Pour lui, quels dividendes ?

Par , le 20 octobre 2008 à 09h51 , mis à jour le 21 octobre 2008 à 10h00

Eclairage - Nicolas Sarkozy bénéficie dans les sondages de sa réactivité. Mais à moyen et long terme, la récession ne va-t-elle pas grever sa popularité ? Eléments de prospective.

Nicolas Sarkozy ÉlyséeNicolas Sarkozy le 24 avril 2008 © TF1-LCI

"Tu te rends compte de ce qui m'arrive ?" glisse un président tout de même sonné par la violence de cet octobre noir. "Tu sais bien que cette crise est une chance pour toi, c'est là que tu es le meilleur", lui répond son visiteur. La scène se passe en début de semaine dernière à l'Elysée, au lendemain du sommet de l'Europgroupe que le chef de l'Etat a convoqué en urgence. Il est vrai que la remarque peut le convaincre : Nicolas Sarkozy sait bien que son hyperréactivité et son activisme conviennent aux grosses tempêtes.

Avant l'été, les diplomates se demandaient ce qu'il pourrait bien faire de sa présidence européenne. Or en 120 jours, trois crises (le non Irlandais, la Géorgie et surtout la crise financière) lui ont permis d'enfiler vraiment le costume d'homme d'Etat. La fameuse différence entre être élu président et "faire président"...  Cette fois, les Français semblent convaincus d'avoir un chef, qu'il plaise ou non.
 
Mais dans cette crise majeure du capitalisme, tout faux-pas est payé cash en termes de popularité. Ainsi, il y a deux semaines, le premier sommet du G4, raté, avec la désunion franco-allemande avait troublé une opinion inquiète. Un sondage BVA-L'Express réalisé peu après (10 et 11 octobre) sonnait l'alarme à l'Elysée : la gestion de la tempête par Nicolas Sarkozy était jugée avant tout désordonnée (31%), inefficace (27%), les qualificatifs appropriée (20%) et rassurante (18%) n'arrivant qu'après. "Nous étions dans la pire semaine pour les Bourses, explique le directeur du pôle Opinion de BVA Gaël Sliman. Les résultats n'étaient pas surprenants".  Allait-on alors assister à un décalage entre le sentiment du pays profond qui allait jeter Sarkozy avec l'eau des remous de la crise, et des médias parisiens qui jugeaient sa performance à la hauteur ?  L'énormité des sommes annoncées pour sauver les banques européennes allait-elle provoquer un début de révolte de l'opinion ?
 
"Mouvement perpétuel et détermination du guerrier"
 
Pour l'instant, il n'en est rien. Bien au contraire, deux sondages réalisés coup sur coup révèlent un regain de popularité pour Nicolas Sarkozy. Vendredi, l'enquête OpinionWay-LCI-Le Figaro indique que 60% des sondés considèrent qu'il gère bien la crise, contre 37% l'inverse. Dimanche, c'est le baromètre IFOP-JDD qui note une hausse de six points pour le chef de l'Etat avec 43% de satisfaits, contre 36% en septembre. "Que la crise financière soit presque exclusivement à l'origine de ce redressement partiel et incertain, tout l'indique", commente Jean-Luc Parodi, consultant pour l'IFOP.  Il est vrai que l'imagination anglaise de Brown alliée au déterminisme français de Sarkozy ont permis un plan de sauvetage européen en un temps record, tout cela avec une mise en scène  réussie qui a frappé l'opinion.
 
Une fois de plus, le chef de l'Etat a su brillamment mettre en images le feuilleton de la crise, à grands renforts de déclarations solennelles ("je mesure mes responsabilités"), de sommets à grande vitesse et d'accolades entre "sauveurs" du monde. Pas facile, qui plus est, lors d'un événement difficile à traiter dans les JT de 20h, une fois passés en boucle les traditionnels reportages de traders affolés. "L'art de Sarko, c'est deux choses : le mouvement perpétuel et la détermination du guerrier, décrypte un de ses amis. Avec un avantage comparatif pour lui dans cette crise car les gens se sont posés une double question : 1) et si c'était Ségolène qui avait à gérer ça  2) si c'était Malte qui avait présidé les destinées de l'Europe à ce moment là ?"  
 
"Je ne comprends pas, notre fils boîte"
 
Mais rue de la Boétie, au siège de l'UMP, on ne se fait guère d'illusions. Un de ses dirigeants filait ce week-end la métaphore médicale : "Sarkozy est actuellement encensé, tel le médecin urgentiste qui a su stopper l'hémorragie d'une jambe. Mais dans quelques mois, la famille du patient va se retourner contre lui en disant : je ne comprends pas, notre fils boîte..." En clair, après la tornade bancaire d'octobre va venir le temps de la dépression avec en 2009 sa cohorte de très mauvaises nouvelles : plans sociaux, remontée du chômage, fins de mois difficiles, et hausse des déficits. "Ce sera sans doute la récession la plus grave depuis 1945", prédit, avec d'autres, l'économiste Nicolas Baverez. Dans ce contexte, nul doute que la cote de popularité du chef de l'Etat pourrait sérieusement plonger. "Il est plombé pour au moins six ou neuf mois, affirme Gaël Sliman (BVA). Il a créé une telle attente sur le pouvoir d'achat que le manque de résultats dans ce domaine lui coûtera cher".
 
Analyse identique pour Bruno Jeanbart, le directeur des études politiques d'OpinionWay : "Les Français jugent actuellement son action à chaud. Mais on va progressivement passer de la perception de l'action à celle des effets très concrets de la crise économique sur le quotidien. Et là ce sera autre chose." Avec chez Bruno Jeanbart, le bémol suivant : "Ce n'est pas forcément pendant la récession que le climat social est le plus tendu, peur du chômage oblige, mais c'est plutôt dans la sortie de crise que l'opinion s'échauffe puisqu'elle réclame alors le fruit de ses efforts." 
 
"Le risque populiste est grand"
 
Reste que les mois à venir s'avèrent périlleux pour la popularité présidentielle. Historiquement, la corrélation entre indicateurs macro-économiques et cotes de confiance des dirigeants est forte. Souvenons-nous notamment de la bérézina des socialistes aux législatives de 1993 après les petites croissances de 1991, 1992 puis la récession. Dans quel état va donc arriver le patron de la droite au prochain combat de 2012, s'il veut se représenter ?  "Tout dépend de la profondeur de la crise, mais surtout de sa durée, souligne Gaël Sliman (BVA). Dans un an et demi, il pourrait profiter du moindre rebond économique s'il a donné le sentiment aux Français de faire les réformes nécessaires et justes".
 
Plus cynique, un parlementaire UMP confiait vendredi son sentiment : "Même si Sarko se plante, dans trois ans l'opposition ne sera toujours pas en état de combattre, fractionnée entre une social-démocratie à la peine et une gauche révolutionnaire regonflée. Heureusement qu'on n'a plus le FN car le risque populiste est grand dans les prochains mois". La nausée d'un certain libéralisme et le retour en grâce de la régulation jettent, il est vrai, une lumière encore plus crue sur la crise de leadership de la gauche française. Une social-démocratie incapable de s'appuyer sur sa victoire idéologique en ce début de 21e siècle. 
 
 

Par Renaud Pila le 20 octobre 2008 à 09:51
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22 Commentaires

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  • Jean-Paul, le 21/10/2008 à 11h49

    Voilà l'exemple type d'article avec un titre provocateur et qui ne sert strictement à rien, si ce n'est à exciter les anti-sarko primaires (cf le commentaire de M. Bruno de Saint! Jean d'Angély).

  • Adriana, le 21/10/2008 à 11h43

    Je pense que la gauche n'a rien à dire ,car c'est bien mitterand et les 40 voleurs qui ont commencé à vider les caisses de l'état.Nous avons tous pu beneficer des largesses bancaires mais beaucoup sont aujourd'hui dans la rue sans abris, et d'autres grâce à coluche peuvent manger. C"'est bien lui qui a crée la france d'en haut et la france d'en bas.Et Degaulle l'avait prédit!!!!!!! aujord'hui monsieur Sarkozy fait ce qu'il peut et aussi comme il peux.La gauche est là pour pour polemiquer ou entraver ses actions . Mais eux n'ont rien à apporter de MIEUX

  • Pat, le 21/10/2008 à 11h33

    Parce que la crise est bien gérée ??? (médiatiquement peut etre, on nous la distille au compte goutte) certes, elle est gérée moins mal qu'outre atlantique, mais qu'est ce qui a été fait a part de la gesticulation, des tentatives d'harmoniser tout le monde (sans pour le moment y parvenir) et injecter des fonds (perdus...) par centaines de millards dans un secteur "qui va bien" (aux dires des médias et de notre classe politique) ? RIEN N'A ETE CHANGE DANS LE SYSTEME QUI NOUS A AMENE LA !!! donc rien n'a encore été fait, le gros de la crise financière et les impacts économique que cela va avoir sont devant nous. beaucoup s'en rendent déja compte et tremblent pour leur emploi. accrochez vous, ça va secouer...

  • Franck, le 21/10/2008 à 11h20

    Nul ne peut nier, à moins de mauvaise foi, le leadership de la France et de son président dans le sauvetage en cours. En moins de huit jours, la France a donné des leçons et à l'Allemagne et aux USA dans la conduite des mesures nécessaires. En effet, qu'aurait fait Madame Royal : on n'ose même pas se poser la question tant la réponse fait peur... La conclusion est que les français ont évidemment fait le bon choix parce que, bon gré mal gré, ils savent reconnaître la valeur personnelle et la stature, par delà les clivages droite gauche. Quant à l'option DSK, elle vient d'apparaître telle qu'elle est, une fumisterie de boudoir..

  • Gilles, le 21/10/2008 à 11h15

    Je frémis à l'idée de ce que cerait la France et de ce que cerions si par malheur notre danceuse du Zénith avait été élue présidente ! ! !

  • Analogue, le 21/10/2008 à 11h00

    Ce que je constate c'est que notre Président a été largement à la hauteur de la situation et qu'il continuera à gérer de façon intélligente et pragmatique les condéquences de cette grave crise sur les 18 mois à venir, il n'est pas du genre à baisser les bras, gardons confiance dans sa réactivité, heureusement qu'il avait la Présidence de l'Europe.je ne suis pas convaincu du tout que si ce n'avait pas été lui,les difficiles décisions à prendre auraient été prises;et je ne parles même pas de ce que la gauche au pouvoir aurai fait dans l'incapacité qu'elle est de gouverner, on allait directement et pour longtemps dans le mur..désolé pour les fanas de la reine Ségo.

  • Hayda, le 21/10/2008 à 10h58

    Et toujours ces crétins qui applaudissent leur idole... La france est vraiment un pays de cons !

  • Haydi, le 21/10/2008 à 10h56

    C'est quoi cette estimation de merde ? 71% des hauts-savoyards soutiennent sarko ? Vous avez lu ça ou ? Et vous incluez dans vos stats tous les étrangers vivants en haute savoie ? Je pense aux immigrés britanniques et suisses (les pauvres quoi...) qui squattent nos chalets de montagne pendant que nous on se tape les fonds de vallée ? Pauvre naze !

  • Hervé, le 21/10/2008 à 10h56

    Les effets sur la crise des gesticulations de Sarko ne se mesureront que dans plusieurs mois, mais on peut déjà dire que le bonhomme s'est contenté de suivre les conseils des autres pays, notamment la Grande Bretagne, et pour répondre aux pantins qui le soutiennent, c'est quand même à cause de sa politique que la France a plus souffert de la crise que la plupart de ses partenaires!

  • Jeff, le 21/10/2008 à 10h53

    En 1931,la France commencait a souffrir de la crise de 1929 et il a fallu 25 ans pour que les indices de la bourse reviennent a la normale.En 2008,la France souffre d'une crise qui a commence en 2005 selon les experts.Qu'espere t on ? Que Sarkozy mettre un terme a la crise mondiale apres un peu plus d'un an au pouvoir ? Si ca ne dependait que de lui elle serait presque resorbee.Aucun homme politique de ce siecle ne s'est jamais autant avance sur la scene mondiale pour trouver une solution a une crise mondiale.Mettre d'accord des presidents europens pour un combat coordonne,convaincre l'Amerique de s'y joindre c'est bien lui qui y est parvenu.

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