordinateur © LCIAprès des semaines de polémique et quatre jours de consultations au ministère de l'Intérieur, Matignon a transmis vendredi à la Cnil une nouvelle version du décret instaurant le fichier Edvige. Désormais, le recensement de personnalités politiques, syndicales ou religieuses n'est plus permis. Seules les préfectures pourront tenir des registres administratifs ne mentionnant que les noms, adresses et coordonnées. Par ailleurs, le nouveau Edvige exclut toute mention relative à la sexualité ou à la santé. Concernant les mineurs, si la possibilité de collecter des informations sur ceux qui sont "susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique" est maintenue, elles seront effacées à leur majorité "sauf si un élément nouveau est intervenu".
Alex Türk, le président de la Commission nationale informatique et liberté, s'est aussitôt déclaré satisfait des modifications apportées au texte. Modifications qui prennent en compte les principales remarques qu'elle avait formulées dans un avis publié il y a ... deux mois et demi. Côté politique, le député Nouveau Centre, Jean-Christophe Lagarde, n'a pas perdu l'occasion de rappeler "l'intervention décisive" dans ce dossier du ministre de la Défense et président du NC, Hervé Morin : "Face à la mobilisation des associations et suite à l'intervention décisive d'Hervé Morin et des parlementaires du Nouveau Centre, le gouvernement a pris conscience que le contenu du fichier Edvige n'était pas acceptable". Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner s'est, lui, dit "très heureux" des modifications apportées sur "ce qui n'était pas acceptable", notamment les références à la santé ou la sexualité. Et le PS reste "très vigilant" sur la définition du nouveau fichier regrettant l'absence de débat parlementaire et de vote d'une loi.
A mort Edvige ?
Mais pour les syndicats et associations à l'origine du vent de protestation contre le fichier, si les avancées sont incontestables, la mobilisation ne devrait pas faiblir pour autant. Le collectif "Non à Edvige" demande toujours le retrait pur et simple du décret et l'ouverture d'un débat au parlement. Soulignant un "indéniable premier succès", la FSU, principal syndicat du monde enseignant, juge ainsi toujours "inacceptable" la possibilité de ficher des mineurs. La Défenseure des enfants, Dominique Versini, a elle aussi exprimé vendredi sa préoccupation sur ce problème des mineurs. Tout en se réjouissant, lui aussi, du recul du gouvernement, le Parti socialiste relève par ailleurs que le problème du droit éventuel d'accès et de rectification au fichier n'a pas été évoqué par Matignon. La journée de mobilisation prévue le 16 octobre, jour de la saint Edwige, reste donc, pour l'heure, maintenue.
Des policiers amers
Du côté des déçus, outre la ministre de l'Intérieur, contrainte sous la pression de vider de son contenu son décret, figurent bien évidemment les policiers. Et ils ne mâchent pas leurs mots pour décrire leur amertume. Ainsi, David Barras, secrétaire national du Syndicat national des officiers de police (Snop, majoritaire), estime avoir assisté à "une polémique politicienne qui a touché le rôle et les missions des services de renseignements, et au delà toute l'institution policière". Et de dénoncer "le manque de concertation avec le ministère de l'Intérieur depuis plusieurs mois".
De son côté, Bruno Beschizza, secrétaire général du syndicat Synergie (second syndicat des officiers de police), a fustigé, "un débat philosophique entre bobos parisiens dont 95% n'avaient pas lu les 54 lignes concernant Edvige". Pour lui, ce décret était "un outil adapté à la demande de renseignements des gouvernements de gauche comme de droite (...) Un outil moderne et transparent, techniquement bien adapté à ce qu'on nous demande". A ses yeux, le fichier controversé "n'avait rien de plus liberticide que le fichier des RG conçu par Michel Rocard qui existe depuis 1991". Emmanuel Roux, secrétaire adjoint du syndicat des commissaires de la police nationale, a jugé pour sa part qu'on avait "sacrifié la mission sur l'autel du bruit médiatique"...
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