Copé laisse Alliot-Marie sur place

Par , le 02 octobre 2008 à 10h08 , mis à jour le 02 octobre 2008 à 20h59

Alors que se sont ouvertes jeudi à Antibes les journées parlementaires de l'UMP, le patron du groupe mène la danse sur la fusion régions-départements, dans un dialogue direct avec l'Elysée.

Jean-François CopéJean-François Copé © TF1/LCI

"Jean-François ne cherche pas à rivaliser avec Sarko. Mais dès qu'il peut apparaître comme le plus moderne, il n'hésite pas. Pour le futur...". Le propos est signé d'un député très proche du président du groupe UMP à l'Assemblée. Et "JFC", comme l'appellent ses jeunes collaborateurs, a tout de suite compris que la réforme des collectivités locales était, à ce titre, une divine surprise.
 
Depuis des années, à longueur de journaux, les uns et les autres se lamentent sur le mille-feuille administratif français et ses innombrables communes, départements, régions, sources d'inefficacité et de dépenses inutiles. Jacques Attali, il y a un an, en avait remis une couche dans son rapport, en préconisant tout simplement la suppression des départements. "Ca ne se fera pas", pensaient tout bas les élus de tous bords. Mais rupture oblige, le chef de l'Etat a donné son feu vert cet été pour ouvrir le débat. Avec gourmandise, Jean-François Copé s'est donc enfoncé dans la brèche. Quoi de mieux qu'accoler son nom à une réforme aussi ambitieuse, attendue depuis si longtemps par les "modernes" de droite comme de gauche ?  
 
La première grande initiative parlementaire ?
 
"Copé bénéficie d'une chance dans ce dossier, c'est la révision constitutionnelle, et il va la saisir ", décrypte un parlementaire de la majorité. Depuis la révision de juillet dernier, les députés ont repris une partie des prérogatives du Premier ministre. Parmi celles-ci, la maîtrise de la moitié de l'ordre du jour des textes discutés à l'Assemblée. Et si la première grande initiative parlementaire était le big-bang administratif attendu en France depuis si longtemps ? Jean-François Copé s'en donne les moyens, il "fonce", selon son expression favorite. La veille du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, il laisse entendre sur France Info que le chef de l'Etat va cette fois ouvrir le chantier de la réforme. Cinq jours plus tard, il annonce la création d'un groupe de travail qui comprendra députés et sénateurs, sur le modèle de la commission sur l'audiovisuel.
 
Au passage, il demande au gouvernement de mettre à la disposition du Parlement une partie de ses collaborateurs hauts fonctionnaires pour préparer cette réforme d'envergure. Et dès mercredi prochain, le président de la Commission des Lois va dévoiler les conclusions de la mission parlementaire sur "la clarification des compétences des collectivités locales". "C'est intelligent de la part de Copé d'inclure dans le groupe de travail des sénateurs, fait remarquer Jean-Luc Warsmann, car la règle institutionnelle veut que seul le Sénat puisse déposer un projet de loi en matière de collectivités locales". L'hyperactif patron du groupe UMP a bien ficelé son dispositif.
 
"MAM est plombée"
 
Mais quid de la ministre en charge des Collectivités locales ?  Michèle Alliot-Marie n'a pas pipé mot sur ce dossier ces derniers jours. Elle a bien évoqué le sujet en juillet dernier lors d'une réunion avec François Fillon mais depuis, les choses n'ont pas avancé. Place Beauvau, on avait bien prévu de mettre en place début septembre un groupe de travail sur le sujet, composé de deux parlementaires et des élus locaux, mais selon nos informations, il n'est toujours pas constitué. Alors face à l'activisme de Jean-François Copé sur la réforme, on préfère dire "qu'il y a des gens qui aiment à communiquer tous les jours sur le même sujet. Michèle Alliot-Marie doit, elle, s'exprimer sur des dossiers très divers ". Il est vrai qu'entre les ratés du fichier Edvige, les fermetures de commissariats de police ou les tensions avec les syndicats, le travail ne manque pas. Traduction dans la bouche d'un dirigeant UMP : "MAM est plombée, Sarkozy ne la supporte plus, c'est la longue chronique d'un départ annoncé".
 
"Il n'y a aucun coup bas dans la préparation de cette réforme. Ce n'est pas ma personne qui importe, c'est le chantier fondamental de la fusion régions-départements", assure Jean-François Copé. De son côté, certes. Mais il doit composer avec la volonté élyséenne de contourner la place Beauvau. La nomination en mars dernier d'Alain Marleix "aux côtés" de Michèle Alliot-Marie participe de cet encerclement. Le très sarkozyste secrétaire d'Etat à l'Intérieur doit ainsi, selon nos informations, rencontrer lundi prochain le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Christian Frémont, qui suit ce dossier pour le président.
 
A l'Elysée, on souhaite installer pour cette réforme des collectivités locales une commission présidée par Edouard Balladur sur le modèle de ce qui avait été fait pour la Constitution. Début des travaux prévus, fin 2008 ou début 2009. C'est le timing qu'a fixé Jean-François Copé à ses parlementaires pour proposer leurs solutions, avec une ambition forte : défendre "une seule entité territoriale" venant à remplacer les actuels départements et régions. Objectif : placer la barre le plus haut possible pour entrer dans le débat en 2009 avec la palme de l'audace, sur une réforme qui "correspond à une attente de l'opinion publique", confie Jean-François Copé.
 
Comme pour l'audiovisuel, Nicolas Sarkozy gardera évidemment la main sur ce dossier mais il sait, en expert des rapports de force, que la révision institutionnelle permet désormais à Jean-François Copé de "coproduire" l'avenir avec le président. L'un ne peut plus réussir sans l'autre. Pour l'un, en 2012, pour l'autre en 2017. 

Par Renaud Pila le 02 octobre 2008 à 10:08
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15 Commentaires

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  • Sevebe, le 02/10/2008 à 17h54

    Cope veut tout embrasser qui trop etreint mal embrasse

  • Gilles, le 02/10/2008 à 16h52

    à Dan, XX Marianne est un journal anti sarko et si nous etions dans pays totalitaire comme ils le disent,si sarko etait un dictateur il y a longtemp que cette feuille de choux serait interdite,alors un peut de "jujote" SVP.

  • Mau, le 02/10/2008 à 15h57

    S'il n'y avait pas eu de départements, il n'y aurait pas eu non plus de circonscrption pour les députés qu'auraient fait alors les JFC et autres députés pour faire parler d'eux. Il y en a marre qu'ils soient payés pour des bavardages égocentriques

  • Crocro, le 02/10/2008 à 15h41

    Réduire les frais publics exorbitants de la france est nécessaire,mais je doute un peu de la finalité de cette ambition !...Quant on s'attaque aux grands commis de l'état tels que les préfets c'est du dur dur,entre loups aux dents longues on s'évite.Souhaitons que ce gouvernement fasse avancer les problèmes,même s'il ne montre pas Tjrs l'exemple,loin s'en faut.Courage et ténacité Nicolas,mais sans fierté et démagogie.

  • Pascal, le 02/10/2008 à 15h07

    Laffcour, Tarbes : Vu que les conseillers généraux sont élus par canton, ça va être difficile de supprimer les cantons sans le conseil général... Sérieusement, il ets clair que l'échelon déparmental n'a plus aucun sens, même si ses missions sont très importantes et généralement bien gérées. Fusion avec la région!

  • Luigi, le 02/10/2008 à 14h18

    Supprimer la taxe professionnelle ? vous ne l'incluez pas comme la TVA dans vos prix de vente ? Supprimer les départements au profit des régions , cela sera comme en Aquitaine par exemple des citoyens à 260 km du Conseil régional. alors..délégations, voitures de fonctions etc... C'est les régions qui sont trop nombreuses ! regroupons aquitaine et midi-pyrénées et vous aurez des régions moins gourmandes en fonctionnaires de tout poil mais surtout de taille à dialoguer avec la catalogne, la navarre ou la baviere. mais le centralisme parisien le veut-il ?

  • Dan, le 02/10/2008 à 13h55

    Lire Marianne, très éloquent, nos ministres sont juste là pour la vitrine quant à la démocratie il faut la chercher ailleurs que dans notre pays. En france ce mot n'est plus qu'une coquille vide.

  • Remi, le 02/10/2008 à 13h53

    Parceque il y a une droite en France? Je vois un gouvernement qui ne fait que du social et un PS qui repete des discours communistes. Au sujet des departements, ils datent d'une epoque ou il falait 5 jours pour traverser la france et pareil pour envoyer un message.

  • Dirty Larry, le 02/10/2008 à 13h51

    Non, non et non ! Il faut conserver nos départements, ces belles créations de Napoléon qui ont était prévues afin que chaque citoyen puisse se rendre dans sa préfecture en moins d'une journée à cheval. Il est vrai qu'à l'heure du TGV, des autoroutes et d'Internet, il ne faut absolument pas toucher à cet hériitage, quoiqu'il en coûte. Eh oui ! Pas de doutes, nous somme bien en France, pays du proprès immobile. Vive la réforme, du moment qu'elle ne change rien !

  • Commerçant, le 02/10/2008 à 13h37

    Oui à condition de supprimer la taxe professionnelle qui tue l'emploi, 3064 euros qui partent pour engraisser toutes les couches (inutiles) de l'Etat Français, STOP au gaspillage !

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