Sarkozy et Fillon au sommet de Nice en novembre 2007 © AbacapressEvidemment, la comparaison est cruelle pour les socialistes. S'ils ont offert la semaine dernière à La Rochelle des images de divisions et de combinaisons pré-congrès, les dirigeants de la majorité ont montré eux à Royan le week-end dernier des grands sourires, des danses endiablées et de (trop) franches accolades, tout ça sur fond de musique techno. L'image d'un parti jeune et sympa censé ringardiser à jamais la gauche française. Mais nul ne doit s'y tromper, l'unité affichée n'était que de façade et si l'UMP échappe actuellement à la guerre des chefs, c'est bien parce que Nicolas Sarkozy règne en maître sur son parti, un parti qu'il n'a pas lâché d'une semelle depuis son élection. Car tout n'est pas rose dans la majorité en cette rentrée et si la France disposait d'une opposition socialiste digne de ce nom, elle aurait de quoi remplir des pages de discours. D'ailleurs, François Bayrou compense son absence de troupes en pointant méticuleusement les points de malaise qui sont apparus ces dernières semaines à droite.
La polémique sur le financement du RSA n'a pas fini d'ébranler la droite et de nombreux parlementaires UMP se posent en privé des questions auxquelles ils n'ont pas de réponse : quelle est la stratégie de Nicolas Sarkozy en matière d'impôts ? Où est la rupture affichée en matière de réforme de l'Etat et d'économies budgétaires ? S'appuyant sur des sondages qui leur donnent raison, des libéraux de la majorité estiment que la création de nouvelles taxes va provoquer un grave trouble dans les classes moyennes qui constituent une grosse partie de leur électorat. L'aile sociale estime, pour sa part, que l'intégration de cette nouvelle taxe dans le bouclier fiscal va donner à la gauche et au MoDem la possibilité de critiquer une nouvelle fois une politique en faveur des riches.
Des divergences entre Sarkozy et Fillon
Et les doutes de la majorité vont s'amplifier avec un débat budgétaire qui va devoir non seulement tenir compte de la croissance molle de 2008 mais aussi des prévisions moroses pour 2009. Le Premier ministre a lui-même évalué les dégâts : un point et demi de moins de création de richesses pour l'année à venir. Dans un contexte pareil, des choix cruciaux de politique économique, social, et budgétaire vont devoir être faits, et ce dans la clarté pour qu'ils soient compris par l'opinion. Or si François Fillon a semblé dimanche coller à la stratégie choisie par le président, des divergences réelles existent entre l'un et l'autre sur l'action à mettre en œuvre : soit continuer à réformer en se souciant peu des déficits, soit ralentir le rythme. Avec à la clé le choix d'une inévitable rigueur que l'Elysée a toujours refusé.
Sortie des questions économiques, la rentrée a été marquée également par le limogeage de Dominique Rossi en Corse qui continue de choquer l'opinion publique. Interrogé en privé par LCI.fr sur sa mollesse à défendre la décision du chef de l'Etat, un ministre-clé du gouvernement a confié : "parfois, les mots manquent pour défendre l'indéfendable".
"Les mots manquent pour défendre l'indéfendable"
Enfin, autre polémique grossissante à laquelle va être confrontée la majorité, le fichier Edvige.
L'inquiétude et les protestations contre ce fichier de police qui concernera les responsables politiques, syndicaux, économiques et religieux, ont gagné les rangs de la majorité avec le ministre de la Défense Hervé Morin et le patronat avec Laurence Parisot. Lundi, François Fillon en personne a du monter au créneau pour défendre ce dispositif et siffler la fin de la récré dans la cacophonie qui s'installe.
Face à ces difficultés, le gouvernement a la chance (ou la malchance) de ne pas se voir opposer de forces politiques. Du coup, la contestation viendra dans les semaines qui viennent de son camp. L'Elysée le sait bien et fait savoir que Nicolas Sarkozy réfléchit actuellement à une intervention télévisée pour rééxpliquer aux Français la cohérence de ses choix.
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