Salariés de ford en Aquitaine lors d'une manifestation (24 octobre 2008) © TF1/LCICette fois, la crise est là, bel et bien là. Et elle se fait sentir aussi dans les déclarations politiques. A droite, au centre et à gauche, les uns et les autres essaient de se faire entendre, et surtout comprendre, d'une opinion publique partagée entre inquiétude et colère. Pour cela, le capitalisme est envoyé aux oubliettes, sans que soit vraiment proposé de contre-modèle crédible mais l'essentiel est de ne pas se laisser dépasser par le mécontentement populaire. Invitée du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Ségolène Royal a décidé dimanche de s'en prendre vivement à "ceux qui ont entraîné le système dans le mur".
Sur le registre de l'indignation, elle a dénoncé "une sorte de connivence entre le pouvoir actuel, le système bancaire et les entreprises du CAC 40". Les banques françaises "ont contourné les règles prudentielles pour vendre des créances, et c'est cela qui a mené le système dans le mur", a déclaré l'ancienne candidate du PS à l'élection présidentielle de 2007, tout en démentant avoir gauchi son discours à l'approche du congrès de Reims. "Je n'ai rien gauchi du tout, je tiens un discours que j'ai tenu durant la campagne", a-t-elle souligné.
"Ca doit bien faire rigoler du côté du Fouquet's"
Autre leader, autre angle d'attaque mais toujours sur la même ligne anti-capitaliste : François Bayrou. Le patron du MoDem a renvoyé dimanche dos à dos le capitalisme et le socialisme. Comparant l'actuelle crise financière, "d'ampleur séculaire", à celle "qui en 1989 a emporté le socialisme soviétique", il a conclu à "la crise et l'échec de l'idée fondamentale qui animait chacun des deux systèmes". Il s'est amusé des déclarations du président vénézuélien Hugo Chavez, qui a estimé vendredi que le "camarade" Sarkozy était en train de "se rapprocher du socialisme". Ca "doit faire bien rigoler du côté du Fouquet's!", a-t-il lancé.
Cette "tentative de redorer le blason du capitalisme comme modèle de société", est "à peu près le contraire exact de ce que nous pensons", a ajouté le leader centriste, disant vouloir porter un "projet humaniste". "Nous, ce que nous mettons en premier, ce n'est pas l'argent, c'est l'être humain", a-t-il lancé, reprenant lui aussi sa petite musique de la campagne présidentielle. Quelle est la déclinaison de cet humanisme en propositions concrètes ? Comment construire un humanisme dans un seul pays, si nos voisins conservent un système capitaliste même tempéré ? François Bayrou devra approfondir sa réflexion.
A droite, le président de la République n'est pas en reste sur le créneau anticapitaliste. Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy a affirmé que "désormais, il y aura davantage de politique parce que l'idéologie de la dictature des marchés et de l'impuissance publique est morte avec la crise financière". Selon lui, "c'est une révolution intellectuelle et morale qui est en train de s'opérer et qui va continuer". Pour le chef de l'Etat la crise est "mondiale", "structurelle", et "n'est pas une parenthèse qui sera bientôt refermée". "Désormais plus rien dans l'économie mondiale ne sera comme avant", a-t-il affirmé, coupant l'herbe sous le pied d'une gauche déportée sur sa gauche.
Dans les semaines et les mois qui viennent, c'est bien le discours radical qui pourrait profiter de cet affolement des boussoles idéologiques et de la colère sociale. Selon un sondage Viavoice publié lundi par Libé, les thèmes proches de ceux développés par Olivier Besancenot séduisent de plus en plus.
Sarkozy recevra Brown mardi à Versailles |
Le président français Nicolas Sarkozy recevra mardi à 17h30 à Versailles, le Premier ministre britannique Gordon Brown. Objectif : discuter de la situation économique avant le sommet de l'Union européenne le 7 novembre à Bruxelles et le sommet du G-20 du 15 novembre à Washington, selon le communiqué de Downing Street. |
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