Jean-François Copé © TF1/LCI"Jean-François ne cherche pas à rivaliser avec Sarko. Mais dès qu'il peut apparaître comme le plus moderne, il n'hésite pas. Pour le futur...". Le propos est signé d'un député très proche du président du groupe UMP à l'Assemblée. Et "JFC", comme l'appellent ses jeunes collaborateurs, a tout de suite compris que la réforme des collectivités locales était, à ce titre, une divine surprise.
Depuis des années, à longueur de journaux, les uns et les autres se lamentent sur le mille-feuille administratif français et ses innombrables communes, départements, régions, sources d'inefficacité et de dépenses inutiles. Jacques Attali, il y a un an, en avait remis une couche dans son rapport, en préconisant tout simplement la suppression des départements. "Ca ne se fera pas", pensaient tout bas les élus de tous bords. Mais rupture oblige, le chef de l'Etat a donné son feu vert cet été pour ouvrir le débat. Avec gourmandise, Jean-François Copé s'est donc enfoncé dans la brèche. Quoi de mieux qu'accoler son nom à une réforme aussi ambitieuse, attendue depuis si longtemps par les "modernes" de droite comme de gauche ?
La première grande initiative parlementaire ?
"Copé bénéficie d'une chance dans ce dossier, c'est la révision constitutionnelle, et il va la saisir ", décrypte un parlementaire de la majorité. Depuis la révision de juillet dernier, les députés ont repris une partie des prérogatives du Premier ministre. Parmi celles-ci, la maîtrise de la moitié de l'ordre du jour des textes discutés à l'Assemblée. Et si la première grande initiative parlementaire était le big-bang administratif attendu en France depuis si longtemps ? Jean-François Copé s'en donne les moyens, il "fonce", selon son expression favorite. La veille du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, il laisse entendre sur France Info que le chef de l'Etat va cette fois ouvrir le chantier de la réforme. Cinq jours plus tard, il annonce la création d'un groupe de travail qui comprendra députés et sénateurs, sur le modèle de la commission sur l'audiovisuel.
Au passage, il demande au gouvernement de mettre à la disposition du Parlement une partie de ses collaborateurs hauts fonctionnaires pour préparer cette réforme d'envergure. Et dès mercredi prochain, le président de la Commission des Lois va dévoiler les conclusions de la mission parlementaire sur "la clarification des compétences des collectivités locales". "C'est intelligent de la part de Copé d'inclure dans le groupe de travail des sénateurs, fait remarquer Jean-Luc Warsmann, car la règle institutionnelle veut que seul le Sénat puisse déposer un projet de loi en matière de collectivités locales". L'hyperactif patron du groupe UMP a bien ficelé son dispositif.
"MAM est plombée"
Mais quid de la ministre en charge des Collectivités locales ? Michèle Alliot-Marie n'a pas pipé mot sur ce dossier ces derniers jours. Elle a bien évoqué le sujet en juillet dernier lors d'une réunion avec François Fillon mais depuis, les choses n'ont pas avancé. Place Beauvau, on avait bien prévu de mettre en place début septembre un groupe de travail sur le sujet, composé de deux parlementaires et des élus locaux, mais selon nos informations, il n'est toujours pas constitué. Alors face à l'activisme de Jean-François Copé sur la réforme, on préfère dire "qu'il y a des gens qui aiment à communiquer tous les jours sur le même sujet. Michèle Alliot-Marie doit, elle, s'exprimer sur des dossiers très divers ". Il est vrai qu'entre les ratés du fichier Edvige, les fermetures de commissariats de police ou les tensions avec les syndicats, le travail ne manque pas. Traduction dans la bouche d'un dirigeant UMP : "MAM est plombée, Sarkozy ne la supporte plus, c'est la longue chronique d'un départ annoncé".
"Il n'y a aucun coup bas dans la préparation de cette réforme. Ce n'est pas ma personne qui importe, c'est le chantier fondamental de la fusion régions-départements", assure Jean-François Copé. De son côté, certes. Mais il doit composer avec la volonté élyséenne de contourner la place Beauvau. La nomination en mars dernier d'Alain Marleix "aux côtés" de Michèle Alliot-Marie participe de cet encerclement. Le très sarkozyste secrétaire d'Etat à l'Intérieur doit ainsi, selon nos informations, rencontrer lundi prochain le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Christian Frémont, qui suit ce dossier pour le président.
A l'Elysée, on souhaite installer pour cette réforme des collectivités locales une commission présidée par Edouard Balladur sur le modèle de ce qui avait été fait pour la Constitution. Début des travaux prévus, fin 2008 ou début 2009. C'est le timing qu'a fixé Jean-François Copé à ses parlementaires pour proposer leurs solutions, avec une ambition forte : défendre "une seule entité territoriale" venant à remplacer les actuels départements et régions. Objectif : placer la barre le plus haut possible pour entrer dans le débat en 2009 avec la palme de l'audace, sur une réforme qui "correspond à une attente de l'opinion publique", confie Jean-François Copé.
Comme pour l'audiovisuel, Nicolas Sarkozy gardera évidemment la main sur ce dossier mais il sait, en expert des rapports de force, que la révision institutionnelle permet désormais à Jean-François Copé de "coproduire" l'avenir avec le président. L'un ne peut plus réussir sans l'autre. Pour l'un, en 2012, pour l'autre en 2017.
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