Martine Aubry © LCI
- Delanoë "triste" et "déçu" pour le PS
Deux sentiments résument dimanche matin le discours qu'a tenu Bertrand Delanoë devant les 4000 militants réunis en Congrès à Reims. La "déception" et la "tristesse". "Nous n'avons pas trouvé de compromis, je le regrette", a lancé avec émotion le maire de Paris à la tribune. "Nous (la motion A) n'aurons pas de candidat au poste de premier secrétaire. Mais au nom de la motion A, je crois dans le socialisme", a-t-il lancé. "Vous pourrez toujours compter sur les convictions d'engagements du militant que je suis", a-t-il conclu.
- Peillon : "Nous étions prêts au compromis"
Montant à la tribune quelques minutes après le maire de Paris, Vincent Peillon a exprimé au nom de Ségolène Royal l'amer regret de n'avoir pu trouver un compromis, rejetant cet échec sur les autres motions qui ont, selon lui, obstinément refusé le dialogue en arguant de faux prétextes. "Nous aurions aimé annoncer le rassemblement des socialistes", a-t-il lancé. Mais "ce rassemblement des socialistes ne sera pas possible". Appelant au "respect de la diversité", qui "doit être à chaque moment notre force", il a appelé à "construire la volonté commune, lever les malentendus". Pour cela, a-t-il assuré, "dans les heures qui viennent, nous allons recommencer ce qu'a fait Ségolène Royal depuis le vote des militants (...) le rassemblement auquel a appelé Ségolène Royal".
Mais, a-t-il souligné, "il faut justifier aux yeux des Français que ce rassemblement n'ait pas eu lieu. Nous l'avons recherché, en sincérité, sur le fond. Comme vous tous, délégués du congrès, nous avions entendu ce que disaient nos responsables : que les différences n'étaient pas si importantes. Il semble qu'elles le soient devenues". Dès lors, Vincent Peillon a dénoncé : "Aucun amendement ne nous a été présenté. Nous respectons cette démarche politique. Mais nous disons : il faudra surmonter les blocages qui consistent à ne pas vouloir un dialogue (...) Sans vouloir blesser personne, il nous semble dans notre parcours politique que Michel Rocard se sente plus proche de Ségolène Royal que de Gérard Filoche, ce qui n'est une critique ni pour l'un, ni pour l'autre (huées dans la salle), et nous n'avons pas compris en quoi nous devions être exclus d'un dialogue que nous demandions". Un commentaire acerbe conclu par cet ultime regret : "La motion E était prête au compromis (...) Le parti socialiste a besoin de courage, il a besoin de vérité".
- Aubry : pas une "opposition de personne"
Le ton grave, Martine Aubry s'est ensuite présentée à la tribune. "Nous ne sommes pas dans un Congrès d'opposition de personne. Je respecte chacune des personnes qui s'est exprimée ici. Mais la grandeur de la politique, c'est d'aller au bout de ses convictions, pour relancer la France".
Expliquant les raisons pour lesquelles un accord n'a pas pu être trouvé, la maire de Lille a ajouté : "Très majoritairement, en tout cas c'est notre analyse, les militants nous ont dit : nous voulons un parti ancré à gauche, qui s'oppose à Nicolas Sarkozy. Seule la gauche peut permettre de porter l'espérance et l'espoir. Le militants nous ont dit : il faut rénover et changer. A partir de maintenant, chacun doit défendre ce à quoi il croit. Et la France nous regardera autrement. Nous avons discuté avec Ségolène. Mais nous ne pouvions accepter une alliance pour différentes raisons", dont notamment la question sociale, le pouvoir d'achat, le Smic et l'Europe. "Le PS reste un parti militant. C'est ce que nous voulons : un parti à gauche, européen, de militants", a-t-elle conclu.
- Hamon : "Je veux une gauche décomplexée"
Regrets affichés aussi par Benoît Hamon, succédant à Martine Aubry pour s'exprimer devant les participants au congrès : "Je mesure la responsabilité qui est la nôtre aujourd'hui. Je la mesure parce qu'il y a besoin de nous. Il n'y a pas eu de synthèse hier, ni partielle, ni générale. C'est regrettable, et en même temps ce n'est pas grave. Il y a plus grave, et notre congrès a tranché deux débats : les militants ont exprimé leur souhait que le parti soit ancré à gauche, et ils ont montré leur volonté de le rénover".
Des regrets assortis d'un espoir de purge salvatrice pour celui qui incarne déjà l'aile gauche du PS : "Le 20 novembre, nous savons d'ores et déjà que tout changera". Car, a-t-il souligné, si "notre parti traverse une crise politique sérieuse - il mue, se transforme, il hésite sur l'essentiel", le problème, pour Benoît Hamon, est bien plus large que le PS lui-même : "c'est toute la social-démocratie européenne qui s'interroge aujourd'hui sur sa fonction". Aussi, a-t-il estimé, "nous vivons un moment extraordinaire. Nous saurons bientôt, en fonction des choix que nous aurons faits, si nous compterons au rang des bâtisseurs et architectes du monde nouveau, ou si nous compterons au rang de ceux qui assistent au lent déclin de leurs idées". Mettant en garde, face à "l'onde sociale" de la crise actuelle, contre la colère des plus démunis "qui pourra se tourner contre nous", il a averti : "Nous devons fournir des réponses concrètes à l'urgence sociale (...) Je veux une gauche décomplexée".
Sans pour autant évacuer la pierre d'achoppement de ce congrès - les questions d'alliances avec le Modem : "Ne jouons pas une fausse partition entre nous, il y a des désaccords entre nous (...) Le Modem est libéral et incompatible avec ce que nous défendons".
- Royal : "A vous militants de rassembler notre parti"
Pour clore ce round de discours, Ségolène Royal a d'abord remercié ses proches collaborateurs, avant de lancer à la salle : "maintenant, la parole est aux militants". "C'est à vous de rassembler notre parti, de choisir celui ou celle qui aura la lourde charge de le diriger. Et tout le monde devra se ranger derrière celui ou celle qui sera désigné par le vote des militants".
"Si je suis élue, l'effort de rassemblement continuera. Et nous aurons à cœur de rassembler. Nous aurons besoin de toi François (Hollande), toi qui a maintenu l'unité de notre parti". "Le parti est attendu par les Français, il doit répondre aux urgences qui s'abattent sur le monde. Faisons face à la grave crise sociale qui s'annonce. Notre responsabilité historique est immense et exaltante". "Nous aimons tous notre parti. Nous y laissons parfois beaucoup. Il est notre fierté. Nous devons lui consacrer le meilleur de nous même. Socialistes, levons-nous, il y a tant de belles choses à faire, inventer le socialisme du 21e siècle", a-t-elle conclu.
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