Ce député-psy qui se penche sur les traders

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 14 octobre 2008 à 22h21 , mis à jour le 20 octobre 2008 à 15h57

Après l'affaire Kerviel, l'UMP Nicolas Dhuicq a souhaité rencontrer la profession. Cet ancien psychiatre livre à LCI.fr ses premières impressions.

Un trader désemparé face à la crise financière. Ici, à Shanghaï le 8 octobre 2008Image d'archives © Abacapress.com

Nicolas Dhuicq UMP assemblée
Nicolas Dhuicq à l'Assemblée
LCI.fr - Pouvez-vous expliquer ce qui vous a amené à réfléchir sur le métier de trader ?
Plus d'infos

 
Nicolas Dhuicq : Après l'affaire Kerviel, nous nous sommes demandés si nous pouvions produire un appareil législatif pour éviter ce type de débordement qui avait profondément choqué l'opinion.  Du fait de ma formation, j'ai voulu réfléchir sur la gestion psychologique des jeunes traders mais aussi sur leur prise en charge par les institutions bancaires.
 
LCI.fr - Avec votre regard de psychiatre, qu'est-ce qui vous a alarmé ?
 
Notre travail a surtout concerné les jeunes gens ou jeunes femmes qui ont à gérer des sommes importantes, très rapidement, avec une pression permanente. J'ai vu deux risques majeurs : développer un sentiment de toute-puissance, voire d'impunité. D'autre part, développer du stress, de l'angoisse, voire de la dépression lorsque les performances ne sont pas au rendez-vous.  Dans ce contexte, nous avons observé des comportements d'évasion à travers des habitudes de sport en salles, pour éviter d'avoir à penser.
 
Moi, je ne souhaite pas que l'on mette du psychologique partout. Dans notre époque, les corps intermédiaires ont tendance à disparaître partout donc les individus sont essentiellement atomisés mais cela ne me semble pas spécifique aux milieux bancaires. Il ne faut pas psychiatriser le secteur bancaire.
 
LCI.fr - Mais pour les jeunes traders, faut-il pour éviter des dérapages encadrer cette profession  psychologiquement ?
 
Je ne retiendrais pas le terme "encadrer". Mais je pense qu'il faudrait mettre en place un système de "détection", lors du recrutement, pour avoir un œil particulier sur ceux qui peuvent entrer dans des fonctionnements de toute-puissance conduisant au dérapage. Il faudrait pouvoir jauger leur maturité et leur capacité défensive. C'est une activité compliquée sur le plan psychique mais aussi physique. Voir des courbes monter et descendre toute la journée peut être usant.
 
Par ailleurs, il faudrait permettre à ces gens de pouvoir, s'ils en éprouvent le besoin, disposer d'un espace d'écoute. Une écoute plus qu'une aide proprement dite.
 
LCI.fr - Quel pourra être l'aboutissement de votre travail, des recommandations, une loi ?
 
Nous avons déjà beaucoup de propositions de loi en attente... Et légiférer sur un domaine aussi particulier est souvent difficile. Ce travail s'inscrit plus dans une prise de conscience. Et c'est peut-être la richesse du parlement d'avoir quelqu'un qui a une formation comme la mienne, c'est la richesse du parlement d'avoir une diversité de capacités humaines.
 
L'idée, c'est que nous, députés, nous nous intéressions aux difficultés de la société, qu'elles qu'elle soient, sans pour autant proposer un texte de loi. On peut juste donner des recommandations et essayer d'avoir un œil attentif.  
 
LCI.fr - Comment s'est passé ce travail ?  Avez-vous rencontré des difficultés ?   
 
Ce travail a été permis grâce à la réforme des institutions d'une part et la volonté de Jean-François Copé "d'angliciser" le parlement. En clair, que nous participions de façon plus grande à l'élaboration des lois mais aussi que nous fassions de la prospective législative. Anticiper plutôt que subir les événements. Il ne s'agit pas là d'une mission parlementaire   proprement dite mais bien de ces missions que le président de groupe UMP confie notamment aux nouveaux députés pour essayer de faire en sorte que l'Assemblée nationale produise des réflexions dans l'intérêt du pays.
 
Il y a eu deux sortes de contraintes : d'une part, celles dues au relatif secret des banques quant à leur mode de fonctionnement, notamment vis-à-vis de leurs concurrents. Concrètement, des rendez-vous prévus ont été annulés.
 
LCI.fr - Avec des responsables bancaires ou des traders ?  
 
Les deux car nous voulions balayer large. Et je souhaitais aussi que notre vision ne soit pas franco-française mais ouverte sur nos voisins car l'économie fait le tour de la planète et reste ouverte 24h/24h. Mais pour les rendez-vous en Grande-Bretagne s'est posé un problème d'emploi du temps et de moyens.
 
Le deuxième type de contraintes est bien sûr lié aujourd'hui à la crise financière. Les établissements bancaires ont bien d'autres préoccupations que collaborer à notre travail. Mais je ne désespère pas et je pense que nous reprendrons notre travail dans les semaines qui viennent. 
 
LCI.fr - Une question pour finir, vos collègues hommes politiques sont-ils équilibrés ? 
 
La classe politique est essentiellement composée de gens honnêtes et travailleurs. Leur égo n'est pas anormalement hypertrophié et si vous voulez faire de la politique, il vous faut un  minimum d'égo avec des assises narcissiques suffisamment solides pour pouvoir supporter les aléas du métier, les victoires comme les échecs. Il faut pouvoir "garder la tête froide", comme on dit. 

Pour consulter le site de Nicolas Dhuicq, cliquez ici.

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 14 octobre 2008 à 22:21
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9 Commentaires

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  • H.d;, le 15/10/2008 à 14h31

    Interressant mais bravo à vero pour sa réflexion justifiée

  • Badouras, le 15/10/2008 à 13h41

    Voilà donc à quoi sert la rémunération d'un député? Pondre des études inutiles et démagos qui concernent 0,00001% de la population!!! Et si en tant que député, en tant qu'élu du peuple qui gagne en moyenne bien moins que ces spéculateurs, il s'occupait des 80% de la population qui se partagent les 20% de miettes laissées par la nomenklatura financière et qui doivent aussi au quotidien encaisser la pression du travail mais également celle des découverts bancaires, des factures, de la précarité, des prix qui s'envolent, des loyers, des fins de mois de plus en plus difficiles à boucler? Bravo Monsieur le Député, vous servez vraiment à quelque chose: à rien! Heureusement que la honte à l'instar du ridicule ne tue pas!!!!

  • Solene, le 15/10/2008 à 13h21

    Un psy n'a rien à faire dans des histoires pareilles, ll n'a pas sa place, mais où va t-on????? du n'importe quoi, les traders sont triés sur le volet et sont normalement très résistans au stress...ce n'est pas un spys qu'il leur faut à ces gens là, mais du repos tout simplement, laissez les souffler et n'aller pas jusqu'à leur rendre la vie impossible, faite des tournantes dans les horaires, employé plus de monde, personnellement je ne pourrai pas assumer le stress qui règne dans cette profession.... d'où le fait qu'arriver à un moment ils pètent les plombs et ce n'es pas un psy qui pourra y faire quelque chose, qu'il s'en tienne à ses petites visites sans stress, car la plupart des psy sont pire que les patients et font croire du n'importe quoi à n'importe qui.....

  • Gérard, le 15/10/2008 à 11h32

    Quand verrons-nous un député-psy se pencher sur "les jeunes gens ou jeunes femmes" (les moins jeunes aussi) "qui ont à gérer des [manques chroniques de revenus], très rapidement, avec une pression permanente" ?

  • Sunseeker, le 15/10/2008 à 11h08

    A quand une étude psychologique sur ceux qui souhaitent le moins bosser et profiter au plus du système ?

  • Vero, le 15/10/2008 à 09h54

    Je trouve très bien cette étude sur le coté psy de ce métier, mais hélas je pense que dans tout les métiers il y aurait besoin de ce genre d'étude, je travaille depuis plus de 20 ans dans le milieu éducation nationale et j'ai pu constater qu'après quelques années les profs se "sentent " au dessus de tout dans leur classe, de meme dans le milieu associatif et je pense dans tout corps de métier dès qu'une personne a un peu de pouvoir ,elle se sent en dessus de tout en espèreant que ce genre d'étude se fera un peu dans tout les métiers et que certains redescendront sur terre

  • Fafoisse, le 15/10/2008 à 08h58

    J'ai une nièce de 25 ans qui travaille dans un cabinet de fusion d'entreprises, qui espère gagner assez d'argent pour prendre des participations et siéger au conseil d'administration d'une entreprise. Elle travaille de 9h du matin à 23h en mangeant un sandwich à midi et cela du lundi au samedi compris. Elle ne dort que 5 heures par nuit. Le résultat est que le samedi soir elle fait n'importe quoi (sortie en boite, coucherie avec le premier venu, cocaïne pour tenir, alcool, etc.). Elle croit qu'elle gagne bien sa vie mais en réalité elle gagne du 11 euros de l'heure quand on divise son salaire par le nombre d'heures travaillées annuelles, c'est à dire pas plus qu'une femme de ménage, elle n'arrive plus à prendre du recul et ressemble aux ouvriers chinois dans le domaine de la finance et non du textile. Elle perd son âme, sa santé, sa vie en un mot. Inutile de parler des collègues de travail qui n'ont plus que pour objectif dans la vie que l'argent comme elle, entre "requins" on s'entredévore", ambiance de travail lamentable. Sa mère est catastrophée. Dans ce contexte là, même la personne la plus équilibrée perd son équilibre.

  • Fafoisse, le 15/10/2008 à 08h58

    J'ai une nièce de 25 ans qui travaille dans un cabinet de fusion d'entreprises, qui espère gagner assez d'argent pour prendre des participations et siéger au conseil d'administration d'une entreprise. Elle travaille de 9h du matin à 23h en mangeant un sandwich à midi et cela du lundi au samedi compris. Elle ne dort que 5 heures par nuit. Le résultat est que le samedi soir elle fait n'importe quoi (sortie en boite, coucherie avec le premier venu, cocaïne pour tenir, alcool, etc.). Elle croit qu'elle gagne bien sa vie mais en réalité elle gagne du 11 euros de l'heure quand on divise son salaire par le nombre d'heures travaillées annuelles, c'est à dire pas plus qu'une femme de ménage, elle n'arrive plus à prendre du recul et ressemble aux ouvriers chinois dans le domaine de la finance et non du textile. Elle perd son âme, sa santé, sa vie en un mot. Inutile de parler des collègues de travail qui n'ont plus que pour objectif dans la vie que l'argent comme elle, entre "requins" on s'entredévore", ambiance de travail lamentable. Sa mère est catastrophée. Dans ce contexte là, même la personne la plus équilibrée perd son équilibre, son humanité et on devient fou.

  • Pbuh, le 15/10/2008 à 01h32

    "...Il ne faut pas psychiatriser le secteur bancaire....", Non,pas d' accord, il LE FAUT pour ceux-là, et peut-être abandonner toute autre Institution psychiatrie où: 1)_ 80% des personnes psychiatrisées n'ont RIEN À FAIRE avec la psychiatrie ni avec quelconque symptôme de maladie mentale. 2)_ Où l'on ne traite AUCUN trouble mentaux, parce qu'ils n'existent pas, ou bien parce que les traitements (anti-dpresseurs ou autres neuroleptiques forts) ne font que conforter les "malades" dans leur condition de dépressision ou autres troubles de la personnalité, qui ne font donc que palier, "calmer" et "se taire' sans amélioration, ce qui fait penser à une majorité de spécialistes aujourd'hui que la psychiatrie, dote de Lois de 1887, n'est qu'une police fascisante de la pensée, où des apprentis tueurs et criminels contre l'Humanité ou, si vous àtes dans l'autre camp, des méthodes policièro-politico-psychiatriques d'un soit disant K.G.B. emploient des poisons cancérigènes et les utilisent comme armes pour détruire leurs ennemis politiques, et 1 'est cequi semble se produire aujourd'hui avec les camisoles chimiques pour "prétendus (Généralement sans qu'ils puissent se défendre, ni prendre un avocat, il suffit maintenant avec les lois sclérates du Gouvernemant Sarkozy, qu'un seul avis de psychiatre (peut-êtere appartenant 4 une extr"me-droite nazie, même venant d'Israïl, et ç'est le principal point avec les "communautés de certains Ordres Secrets comme, je dteste le dire l'Ordre ancien ET religieux des Médecins" de l'Establishment, il suffit avec ces lois fascisantes de l'avis, encore une fois de l'avis favorable à un internement (voulu généralement par la police Préfectorale uniquement, qui n' est PAS HABILITÉE ? JUGER DE VORTRE FOLIE OU NON, sans avocat, sans ou avec l'appui de votre famille ni de vos amis, que CE psychiatre, peut-4tre complètement sadique (qui osera demander une ...(suite dans prochain message..)...

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