Nicolas Sarkozy, François Fillon et Hervé Morin arrivent à la cérémonie d'hommage aux poilus aux Invalides, le 17 mars 2008, après la mort de Lazare Ponticelli © TF1-LCI 
La mise au point de Fillon à Morin
"Ce n'est pas une caserne un gouvernement, mais enfin là en l'occurrence, il ne faut pas se laisser aller à des jugements inspirés par une vision très légère des choses." Le Premier ministre a affirmé lundi avoir eu "l'occasion de dire" à Hervé Morin -qui avait exprimé publiquement des réserves sur le fichier Edvige- qu'il n'était "pas nécessaire de créer des suspicions là où elles n'existent pas".
Le président du Nouveau Centre s'était interrogé publiquement sur certains contenus du fameux fichier de renseignement lors de l'université d'été de son parti. "Pour ma part je ferai des propositions au début de l'année prochaine sur ces sujets", avait-il annoncé (lire notre article). Une première critique émanant du gouvernement, alors que la polémique fait rage ces derniers jours sur le fichier Edvige. Ce dernier permet notamment la collecte d'informations sur des mineurs âgés d'au moins 13 ans et "susceptibles" d'infractions, ainsi que sur les responsables politiques et syndicaux.
"Hypocrites"
"Cela ne remet pas en cause l'unité du gouvernement", a assuré François Fillon, interrogé à l'issue d'un déplacement au Pays Basque. "J'ai toujours dit mon attachement au débat", a-t-il poursuivi. "Je suis extrêmement respectueux des libertés publiques et des droits individuels. Dans cette affaire, en tant que chef du gouvernement, j'agis sous le contrôle du juge", a affirmé le chef du gouvernement, en soulignant que "ces fichiers existent depuis toujours", et qu'Edvige a fait successivement l'objet de débats au Conseil d'Etat et d'un accord de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL).
Pour le Premier ministre, "beaucoup de ceux qui aujourd'hui s'étonnent sont en réalité des hypocrites, puisqu'ils ont gouverné à une époque où ces fichiers existaient et étaient moins contrôlés qu'aujourd'hui". "Tous les responsables politiques, en particulier de gauche, qui s'expriment aujourd'hui, on ne les a jamais entendus lorsqu'il s'agissait du fichier des Renseignements généraux, qui était beaucoup moins encadré que ne l'est aujourd'hui celui que nous mettons en place", a-t-il insisté.
"Ni fichage d'homosexuels, ni de séropositifs, ni de malades"
"Il n'y aura ni fichage d'homosexuels, ni de séropositifs, ni de malades" dans le nouveau fichier policier, a pour sa part assuré lundi Gérard Gachet, porte-parole du ministère de l'Intérieur. "Il n'a jamais été question et il ne sera jamais question que ce soit dans le fichier des RG ou dans Edvige d'écrire sur une fiche que quelqu'un est homosexuel ou que quelqu'un est malade du sida ou souffre de telle ou telle maladie", a-t-il affirmé sur RTL. "Ce sont des données totalement privées et rigoureusement protégées par la loi informatique et liberté", a-t-il précisé.
"En revanche, nous pouvons être amenés à écrire dans la notice biographique de quelqu'un qu'il est président d'une association de lutte contre l'homophobie ou président d'une association des victimes de l'amiante", a-t-il ajouté. "Il est rigoureusement interdit, et c'est marqué dans le décret, de faire la moindre extraction, le moindre sous-fichier, le moindre listing à partir d'une donnée sensible, vous ne pouvez pas taper ‘homosexuel' ou ‘malade' et avoir un listing qui s'affiche sur votre écran", a expliqué le porte-parole.
Les Réformateurs de Novelli demandent à leur tour des comptes
La polémique s'était poursuivie lundi matin sur ce fichier. Dernières critiques en date : la présidente du Medef, Laurence Parisot, s'est dite à son tour "assez troublée". "Mme Parisot sera certainement rassurée par les propos que je viens de tenir, et en particulier par le fait que ces fichiers sont sous le contrôle des juges", a commenté François Fillon. François Chérèque a pour sa part jugé sur Europe 1 que le fichier policier Edvige était "totalement inadmissible" et ne devait "pas exister dans un pays démocratique". Et Corinne Lepage, présidente du parti écologiste Cap 21 et vice-présidente du MoDem, a demandé l'organisation d'"un référendum d'initiative populaire".
Et, dans le camp de la majorité, les voix s'élèvent encore. Après Morin, le club des parlementaires Réformateurs (aile libérale de l'UMP, rassemblant 108 parlementaires), présidé par Hervé Novelli, secrétaire d'Etat chargé du commerce, a demandé une "clarification des objectifs et des critères d'inscription de certaines données dans le fichier Edvige". Yanick Paternotte, porte-parole, rappelant "l'importance de toutes les initiatives visant à renforcer la sécurité des Français", a toutefois souhaité "se faire l'écho des inquiétudes exprimées par certaines associations ou institutions, et notamment des réserves persistantes de la CNIL concernant le type et la durée des données collectées". Il a demandé au ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, "une rencontre avec tous les parlementaires de la majorité qui partagent ces questions, afin de clarifier certaines dispositions et de lever toute ambiguïté sur les objectifs recherchés".
Nombreux recours
De nombreuses associations et personnalités politiques ont déposé des recours contre ce fichier devant le Conseil d'Etat, qui doit rendre fin décembre sa décision sur sa légalité. "Ca a été examiné par le Conseil d'Etat qui n'a rien trouvé à y redire, aujourd'hui il y a un débat, il y a des recours qui ont été déposés, laissons les recours être examinés", a répondu lundi matin Brice Hortefeux sur France Inter. "Attendons les recours du Conseil d'Etat pour adopter une position définitive", a affirmé le ministre de l'Immigration.
Il ne faut "pas chercher à caricaturer le débat", mais "plutôt essayer de poser les vraies questions qui peuvent être inquiétantes pour les Français, leur sécurité, notamment les libertés publique et leur vie privée", a pour sa part déclaré Frédéric Lefebvre, l'un des porte-parole de l'UMP. "Des logiciels qui circulent sur internet sont extrêmement inquiétants pour les libertés publiques, notamment sur la question de l'espionnage des portables, l'espionnage des ordinateurs", a-t-il ajouté. Il a donc invité "le PS et toutes les personnalités" qui s'interrogent sur Edvige à "surtout se poser la question d'internet".
| Après Edvige, un recours déposé contre le fichier secret Cristina |
Un collectif d'associations a déposé un recours devant le Conseil d'Etat afin de demander l'annulation d'un fichier classé secret-défense, baptisé Cristina, et recensant des données similaires à celles du fichier policier Edvige, selon une source judiciaire. Onze associations, notamment la Ligue des droits de l'Homme, Aides, le Syndicat de la magistrature, la CFDT, la CGT ou encore la FSU, ont déposé le 29 août ce "recours en annulation du décret non publié" créant Cristina. Cristina, acronyme de "Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux" est un fichier mis à la disposition de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), qui a absorbé la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage) et une partie de l'activité des Renseignements généraux (RG). |
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