Dominique Rossi © TF1-LCI"Aucun commentaire à faire à ce sujet." Le Premier ministre, interrogé sur la révocation du coordinateur des services de sécurité en Corse, Dominique Rossi, qui suscite une polémique, a répondu mardi par un laconique : "le gouvernement décide des fonctions des hauts-fonctionnaires et ne rend pas de comptes sur ces questions". Une déclaration faite en marge d'un déplacement consacré à la rentrée scolaire à Saint-Valéry-en-Caux, en Seine-Maritime.
Le patron des forces de police et de gendarmerie en Corse a été relevé de ses fonctions à la suite de la brève occupation, samedi par une cinquantaine de nationalistes, du jardin de la propriété à Porto-Vecchio de l'acteur Christian Clavier, un proche du président Nicolas Sarkozy. Ils protestaient "symboliquement et pacifiquement" contre la "spoliation foncière" des Corses sur l'île. Si le ministère de l'Intérieur a aussitôt confirmé un lien entre cette sanction soudaine, accompagnée de la mutation de Dominique Rossi à l'IGPN (l'Inspection générale de la police nationale, la police des polices), et l'occupation chez Christian Clavier, l'Intérieur a démenti toute pression de la part de l'Elysée.
Critiques dans l'opposition et dans la police
Mais la décision a provoqué de vives réactions, tant dans l'opposition que dans les rangs de la police. François Bayrou notamment a dénoncé un "fait du prince" (lire notre article). Un peu plus tard, il a réagit encore devant quelques journalistes : "Autrefois, on avait le crime de lèse-majesté. Aujourd'hui, on a le crime de lèse-copain de la majesté". François Hollande et le Bureau national du PS ont ensuite demandé que "le gouvernement s'explique" sur cette révocation. "Il doit donner des explications", a déclaré Stéphane Le Foll, directeur du cabinet de François Hollande, selon qui "d'autres faits tout aussi graves et condamnables se sont produits récemment en Corse, sans entraîner pareilles sanctions".
Martine Aubry a estimé que si un lien était "avéré" entre l'occupation et la sanction, cela signifiait "la privatisation de la République". Le ministère de l'Intérieur avait confirmé un lien entre les deux mardi matin. Quant à Jean-Pierre Chevènement (ancien ministre de l'Intérieur, MRC) sur RTL, il a affirmé : cette sanction "relève d'une gestion pétillonesque de la police nationale" (référence à la bande dessinée de Pétillon, l'Enquête corse, ndlr) qui est "totalement injustifiée. On a l'impression que le ministère de l'Intérieur a voulu devancer l'ire de l'Elysée".
Le Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP) a jugé "disproportionnée" la sanction. Enfin, l'UNSA de la région Corse, l'UNSA Police Corse-du-Sud et la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) se sont associées pour désapprouver la sanction : "Notre incompréhension est totale car cet homme est reconnu par beaucoup pour ses qualités professionnelles, sa capacité à agir avec mesure et son sens du service public".
Rocca Serra : "les mesures adaptées n'avaient pas été prises"
Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi a estimé que "la question n'est pas de savoir si un ami ou non du président de la République est en cause". Mais "l'un des principes fondamentaux de notre société" est que "chaque citoyen a droit à la protection de l'Etat".
Quant au président UMP de l'Assemblée de Corse, le député Camille de Rocca Serra, il a estimé mardi soir que "les mesures adaptées n'avaient pas été prises" pour empêcher l'occupation. "M. Rossi est un bon fonctionnaire mais là, on a pris un risque, il y a eu un dysfonctionnement", a-t-il ajouté, soulignant que lui-même "aurait dû être prévenu, en tant que résident et élu auquel on octroie une protection rapprochée". "Le débat sur le Plan d'aménagement et de développement durable pour la Corse (Padduc) ne doit pas vivre dans le jardin de Christian Clavier mais dans l'hémicycle de l'Assemblée de Corse", a-t-il encore estimé.
Gilles Leclair, sous-directeur de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière à la DCPJ, a été nommé mardi pour succéder à Dominique Rossi.
| Clavier et les gardiens de sa villa corse entendus par la police |
Christian Clavier et les gardiens de sa propriété de Porto-Vecchio ont été entendus mardi sur instruction du parquet d'Ajaccio, dans le cadre de l'enquête sur la violation de la propriété de l'acteur samedi. Ces auditions ont duré un peu plus de 4h, selon une source policière. La propriété de l'acteur est située dans un lotissement privé et sécurisé, "Punta d'Oro", appartenant au député UMP et président de l'Assemblée de Corse, Camille de Rocca Serra. Le parquet a précisé que ces auditions entraient dans le cadre d'une enquête préliminaire et que la violation de domicile était passible d'une peine d'un an de prison et d'une amende de 15.000 euros. |
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