© AFP/J.GuezAlors que Nicolas Sarkozy, au terme d'une visite officielle au Brésil, a décidé de rester sur place en compagnie de son épouse pour y passer ses vacances de Noël, l'une de ses décisions, prise avant son départ, suscite une vive polémique en France : la grâce partielle accordée à l'ex préfet du Var, Jean-Charles Marchiani (lire notre article), parmi 27 autres détenus. Polémique d'autant plus vive que cette grâce intervient le jour où la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris s'est prononcée pour le maintien en détention de Julien Coupat, incarcéré depuis la mi-novembre, dans l'enquête sur des dégradations contre des lignes SNCF.
La gauche n'a de cesse depuis mardi de clamer son indignation, dénonçant pêle-mêle "une dérive monarchique" et un retour des "privilèges". Le porte-parole du PS Benoît Hamon, a ainsi réagi aussitôt après l'annonce de l'Elysée, en évoquant une "peine raccourcie pour services rendus ou proximité partisane". M. Sarkozy, a-t-il poursuivi, "n'a pas résisté à la tentation de sauver, ou en tout cas, d'utiliser ce droit qui est le sien, au milieu de trente détenus, pour libérer M. Marchiani". Ce dernier, selon Benoît Hamon, "a la particularité d'être le meilleur ami de M. Pasqua", que l'eurodéputé a qualifié de "parrain politique" du président de la République. Et d'enfoncer le clou : "Quand on voit les raisons invoquées -prendre des détenus dont le comportement est exemplaire-, on peut supposer qu'il y a un peu plus de trente détenus dans les prisons françaises au comportement exemplaire".
"Dérive monarchique"
Evoquant "une atteinte à l'autorité de la chose jugée", et un retour des "privilèges", le député PS Arnaud Montebourg renchérit : "M. Sarkozy est entrain de nous reconstituer un régime aristocratique au profit de ses amis". Même son de cloche chez les Verts, où le député Noël Mamère, dénonce une "dérive monarchique", et "la dérive du bon plaisir". "Maintenant on a un président de la République qui va pouvoir nommer et révoquer les responsables de l'audiovisuel public, un parquet qui viole toutes les lois sur la présomption d'innocence, en faisant passer pour terroristes des jeunes gens contre lesquels aucune charge n'a pu être retenue", poursuit-il en faisant allusion au cas de Julien Coupat (lire notre article).
Evidemment, à l'UMP, le ton est différent. Frédéric Lefebvre soutient la décision présidentielle, en saluant un "choix juste et humain". "Ceux qui dénoncent aujourd'hui la libération anticipée de (...) de M. Marchiani qui (...) a participé en son temps à la libération d'otages français, sont ceux-là mêmes qui n'avaient pas hésité à libérer des terroristes ou des preneurs d'otages", assène le porte-parole du parti présidentiel. "Chacun se souvient de la libération de membres d'Action directe alors même que ceux-ci avaient toujours refusé de regretter publiquement leur geste", fait-il observer.
Autres soutiens de poids, mercredi, ceux de Charles Pasqua et Jean-Paul Kaufamnn (écoutez leur interview : ici pour Pasqua et ici pour Kaufmann). L'ancien ministre de l'Intérieur, justifie mercredi sur RTL la grâce accordée à l'ancien préfet, qui a "risqué sa vie" pour la libération des otages français au Liban en 1988. "Moi je ne connais de Marchiani que l'homme courageux qui a agi conformément aux instructions qu'il avait reçues puisque c'est moi qui, au nom du gouvernement, l'avait chargé de cette tâche", assure Charles Pasqua, à l'époque ministre de l'Intérieur. L'ancien otage Jean-Paul Kaufamnn estime quant à lui que la grâce présidentielle "s'imposait".
Quatre de ces otages -Marcel Carton, Jean-Paul Kauffmann, Jean-Louis Normandin et Roger Auque-, ont lancé en mai dernier un appel à Nicolas Sarkozy pour qu'il gracie leur "libérateur".
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