Image d'archives © TF1/LCIAprès plusieurs jours de polémique, la ministre de l'Intérieur propose aux associations opposées au fichier Edvige de "se rencontrer". Elle dit même avoir déjà contacté "un certain nombre de personnalités, responsables d'associations" pour ce faire. Lors de cette rencontre, elle pourrait leur faire une proposition. Non pas la suppression pure et simple du controversé fichier, comme le réclament les opposant qui appellent à manifester le 16 octobre (jour de la Sainte-Edwige), mais un aménagement.
Michèle Alliot-Marie s'est dite mardi, devant des journalistes, prête à leur proposer le "droit à l'oubli" pour les mineurs, soit la possibilité d'effacer du fichier ceux qui n'auraient finalement participé à aucun délit après un certain temps. Car, dit-elle "j'entends des inquiétudes, je veux lever ces inquiétudes et toutes les ambiguïtés". Notamment vis-à-vis de la Cnil (Commission de l'informatique et des libertés) "qui s'inquiète sur le fait que des mineurs (restent) dans le fichier Edvige après leur majorité si rien ne s'est passé", a relevé Alliot-Marie. Pour l'heure, le fichier Edvige prévoit en effet que des mineurs, dès 13 ans, puissent y figurer si, par exemple, "ils se trouvent dans un certain nombre de groupes extrêmement violents ou participant à des trafics de drogue", a-t-elle expliqué. "Mais si, par la suite, ils ont des conduites exemplaires, il n'y a aucune raison pour que cela les suive toute leur vie", a redit la ministre.
Elle a en revanche jugé "pas sérieux" de demander la suppression du fichier secret Cristina, concernant notamment le terrorisme, créé en même temps qu'Edvige, et mis à la disposition du Renseignement intérieur. 11 associations ont déposé "un recours en annulation du décret non publié" créant Cristina. Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux) est le fichier de la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) résultant de la fusion des ex-DST et Renseignements généraux.
Yade, toublée, compte sur le Conseil d'Etat
Dans le même temps, des réserves continuaient d'émaner du gouvernement lui-même. Après le rappel à l'ordre lundi du Premier ministre à son ministre de la Défense Hervé Morin (lire notre article), c'était mardi au tour de Rama Yade d'exprimer publiquement son trouble. La secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme a dit "compter" sur le Conseil d'Etat (qui aura à examiner une dizaine de recours) et "espéré" qu'il apaisera les inquiétudes, notamment sur la question des orientations sexuelles.
"Des précisions sont nécessaires, des clarifications sont utiles (...) La mise en oeuvre de ce décret ne peut pas être en contradiction avec les valeurs et les priorités que personnellement je défends à l'international", a-t-elle expliqué sur Europe 1. "La question des données relatives à une orientation de type sexuel m'interpelle plus que toute autre car une de mes priorités à l'international c'est une initiative concernant la dépénalisation universelle de l'homosexualité et je ne voudrais pas que nous soyons en contradiction avec ces valeurs que je défends au nom du gouvernement français à l'étranger", a dit Rama Yade.
"Avez-vous été en contact avec un autre être humain ?"
Les associations et les centrales syndicales qui prévoient une journée d'action le 16 octobre, appellent leurs partisans à noyer le ministère de l'Intérieur sous les courriers. Leurs représentants ont présenté mardi une parodie de cette fiche de police, qu'ils appellent à remplir et envoyer au ministère, avec la réponse à des questions telles que : "Avez-vous été au cours de votre existence en contact avec un autre être humain ?".
Le 16 octobre sera l'occasion de "faire sa fête" à ce fichier, ont-ils dit lors d'une conférence de presse, promettant une série d'actions dont ils se refusent à dévoiler le détail. Les protestataires disent avoir réuni plus de 130.000 signatures sur leur site nonaedvige.ras.eu.org. Une douzaine d'organisations et de particuliers ont déposé un recours auprès du Conseil d'Etat pour obtenir l'annulation de la création de ce fichier. Ces recours seront examinés en décembre et la décision est attendue avant la fin de l'année.
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