François Bayrou à Villepinte en novembre 2007 © AbacaSes amis l'ont lâché. Son parti est en éternelle construction. Il n'a pas d'élus ou presque. Il ne fait pas la une des mag people. C'est un homme quasi seul. Mais il est toujours là, inoxydable. Et cette rentrée politique le prouve plus que jamais. François Bayrou a occupé les radios et les télévisions depuis une semaine, avec la posture d'opposant le plus pertinent à Nicolas Sarkozy. Ce Sarkozy qu'il compte bien battre en 2012, dans un combat d'homme à homme, ou plutôt de valeurs à valeurs. A tel point qu'il en appelle en permanence à "la résistance" contre le modèle de société que seraient en train de construire le président de la République et son gouvernement. Et lui qui préfère observer finement l'actualité plutôt que travailler efficacement à la construction d'un appareil n'a pas son pareil pour frapper là où ça finit par faire mal.
La première dénonciation du fichier Edvige ? C'est lui. La critique du RSA sur le ponctionnement des classes moyennes ? C'est lui. La dénonciation du dénouement financier de l'affaire Tapie ? C'est encore lui, sans parler de sa charge contre le limogeage de Dominique Rossi en Corse. Le patron du MoDem entend surfer sur les inévitables difficultés et les évitables erreurs du gouvernement Fillon. Et il ne fait pas dans la dentelle, persuadé que dans l'opinion, il s'installera ainsi comme le candidat naturel à l'alternative au sarkozysme.
Faire main basse sur le PS ?
Problème : François Bayrou ne dispose pas d'une force politique organisée et de cadres locaux nécessaires à la réussite d'une bataille présidentielle. Mais le hasard fait que dans le paysage politique français, un vieux parti socialiste riche en militants et réseaux en tous genres est gravement malade, à la recherche désespérée d'un chef capable de le remettre au travail. Et si le député béarnais faisait main basse sur ce PS si mal en point ? A en croire les réactions tous azimuts de ses dirigeants aux dernières déclarations du leader centriste, ils prennent secrètement la menace très au sérieux.
François Bayrou a appelé dimanche dernier les socialistes, sans les nommer, à se rassembler avec lui pour réussir l '"alternance" en 2012. "Encore un effort pour être de gauche !" C'est en substance la réponse que lui a faite le PS, qui continue de privilégier le rassemblement à gauche, même si certains de ses responsables sont plus nuancés, à commencer par Ségolène Royal et ses amis. Ainsi la proposition de Vincent Peillon d'élaborer un "contrat de gouvernement" avec les centristes dans le futur a offert au député béarnais une occasion inespérée de s'installer au centre du débat socialiste, à quelques semaines du congrès de Reims. On comprend pourquoi l'homme croit en sa providence...
Quand on n'a ni le goût ni le talent...
Depuis longtemps, François Bayrou a un rêve secret : l'éclatement du parti socialiste entre une ligne de gauche protestataire et un vaste courant social-démocrate. Pensant au fond de lui-même qu'il est bien sûr le meilleur pour représenter ce courant, il compte alors s'appuyer sur les vieilles haines entre dirigeants socialistes pour s'imposer aux yeux de sympathisants de gauche en désespérance comme l'ultime recours. Quand on n'a, comme lui, ni le goût ni le talent pour le management de parti, quoi de mieux que de surgir des décombres de la maison voisine avec le verbe et le panache comme meilleurs arguments ?
La ficelle est si grosse que les présidentiables du PS l'ont traduite comme telle : "j'apporte mon talent et vous apportez vos troupes". Elle devrait les inciter à plus de sagesse dans la compétition à venir pour succéder à François Hollande. Mais en politique, contrairement au vieil adage populaire, le pire est souvent certain.
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