Ségolène Royal au Zénith de Paris le 27 septembre © DR 
Royal, ''les porte-flingues de l'Elysée'' et les "'gentils' coups bas" socialistes
Elle est arrivée sur un titre de Yannick Noah, "Aux arbres citoyens". "Puisqu'il faut changer les choses", entonnait le chanteur, sur un grand écran (il était retenu à New York), après un message d'une ouvrière de Renault Sandouville, où 1.000 emplois vont être supprimés... Et là, Ségolène Royal a fait son entrée sur scène, méconnaissable. Les cheveux ondulés, habillée façon hippie chic avec un jean clair et une longue tunique bleue et apparemment très en forme (voir la vidéo). Ovationnée par quelque 4.000 partisans (dans une salle qui pouvait en contenir 6.500), résolument star de ce "rassemblement de la fraternité", samedi au Zénith de Paris, oublieux des résultats d'un sondage Ifop selon lequel Ségolène Royal "inquiète" 39% des sympathisants socialistes (lire notre article).
Avant d'entamer un discours accusateur, sur le ton de l'humour, mis en scène comme un spectacle. Aux antipodes de son style oratoire habituel. Pour n'épargner personne : ni les "porte-flingues de l'Elysée", ni les responsables socialistes. Derrière elle d'ailleurs, aucun logo du PS : c'est l'association 'Désir d'avenir' qui a tout géré. Et payé, avec aussi des dons privés. Et la voilà qui, pour faire passer un message ("Rien ne me fera reculer"), joue avec la salle, tente une révérence, cite Cyrano de Bergerac, arpentant la scène de long en large, les mains tantôt dans le dos, tantôt sur les hanches, tantôt levées. Le tout en revenant sur ces derniers mois.
Un véritable stand-up politique
"On me dit : 'il faut relativiser les épreuves, Ségolène, c'est de la politique, c'est normal, les coups !'. Relativisons donc, depuis trois ans il y a eu la 'riante' primaire, la 'courtoise' présidentielle, les 'gentils' coups bas, les 'tendres' attaques, les 'doux' cambriolages, les 'amicales' pressions et les charmantes épreuves personnelles". Comprenez sa séparation d'avec François Hollande.
"Depuis un an et demi", après la défaite face à Nicolas Sarkozy, "je relativise encore plus. Certains qui s'éloignent gaiement, d'autres qui trahissent avec grâce, d'autres encore qui méprisent coquettement ! Et les porte-flingues de l'Elysée (ndlr : et non "chiens de garde de l'Elysée", comme il était écrit initialement dans son discours transmis à la presse) qui m'ont conseillé publiquement de consulter médicalement, sous-entendant que je perdais la tête. Et de s'étonner : mais elle est encore debout ? Et, en plus, elle continue ?". Une référence aux sarcasmes du porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre qui avait affirmé, après l'intrusion dans son appartement parisien fin juin, que "comme toutes les victimes", Ségolène Royal avait "droit à une aide psychologique", après que l'ex-candidate à l'Elysée eut fait "un lien" entre la "visite" de son appartement et ses vives attaques contre Nicolas Sarkozy.
Pas une fois, elle ne parle des socialistes
Un préambule ironique pour donner, plus sérieusement, un message : "Je suis là aujourd'hui, je serai là demain ! Rien ne me fera reculer sur le chemin que j'ai choisi et sur lequel nous marchons ensemble: donner à chacun le droit d'avoir et de bâtir son désir d'avenir", a lancé Ségolène Royal. "J'ai appris qu'il faut savoir perdre sans amertume pour pouvoir un jour gagner sans triomphalisme", ajoute-t-elle. Pas une fois, elle n'aura employé le mot socialiste, ni ne nomme une figure tutélaire de la gauche. Son discours, distribué à la presse - une nouveauté -, reprend en revanche des maximes de Nelson Mandela, Aimé Césaire, Coluche ou encore Victor Hugo.
Deux jours après le discours de Toulon de Nicolas Sarkozy, au cours duquel il a souligné la "peur" qui menace l'économie mondiale, Ségolène Royal prend le contre-pied. Elle a martelé les mots de "confiance" et de "fraternité". "Avec des airs d'inquisiteur aigri, on m'a dit : 'toi tu fais la fête alors que la crise financière est là ?' Comme si certains puissants (...) pouvaient interdir de se rasssembler et de partager des élans d'espérance", a-t-elle encore plaisanté. Ségolène Nicolas Sarkozy a fait "le bon constat" jeudi à Toulon, mais il doit maintenant "passer aux actes", a-t-elle estimé le même jour sur France 2. "On aurait dit un discours de gauche, ce qui prouve bien que les valeurs de gauche sont là pour résoudre la crise mondiale et qu'il faut totalement changer de système".
Sur la scène, empruntant au registre de l'extrême-gauche, elle a prôné l'interdiction des licenciements et des délocalisations, dénoncé les ultralibéraux qui "retournent leur veste" et appelé l'Etat au secours pour sauver le système financier. Face à ce "champ de ruines", souligne-t-elle, "nous sommes le changement, nous la gauche !". "La gauche doit être là malgré ses imperfections, ses atermoiements, ses frictions pour faire émerger cette nouvelle France qui attend qu'on la réveille."
Avant son entrée, le groupe Neg'Marrons avait ouvert la soirée. Etaient également au programme Trust, Hervé Vilard ("Capri, c'est fini...), Benjamin Biolay, Da Silva... Cali devait chanter "1.000 coeurs debout", pour exprimer "la force du combat collectif".
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