L'audition

le 10 septembre 2008 à 09h11 , mis à jour le 10 septembre 2008 à 15h05

Bernard Tapie et Jean Peyrelevade sont entendus mercredi l'Assemblée. Objectif : faire la lumière sur l'arbitrage controversé rendu en faveur de Bernard Tapie dans le dossier Adidas.

Bernard Tapie Jean PeyrelevadeImage d'archives © Abacapress/LCI.fr

L'audition de Bernard Tapie est à suivre mercredi à 15 heures en direct sur LCI et LCI.fr
Bernard Tapie sera l'invité du 20 heures de TF1 ce mercredi

 

La commission des Finances de l'Assemblée nationale, chargée de faire la lumière sur l'arbitrage controversé rendu en faveur de Bernard Tapie dans le dossier Adidas, entend ce mercredi Bernard Tapie à 15 heures, après avoir entendu l'ancien PDG du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade (lire ci-dessous), et Thomas Clay, doyen de la Faculté de droit de Versailles et titulaire de la chaire de droit de l'arbitrage, sur "le droit et la pratique de l'arbitrage". 
 
Un tribunal arbitral a condamné le 7 juillet le Consortium de réalisation (CDR), l'organisme public chargé de liquider le passif du Crédit Lyonnais, à verser aux liquidateurs du Groupe Bernard Tapie (GBT) une indemnité record de 285 millions d'euros. Le tribunal a estimé que deux fautes avaient été commises par les filiales du Lyonnais chargées de vendre Adidas: un "manquement à l'obligation de loyauté" et une "violation de l'interdiction de la banque mandataire de se porter contrepartie" (c'est-à-dire d'acheter un bien qu'elle est chargée de vendre).

Peyrelevade : "il faisait naufrage"

Entendu le premier, dans la matinée, Jean Peyrelevade a vivement dénoncé la décision d'octroyer une telle indemnisation record à Bernard Tapie "dans des conditions extraordinairement favorables". Selon l'ancien patron de la banque, ce dernier n'a pas été floué mais a au contraire bénéficié d'un traitement de faveur. La décision d'une instance arbitrale privée, choisie pour statuer à la place de la justice, est à ses yeux absurde et "mensongère". "Je ne sais pas si c'est du mensonge par incompétence ou par mauvaise foi, je vous laisse le choix", a-t-il dit aux députés.
 
On sait aujourd'hui que la banque, par un montage off-shore, s'est vendue en 1993 à elle-même les parts d'Adidas achetées par le groupe Tapie en 1990, pour un montant équivalent à 318 millions d'euros, avant de les céder en 1994 à Robert-Louis Dreyfus pour 708 millions d'euros. C'est sur ce montage que s'est appuyée l'instance arbitrale pour ordonner le versement de 240 millions d'euros d'indemnisation aux liquidateurs du groupe Tapie, en y ajoutant 45 millions d'euros au titre du "préjudice moral", considérant que le Lyonnais sous la présidence de Jean Peyrelevade avait mené des opérations de harcèlement de l'homme d'affaires. Jean Peyrelevade a réfuté cette analyse en rappelant le contexte de l'affaire. "S'il avait gardé Adidas à la fin 1992 ou 1993, il faisait naufrage. La vente d'Adidas lui a permis de gagner un peu de temps", a-t-il dit. La vente d'Adidas s'est faite de manière favorable, car "il n'y avait pas d'acheteur à l'époque", a ajouté Jean Peyrelevade. C'est la raison pour laquelle la banque aurait effectué le montage off-shore pour rendre service, selon lui à Bernard Tapie, en "prenant tous les risques".
 
Avant Jean Peyrelevade, le juriste spécialisé Thomas Clay a mis en cause devant les députés le recours à la procédure d'arbitrage dans l'affaire. Selon lui, l'EPFR, établissement public administratif qui a pris la décision, n'a pas la possibilité légale d'utiliser cette procédure. C'est sur ordre de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, qu'il l'a fait alors que deux des quatre juristes consultés le lui déconseillaient, a-t-il souligné. Le juriste estime encore possibles des voies de recours, peut-être devant le Conseil d'Etat pour "excès de pouvoir".
 
Une "affaire politique"
 
Lors d'une première journée d'auditions le 3 septembre, la commission des Finances avait débattu de l'opportunité de recourir à un arbitrage alors que la Cour de cassation avait donné raison au CDR en octobre 2006. Les partisans de ce recours, notamment l'actuel président du CDR, Jean-François Rocchi, et le ministère des Finances - qui a donné instruction aux représentants de l'Etat siégeant au sein de l'EPFR, l'actionnaire à 100% du CDR, de voter en faveur de cette solution - ont fait valoir que l'arrêt de la Cour de cassation ne mettait en aucune façon le CDR à l'abri d'autres condamnations ultérieures.
 
Les opposants à ce recours, dont le député Charles de Courson, qui siège à l'EPFR, ont estimé au contraire que la voie judiciaire normale aurait dû être suivie et ont plaidé pour la formation d'un recours contre cette décision. Et tandis que le président du MoDem, François Bayrou, dénonce les "protections au plus haut niveau" dont aurait, selon lui, bénéficié M. Tapie, ce dernier a répété mercredi sur RTL qu'il n'était pas l'ami du président Nicolas Sarkozy. Interrogé sur Canal+, Jean Peyrelevade a estimé au contraire que "le fait que l'Etat ait décidé d'aller à l'arbitrage (...) après une décision de la Cour de Cassation qui lui était favorable" montrait que c'était une "affaire politique".

Un administrateur du CDR démissionne pour dénoncer l'arbitrage

Patrick Peugeot, l'un des administrateurs du CDR, la structure chargée de liquider le passif du Crédit Lyonnais, a démissionné pour protester contre l'arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie dans l'affaire Adidas, selon Le Canard Enchaîné. Une porte-parole du CDR a confirmé mardi à l'AFP que "Patrick Peugeot a démissionné", mais elle a assuré que cette démission était motivée par "des raisons personnelles". Selon Le Canard Enchaîné de mercredi, M. Peugeot, une des trois personnalités indépendantes siégeant au conseil du CDR, a donné sa démission le 29 août pour marquer son opposition à la décision du tribunal arbitral d'accorder une indemnité record aux liquidateurs du Groupe Bernard Tapie et au refus de l'Etat de former un recours en annulation contre cette décision. Le conseil d'administration du CDR est composé de cinq membres: Jean-François Rocchi, son président, trois personnalités indépendantes, Patrick Peugeot, Francis Gavois et Didier Floquet, et un représentant de l'Etat, Bernard Scemama. Patrick Peugeot, ancien PDG de l'assureur La Mondiale, est président de la Cimade, une association d'aide aux étrangers migrants.

le 10 septembre 2008 à 09:11
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6 Commentaires

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  • Louis, le 10/09/2008 à 16h02

    L'état paye M. Tapie non les français payent M tapie, cela est d'autant plus honteux que ce monsieur n'a jamais redressé une entreprise de sa vie bien au contraire il est a toutes fait partir en faillite, et si une entre prise est vendue à un prix qu'est-ce que c'est encore ces histoires de plus value que les acheteurs ont pu faire avec en la revendent et que M. tapie doit se mettre dans les pognes?.

  • Loupiac, le 10/09/2008 à 15h56

    Le jugement et le montant du chèque dont indécents !

  • Rose, le 10/09/2008 à 15h23

    Je coyais que la caisse est vide, d'où vient se versement ?

  • Bb, le 10/09/2008 à 13h11

    Indemnisation d un conjoint d une victime de l amiante : 45000 euros !!!! bernard tapie 45 000 000 euros cherchez l erreur !!!!! il vaut mieux etre ami de mr sarkozy que malade ça rapporte plus

  • Med, le 10/09/2008 à 12h04

    L'état ne semble avoir aucune difficulté à verser 285 millions d'euros à une seule personne, ce qui est étrange c'est qu'au même moment l'état vient de refuser toute augmentation en 2008 pour les 50.000 médecins généralistes ( l'augmentation d'un euro du prix de la consultation sur un an coutant sensiblement autant que ce qui a été attribué à cette personne )

  • Jack, le 10/09/2008 à 11h48

    Il est pour le mois curieux que les trois arbitres ont été désigné par le seul CDR et avec l'assentiment de TAPIE.En droit de l'arbitrage chacube des parties désigne un médiateur et les deux choisis désignent le troisième arbitre. Au fait combien ont été rémunéré les arbitres alors que la justice étatique est gratuite?

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