"Nous ne gagnerons pas en courant derrière Besancenot"

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 21 octobre 2008 à 20h09 , mis à jour le 21 octobre 2008 à 20h53

Gérard Collomb met en garde le PS contre un retour à "un discours d'avant 1981 qui ne prenne pas en compte les dimensions économiques de la crise".

TF1/LCI : Gérard Collomb, maire PS de LyonGérard Collomb, maire PS de Lyon © TF1/LCI

 LCI.fr - Le Congrès du PS approche. Votre motion est-elle, selon vous, dans une bonne dynamique ?
 
Gérard Collomb : Nous faisons partie des motions qui feront le Congrès car nous avons privilégié les réponses de fond et Ségolène Royal a accepté que l'on ne se place pas dans la course à la présidentielle, au travers de la course au poste de premier secrétaire. Comme il faudra qu'il y ait forcément une discussion entre les différentes composantes du PS pour définir une ligne politique claire, il me semble que notre option rencontre un bon écho auprès des militants.
 
LCI.fr - Ce congrès doit-il, selon vous, uniquement trancher sur la ligne politique ?
 
Oui, c'est essentiellement un congrès qui doit trancher la ligne. Les problèmes de personnalités sont importants mais ils ne sont pas totalement déterminants. Ainsi, lors des deux dernières élections présidentielles, nous avons perdu avec deux personnalités, Lionel Jospin et Ségolène Royal, qui ne sont pas semblables. Donc nous avons perdu car nous n'avions pas de projet politique crédible. Le PS était perçu comme incapable de projeter un projet réformiste fort, tant sur le plan social qu'écologiste, tout en étant crédible économiquement. 
 
LCI.fr - Premier signataire de la motion E, vous étiez discret depuis quelques temps... La Ligne claire n'est-elle pas quelque peu inaudible dans une alliance avec Ségolène Royal ?  
 
Le retour sur le devant de la scène de Ségolène Royal s'est fait à son meeting de Bordeaux, organisé par Vincent Feltesse de la Ligne claire, et sur des thématiques qui étaient celles de la Ligne claire. Ce que l'on souhaitait, c'est que Ségolène Royal puisse parler non pas des problèmes internes au PS mais des problèmes du pays. Il est important de donner notre vision de ce qu'est la crise aujourd'hui et de ce que pourraient être les solutions du PS demain.
 
LCI.fr - Pour vous, le fait que sa candidature au poste de 1er secrétaire ne soit plus un préalable reste un point important de cette motion ?
 
Oui, c'est quelque chose d'important à partir du moment où l'on veut concentrer le débat et surtout la ligne politique autour de la définition d'un projet, autour d'un travail collectif de l'ensemble des militants et non pas autour de la personnalité d'un candidat. Miser uniquement sur la personnalité des candidats, c'est jouer un espèce de quitte ou double. La vraie question aujourd'hui, c'est celle de la définition du projet que nous voulons présenter aux Français. Il faut que l'on apporte une réponse collective à la crise. Sur le terrain, on sent que l'on est passé de la crise immobilière à la crise financière puis aujourd'hui à la crise économique profonde.
 
Mais il faut que nous évitions un double écueil : ne pas prendre en compte la profondeur des répercussions sociales de la crise. A contrario, revenir à un discours d'avant 1981 qui ne prenne pas en compte les dimensions économiques de la crise.  Faut-il une politique européenne commune en matière de financement des banques ?  Oui. Faut-il des politiques coopératives au niveau européen et mondial ?  Oui. C'est sur ce positionnement que le PS doit se situer.
 
LCI.fr - Avec la crise, redoutez-vous une certaine "gauchisation" du discours socialiste ? 
 
Le PS ne gagnera pas en courant après les thèses d'Olivier Besancenot mais en présentant une alternative crédible par rapport à Nicolas Sarkozy. Sur la question de la crise, beaucoup de dirigeants de PME ou de salariés sont prêts à entendre un discours du PS sur une condamnation d'une économie court-termiste guidée par la finance. Des chefs de grande entreprise disent également qu'être obligé de présenter des résultats avec un retour sur investissement à deux chiffres est contraire à un projet industriel de long terme. Si les socialistes tiennent cette ligne là, ils seront audibles.
 
En revanche, s'ils reprenaient des thèses inspirées de l'extrême-gauche, alors ils cesseraient d'être crédibles dans l'opinion publique, à la fois dans les milieux économiques mais également chez beaucoup de salariés qui ont à l'esprit la réalité de notre monde économique. Avec le choc de la crise, je sens bien qu'un certain nombre de militants sont prêts à entendre un discours de dénonciation du capitalisme, du type de celui des années 70 ou 80. Ce n'est pas comme cela que la gauche a pu gérer le pays quand elle était au pouvoir. La tentation de reprendre ce discours serait mortifère. 

La crise ne va pas empêcher que l'on reste dans une économie mondialisée, avec l'émergence de grands pays comme la Chine ou l'Inde, pays dont nous sommes totalement interdépendants. Revenir à un discours protectionniste, comme celui qui avait pu se développer avant 1981, serait une erreur profonde. 
 

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 21 octobre 2008 à 20:09
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18 Commentaires

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  • Gerard, le 22/10/2008 à 12h54

    Et ce n est pas en courant derriere segolene qu ils gagnerons la course.gerard

  • Henri, le 22/10/2008 à 12h51

    Ouf !!! Enfin du réalisme : la Gauche traditionnelle et démocratique n'a , effectivement, rien à voir avoir ce petit excité qui radote les leçons apprises par coeur d'Alain Krivine et autres ....

  • Maurice, le 22/10/2008 à 11h25

    Bonjour Monsieur le Maire de Lyon Lyonnais pur sucre je ne soutiens pas toujours vos propos notamment sur les tags en ville et la circulation automobile....... Ceci dit je suis de tout coeur avec vous sur le sujet de la lcr ou son leader défend l'assassin de monsieur Besse et promet de l'utopie à des gens qui n'ont que cet espoir bidon à se raccrocher. Sincères salutations

  • Claude, le 22/10/2008 à 09h58

    C'est clair que les théories "anticapitalistes" de Besancenot sont infréquentables même pour des socialistes! ce gaillard ferait bien d'aller faire un tour à Cuba pour voir le vrai visage du totalitarisme anticapitaliste!

  • Aldoross, le 22/10/2008 à 07h09

    Le Trotzkisme n' a jamais été au pouvoir nulle part; c'est le Stalinisme . Il faut en finir avec le Stalinisme, le Capitalisme et tous les "Ismes" et aller vers un monde meilleur en proposant de réguler l'économie autrement. Trop de malheureux , trop de mafieux, trop de misère, trop de haine sur une planète menacée de disparition . Une troisième voie : L'ECOLOGIE et la SPIRITUALITE

  • Jean Bonnot, le 22/10/2008 à 07h07

    Monsieur Collomb est un sage : il sait que Besancenot fonce vers le précipice de l'extrêmisme idiot. Le PS ne pourra pas trouver son salut en sautant dans le vide.

  • Jean Louis, le 22/10/2008 à 06h50

    Cette énorme crise tombe à pic pour le PS. Ils vont enfin pouvoir donner leur idée sur quelque chose.

  • De Hunebourg, le 22/10/2008 à 05h29

    Tout les français on compris que Besancenot est un analyste de talent, mais que ces propositions ne forment pas une cohérence réaliste. Tout le monde sait aussi que la crise actuelle est issue du libéralisme à outrance anglo-américain. Sommes nous condamnés à jouer les moutons de Panurge ? N?y a il personne en Europe pour imaginer un programme à mi-chemin entre socialisme et capitalisme contrôlé. Si les financiers sont assez cons pour continuer à imaginer que les « vaches à lait » vont se laisser traire indéfiniment et les pays émergents faire du capitalisme d?état sur le dos de leurs salariés, laissant au passage le tiers monde « sur la touche », nous connaîtrons plus qu?une crise.

  • TOTO, le 22/10/2008 à 00h29

    VIVA LA REVOLUTION

  • Ballini denis, le 21/10/2008 à 22h54

    Gérard Collomb a déjà prouvé depuis longtemps comme maire de lyon qu'il était parmi ceux qui accepte la logique du marché et qui ne font que tenter d'en rendre les effets plus digestes. Il est l'un de ceux qui pèsent à droite du PS pour tenter une alliance avec le centre droit C'est le représentant du "moins pire" et non du mieux qui sait profiter d'un système bipolaire qui partage les élections entre un pôle de gauche que récupèrerait le PS et une droite classique actuellement représentée le Président. En agitant "l'épouvantail" Besancenot, il tente de jouer ce jeu de détournement de voix qui lui a servi sur Lyon et de masquer une gauche qui malgré lui, et contre lui heureusement, se reconstruit au delà de la seule LCR et du futur NPA, au travers de l'appel Politis en particulier. Avec des adversaire comme Collomb, la droite a encore de beaux jours devant elle, que ce soit avec l'actuel Président ou avec des alliances politiciennes où des Collomb irait à la mangeoire Denis Ballini

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