Devedjian souhaite que Sarkozy redevienne le patron de l'UMP

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 29 octobre 2008 à 16h37 , mis à jour le 30 octobre 2008 à 08h53

Le secrétaire général du parti majoritaire affirme que lui ou un autre "n'a pas la légitimité nécessaire" pour représenter le mouvement. Il juge par ailleurs que la coproduction législative va renforcer le rôle du Premier ministre.

Patrick Devedjian UMP Réformes FillonPatrick Devedjian à l'Elysée en 2007 © Abacapress

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Patrick Devedjian s'explique face à Christophe Barbier

LCI.fr - Depuis quelques semaines, l'articulation entre gouvernement et la majorité parlementaire se passe mal. Est-ce le résultat de la coproduction législative ?
 
Patrick Devedjian : Non, c'est le résultat d'une profonde transformation liée à la réforme constitutionnelle. La coproduction est d'abord constitutionnelle. L'ordre du jour de l'Assemblée et du Sénat sont partagés, selon la règle de droit. Alors maintenant comment s'organise-t-on ?On est en ce moment dans la phase des essais. Donc parfois ça patine un petit peu mais c'est inévitable. C'est un changement profond qui est encore loin d'avoir produit tous ses effets. A l'avenir, toutes les majorités vont devoir ajuster un nouvel équilibre dans le fonctionnement législatif. Ca ne marche pas toujours du premier coup. Cela prouve que la réforme se met en place.
 
LCI.fr - Mais que de couacs tout de même...
 
P.D. : Il faut accepter ce changement de mœurs. Jusque là,  les députés étaient au garde à vous. Un parlement vivant conduit à des débordements inévitables. C'est comme ça dans toutes les démocraties. Il y aura des initiatives parfois intempestives, mais il va enfin se passer quelque chose au parlement. Ce ne sera plus un théâtre d'ombres, il va redevenir progressivement le centre de la vie politique du pays. Cela va donc nécessiter l'engagement même du Premier ministre.
 

"Le système militaire
et discipliné avec
des parlementaires
soldats est terminé"

Patrick Devedjian, UMP

LCI.fr  - C'est pour cela qu'il a recadré les députés UMP la semaine dernière ?
 
P.D. : Il ne faut pas que cela parte dans tous le sens. En réalité, je pense que le partage de l'ordre du jour va conduire inévitablement à un renforcement du rôle parlementaire du Premier ministre. Jusque là, il suffisait d'un secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement qui fixait l'ordre du jour voulu par le gouvernement. Avec la réforme constitutionnelle, ça ne va plus marcher comme ça. Le système militaire et discipliné avec des parlementaires soldats est terminé.
 
Il va falloir les convaincre et coordonner leurs actions. Et il faut une autorité politique forte pour cela, sinon chaque député va vouloir faire la politique de la France... Comme la politique du pays est mise en œuvre par le Premier ministre, c'est à lui d'animer et de convaincre les groupes parlementaires de l'Assemblée et du Sénat. Il est responsable devant la majorité et a l'autorité exécutive.
 
On a dit que la suractivité du chef de l'Etat conduirait à un effacement du Premier ministre. Moi je crois que la réforme institutionnelle le renforce au contraire mais elle modifie son rôle. Au lieu d'être le doublon du président, il en est le chef d'état-major.

 
LCI.fr - La crise est là et Nicolas Sarkozy est partout. Que répondez-vous à ceux qui disent que l'on n'entend pas l'UMP ?
 
P.D. : Ceux qui disent cela sont malicieux. Tous les mercredi par exemple, nous organisons des Ateliers du changement, à suivre en direct sur notre site internet. Les débats sont riches et l'UMP est autrement plus présente que le PS car que propose réellement la gauche dans cette crise ?
 
LCI.fr - Quel va être le rôle du parti majoritaire dans les mois à venir ?
 
P.D. : D'abord soutenir le gouvernement, ensuite relayer et faire de la pédagogie pour faire comprendre les mesures que nous prenons actuellement. Dans un second temps, nous militerons pour la mise en place d'un plan industriel car des pans entiers de la production ont disparu de notre pays, je pense notamment aux écrans-plats, aux motos, aux vélos, etc...
 
LCI.fr - Revenons à l'organisation de l'UMP. A chaque événement, vous êtes deux, trois voire plus à réagir au nom du parti. Le message ne manque-t-il pas de personnification ?
 
P.D. : Vos reproches sont contradictoires. Vous disiez que l'on n'entendait pas l'UMP, et maintenant vous dites qu'on l'entend trop et que le message est brouillé. Je crois qu'il faut occuper le terrain et j'ai voulu avoir trois-portes-paroles. Ils vous saturent un peu ?  Tant mieux (sourires). Ils sont convergents et occupent bien le terrain au quotidien.
 

 LCI.fr - Selon Le Monde daté de mercredi, Nicolas Sarkozy aurait confié avoir commis une erreur en abandonnant la tête de l'UMP.  Comment le prenez-vous ?

P.D. : C'est vrai qu'il le pense et je suis profondément d'accord avec lui. En France, la Ve République a voulu couper le lien entre le parti et celui qui a les plus hautes responsabilités du pouvoir.

"Celui qui dirige
le parti, moi ou
un autre, n'a pas
la légitimité nécessaire"

Patrick Devedjian, UMP

C'est une erreur totale. Dans tous les autres pays du monde, le chef de l'exécutif reste le chef du parti. Il n'y a que chez nous que cette habitude a été prise et cela conduit à un paradoxe.  Pour accéder aux responsabilités, il faut en France être chef de parti. Mais dès qu'on y accède, il ne faut plus l'être. La conséquence : celui qui dirige le parti, moi ou un autre, n'a pas la légitimité nécessaire.
 
L'UMP, c'est d'abord l'adhésion de gens qui soutiennent la politique de Nicolas Sarkozy. Personne n'adhère à l'UMP pour Devedjian... ou presque. Ce n'est pas moi que les militants attendent, et ce d'autant moins que je ne suis pas candidat à la présidentielle. Moi je suis un chef de parti qui n'est pas présidentiable et qui ne veut pas l'être. Donc je ne suis que l'auxiliaire de Nicolas Sarkozy. Il y a donc un besoin de sa présence. Adhérer à l'UMP pour soutenir une personnalité que vous ne pourriez pas voir dans l'enceinte du parti est absurde.
 
LCI.fr - Dans le futur, souhaitez-vous laisser la place à quelqu'un d'autre pour ne plus cautionner cet artifice qui ne vous plaît guère ?
 
P.D. : Moi je suis là pour aider le président et non pour avoir des états d'âme. Dans la vie politique, il n'y a pas que des choses agréables.  Je conçois mon rôle avec une volonté de servir et pour être utile.
 
LCI.fr - Pensez-vous que d'autres ont des visées plus personnelles dans leur souhait de vous succéder ?
 
P.D. : On voit bien pourquoi ceux qui veulent devenir président de la République veulent devenir patron de l'UMP. Moi je le suis pour servir la politique de Nicolas Sarkozy et conforter son action. C'est ma seule ambition comme secrétaire général du parti. Même s'ils l'habillent autrement, d'autres ont un projet plus personnel, après tout légitime, et ils ont envie de se servir du parti pour promouvoir leur propre carrière. Donc la bonne solution, c'est que Nicolas Sarkozy redevienne le chef officiel de l'UMP.
 
LCI.fr - Quand cela pourrait-il intervenir ?
 
P.D. : C'est au président de voir et puis c'est l'évolution des esprits qui devrait le permettre. Ce serait beaucoup plus clair.
 
LCI.fr - Autre cas de figure... Serait-ce une erreur de mettre un présidentiable à la tête de l'UMP pour vous succéder ?
 
P.D. : Comme le patron de l'UMP, c'est Nicolas Sarkozy, ce serait à lui de choisir mon successeur. Mais je pense que le parti doit rester sous son autorité. Il faut bien s'assurer que l'UMP reste loyale au président.
 
LCI.fr - Emplois aidés, entrée de l'Etat dans les banques, aggravation des déficits... Auriez-vous imaginé soutenir une telle politique il y a trois mois ?
 
P.D. : Je ne l'avais pas exclu car je n'ai jamais sous-estimé la crise. Elle est d'une telle importance qu'il faut faire flèche de tout bois pour la supporter. Quand il y a le feu à la maison, on ne regarde pas sur les moyens. Cette crise mondiale est très grave et la France va devoir la supporter socialement. Nous allons avoir d'avantage de chômeurs et une baisse de l'activité. Il faut permettre aux gens de la supporter sur le plan humain. Ce sont des moyens exceptionnels pour une période exceptionnelle.
 
LCI.fr - Certains libéraux plaident à l'UMP pour que le retour de l'Etat soit bien temporaire...
 
P.D. : Le débat est mal posé. La question est : que doit faire l'Etat ?  Je déplore que l'Etat soit absent de là où il doit être. Le marché, c'est la condition pour créer de la croissance. Mais pour qu'il fonctionne, il faut l'Etat et des règles. Le libéralisme, c'est le droit. Le laisser-faire, c'est l'anarchie. La liberté est un produit de civilisation très précieux et difficile à réaliser.  Si le marché n'est pas loyal, il faut l'intervention de l'Etat.

"Le rôle de l'Etat
est de contrôler
et de pallier
les incendies"

                                  Patrick Devedjian

LCI.fr - Craignez-vous un retour de l'économie administrée ?
 
P.D. : Je ne suis pas du tout favorable à l'économie administrée. Mais qu'a-t-on vu ? L'origine de la crise est l'absence de contrôle mondial sur le fonctionnement des marchés. Des opérateurs ont vendu n'importe quoi, des produits financiers avariés. On a donc besoin d'une police des marchés contre des gens qui sont à la frontière de l'honnêteté. Le rôle de l'Etat est de contrôler et de pallier les incendies. Lorsque le système dégénère, il ne retrouve pas son équilibre tout seul.
 
LCI.fr - Depuis le début, le sarkozysme est avant tout un optimisme volontariste. La montée du mécontentement populaire ne va-t-il pas remettre en cause cette philosophie de l'action ?
 
P.D. :Non, les périodes de crise favorisent le changement. C'est l'occasion des réformes et des transformations. La peur voire la souffrance sociale vont faciliter la réforme de situations qui ne conviennent pas.  La crise ne doit pas créer la sinistrose mais le volontarisme.
 
LCI.fr - Une partie de l'opinion est choquée par la réactivité européenne pour sauver les banques et le manque de réactivité pour relancer l'économie. Et vous ?
 
P.D. : Ce n'est pas la même chose et ne représentent pas la même difficulté. Pour les banques, il fallait sauvegarder l'épargne des Français et éviter tout mouvement de panique. Deuxièmement, il fallait réinstaurer la confiance entre les banques car elles ne se prêtaient plus. Il fallait que l'Etat empêche immédiatement tout blocage de l'économie, tel un médecin qui débouche une artère. Tous les Français ont un compte en banque et peuvent donc se rassurer que leurs dépôts n'aient pas été dilapidés. Mais une fois l'incendie éteint, il faudra une phase de reconstruction avec une politique industrielle forte et innovante, ce qui n'a pas été fait depuis très longtemps.
 
LCI.fr - Les Echos ont révélé mardi que 7000 foyers aisés n'ont pas payé d'impôt sur le revenu en 2007 en raison des niches fiscales. Cela vous choque ?
 
P.D. : Oui, ça me choque.  Je suis favorable à un plafonnement significatif des niches fiscales mais encore faut-il savoir lesquelles ?  Je pense que l'on est allé trop loin dans les avantages, même s'ils peuvent se justifier, consentis aux départements d'Outre-mer, ce qui conduit parfois à l'exonération totale de certaines personnes aux revenus importants. Il va y avoir un débat au parlement sur les niches fiscales et on les étudiera. Mais pour moi, il ne faut pas toucher par exemple à la déduction des emplois familiaux car cela crée des emplois, voire régularise certaines situations.

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 29 octobre 2008 à 16:37
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19 Commentaires

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  • Chance, le 29/10/2008 à 20h55

    Faillot va !!! toi tu devrais vraiment quitter l'UMP car tu fait que des conneries !!

  • Laeti, le 29/10/2008 à 20h48

    Bushnell, Boulogne : enfin une personne dont je partage l'avis. Je me sens moins seule. Voler ses propres idées la France ne sait pas faire, enfin pas encore.

  • Ludovic, le 29/10/2008 à 20h36

    La France plaît à Berlin! Elle est toujours copiée! Dans l'éducation par exemple... ET nous, nous devons se servir des idées des autres pour faire avancer notre usine à gaz!!!! Le peuple doit prendre le pouvoir et c'est par la chambre des députés que cela doit passer! Notre président est l'élu du peuple et s'il ne peut pas s'exprimer à la première chambre, il doit le faire à travers nos partis et surtout son parti!!! Son parti à écrit le programme de la plus grande partie d'entre nous!!! Nous avons voté!!! Merci pour vos propos M. Devedjan

  • Marc, le 29/10/2008 à 20h17

    Mais bien sur qu'il a raison Devedjian ! tout le monde sait bien que c'est sarko qui dirige tout à l'UMP alors arretons avec cette hypocrisie française. Au moins les choses seront claires !!

  • Niloce, le 29/10/2008 à 19h54

    Je vis à l'étranger depuis 15 ans et je peux vous dire que nous sommes devenus la risée des autres pays (à part les USA) et que les gesticulations de Sarko font bien rire tout le monde, surtout sa volonté de reprendre à son compte les suggestions des autres chefs d'état. Tous les expatriés indépendants vous le confirmeront!

  • Ml, le 29/10/2008 à 19h35

    A parce l'UMP avait un autre patron et bien pour quelqu'un comme moi qui était encarté UMP jusqu'aux municipales 2007 excusez moi mais il me semblait que le patron était et est toujours le même excepté qu'il a fait semblant de mettre "quelques souffris" en place Ce qui explique d'ailleurs largement la perte de viitesse de ce parti car s'il y avait un véritable chef comme l'a été en son temps Mr SARKOZY, capable de mener sa famille politique et non pas de se conduire comme un toutou (comme c'est le cas actuellement) les militants se sentiraient moins pris pour des benêts et resteraient fidèles à leur parti

  • Franck, le 29/10/2008 à 19h22

    A titre info, Sarkozy est montré en exemple à l'étranger... N'en déplaise à ceux qui pense qu'il ne fait rien...

  • Dan, le 29/10/2008 à 19h10

    Quand est-ce que Mr Sarkozy va se déclarer president à vie?

  • Le rochelais, le 29/10/2008 à 19h05

    C'est le patron de tout, sauf des patrons des banques, des finances et de l'économie mondiale. Donc c'est en fait très limité (UMP, Députés et Sénat UMP's)

  • Tintin, le 29/10/2008 à 18h47

    Devedjian n'a pas besoin que Sarko redevienne le patron alors qu'il est déjà dictateur, ce serait rétrogradé. Ensuite c'est vrai qu'il est partout et nulle part. De même on peut dire il fait tout et rien. Beaucoup de gens dans la rue le critiquent et disent qu'ils n'ont pas voté pour lui. Mais pour être arrivé à l'Elysée il y a bien des milliers de couillons qui l'ont voté, même si maintenant ils le regrettent.

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