Royal invente l'apolitique

Par , le 29 septembre 2008 à 23h27 , mis à jour le 09 octobre 2008 à 13h14

La performance artistique de l'ex-candidate laisse personne indifférent. Dans le brouillard idéologique de l'époque , elle mise tout sur la forme. Qu'en pensez-vous ?

Ségolène Royal PS Congrès Reims Ségolène Royal au Zénith © Abacapress

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Royal, ''les porte-flingues de l'Elysée'' et les "'gentils' coups bas" socialistes

Ségolène Royal vient de créer l'événement. Mais le commentateur politique, il faut l'avouer désemparé, s'interroge : est-il politique, médiatique, artistique ou psychologique ?  Un peu de tout cela à la fois sans doute. Car il est bien difficile de qualifier sans le recul nécessaire ce meeting-spectacle d'un nouveau genre dont les images samedi soir ont provoqué fous-rires, enthousiasme, surprise, ou angoisse  (cochez la bonne case).  
 
Face à un tel ovni et au-delà du sempiternel déchaînement des pros et anti-Royal, une seule certitude : nous voilà tous sommés aujourd'hui de juger cette prestation sur la forme, rien que sur la forme, uniquement sur la forme. La gestuelle, la tunique hippie-chic, la chevelure nouvellement ondulée, les prompteurs à l'américaine, l'absence de pupitre, les saynètes humoristiques ou l'originalité de la scénographie. Toutes ces images minutieusement préparées et offertes aux médias durant 45 minutes seront disséquées à satiété. Un bureau de style ou de mode ne serait d'ailleurs pas superflu pour un bon décryptage. 
 
Dépolitisation générale
 
Les meilleurs moments du show feront d'inévitables "buzz" sur le net, et les parodies fleuriront. Et le journaliste politique enquêtera non pas sur la faisabilité des non propositions avancées mais sur la façon dont s'est préparé ce spectacle. Ségolène Royal a-t-elle répété ses formules seule ou accompagnée ? A-t-elle pris quelque cours de comédie avec cette grande dame de théâtre qu'est Ariane Mnouchkine ?  A-t-elle visionné les grands messes de Barack Obama voire les raouts des télévangélistes américains ?  D'autres interrogations surviendront pour juger de la performance de l'artiste samedi soir. 
 
Alors il s'en trouve, à juste titre, pour dire que Ségolène Royal n'a pas présenté samedi soir de commencement de programme, pour régler tous nos maux, et en premier lieu cette gravissime crise financière qui secoue la planète. Il s'en trouve, et comment leur donner tort, qui affirment que sa proposition en forme de question  (« A quand l'interdiction de délocaliser et de licencier avec obligation de rembourser les aides publiques si l'entreprise fait des bénéfices ?"),  frise au minimum la légèreté, avec ses accents d'Olivier Besancenot. Il s'en trouve pour dire en fin de comptes que Ségolène Royal a réussi samedi avec brio une étape majeure dans la dépolitisation générale.

De la communion plus que de la conviction
 
Lundi soir, elle a répondu sur son site : "A ceux qui nous diront que ce rassemblement n'était pas politique, rappelez-leur que nous avons donné la parole à une salariée de l'usine Renault de Sandouville, Josiane Kharo ; que nous avons dénoncé les abus dans les relations sociales (grâce au film de Jean-Michel Carré, J'ai très mal au travail), évoqué la défense du service public, critiqué les pollutions et envisagé l'avenir de la planète."   

 Car l'intime conviction de Ségolène Royal est là : pour ramener les Français, et notamment les jeunes, à la politique, c'en est fini des réunions costumes-cravates où sont présentés des projets aux mots trop compliqués. A l'heure du divertissement généralisé, à la télé comme sur le net, elle et ses proches veulent inventer des formes nouvelles pour toucher le public. Le leader "new look" ne fait plus coller d'affiches mais prévient ses fans par sms. Il ne se mêle surtout pas d'un congrès socialiste auquel plus personne ne comprend rien mais préfère travailler l'opinion avec de la communion plutôt que de la conviction. Il préfère faire scander "fra-ter-ni-té", quitte à faire s'esclaffer les rédactions parisiennes, plutôt qu'ébaucher les contours d'un "grand soir" auquel plus personne ne croit.

Le ridicule ne tue pas
 
En baisse dans les sondages, Ségolène Royal ne parle plus du fond mais se libère, émeut ou se ridiculise, chacun appréciera. Prend-elle un si grand risque ?  Que proposent ses rivaux pour rebâtir un système capitaliste moribond ? Sont-ils à ce point en désaccord sur le fond qu'ils ne parviennent pas à s'entendre pour reconstruire le Parti socialiste ?  Pourquoi ne parviennent-ils pas à contrarier l'activisme de Sarkozy sur le retour de l'Etat ?  A ce jeu, l'ex-candidate n'est pas meilleure qu'eux, loin de là, mais ne sera-t-elle pas redoutable pour les ringardiser et les repousser lentement vers un socialisme en noir et blanc ?
 
Nicolas Sarkozy avait orchestré efficacement dans sa campagne le cocktail  d'émotionnel et de personnalisation, de show bizz et de meetings populaires. Avec en support, un fort contenu idéologique. Mais en aura-t-on encore besoin en 2012, après une crise financière qui aura rebattu tant de cartes et fait bouger tant de frontières partisanes ?   Les vieux politologues le souhaitent toujours, mais rien n'est moins sûr. Faisons en tout cas le pari que ceux qui mèneront campagne avec les vieux oripeaux de la politique auront bien du mal à se faire entendre dans quatre ans. Au "plus moderne que moi tu meurs", Ségolène Royal a voulu prendre une longueur d'avance. Avec une conviction, le ridicule ne tue pas. 

Par Renaud Pila le 29 septembre 2008 à 23:27
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127 Commentaires

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  • Thomas, le 30/09/2008 à 18h11

    La photo illustrant l'article, elle a étét prise pendant quelle chanson ? :-))

  • Françoise, le 30/09/2008 à 18h10

    Si l'on arrêtait de s'intéresser à cette femme, peut-être qu'elle se calmerait, je sais pas il doit bien y avoir une solution ......

  • Xavier, le 30/09/2008 à 15h49

    Sachant qu'elle n'a plus sa place en politique c'est pas une mauvaise idée de reconvertion!

  • Pascal, le 30/09/2008 à 15h39

    Honteux. Et dire qu'elle est pourtant présidente.... d'une région française!

  • Siljan, le 30/09/2008 à 15h36

    Je crois que l'on a vraiment eviter le pire il y a un an : imaginez si elle avait ete au pouvoir aujourd'hui en pleine crise financiere....

  • Gedri, le 30/09/2008 à 15h08

    Je rejoins les commentaires de Carole d'Anthony....Il ne reste plus que le strip tease.....

  • Leon, le 30/09/2008 à 15h03

    Elle a pété les plombs ou bien est ce l'effet "dailaî Lama ???? mort de rire

  • Drille, le 30/09/2008 à 14h54

    Elle tente, elle essaye,elle se trompe aussi parfois mais elle est consciente que l'actualité est très inquiétante. Sa mise en scène est trop théatrale: oui sans doute ,mais nous avons tous vu des prestations dignes de batteleurs , ou trop solennelles , ou trop confuses. Mais la présentation est secondaire. La volonté de remuer les citoyens est justifiée et écoutons et réflechissons aux propos de nos politiques quelle que soit leur couleur. Regardons d'un bord à l'autre.

  • Marcel, le 30/09/2008 à 14h51

    C'est l'évidence même : Marie-Ségolène Royal a été touché par le doigt de la grâce divine, n'est-ce pas Yvan ?

  • Laurent, le 30/09/2008 à 14h25

    Les grands numéros de cirque sont habituels au PS ... mais la Ségolène fait trés fort ... éspérons qu'elle ait compris qu'elle n'était pas faite pour la politique ... bonne chance à elle pour sa reconvertion. Continuez à nous faire rire ... coté social c'est ce que vous faites de mieux ... merci au PS.

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