Nicolas Sarkozy, le 17 décembre 2008 © TF1/LCILe futur "commissaire à la diversité et à l'égalité des chances" voulu par Nicolas Sarkozy a désormais un nom et un visage : il s'agit de l'industriel Yazid Sabeg, d'origine berbère, et qui avait lancé un "manifeste pour l'égalité réelle" très remarqué. Sa nomination a été annoncée mercredi par le chef de l'Etat dans un discours détaillant ses mesures en faveur de la diversité et de l'égalité, prononcé à l'école polytechnique de Palaiseau. Des mesures sur la mise en oeuvre desquelles le gouvernement va devoir plancher sous peu, puisque le président attend "un plan d'action d'ici le mois de mars". Et dans ce cadre, a souligné Nicolas Sarkozy, "j'ai demandé à Yazid Sabeg de se charger de ce travail de mobilisation de toutes les ressources de l'Etat et de la société en tant que commissaire à la diversité et à l'égalité des chances".
Parallèlement à cette annonce symbolique, Nicolas Sarkozy a dressé lors de son discours un bilan mitigé de notre modèle d'intégration, devenu selon lui "un modèle de reproduction sociale". Le chef de l'Etat a regretté qu'on ait renoncé à un certain "volontarisme républicain", tout en vantant la République, "instrument d'émancipation", d'"évolution par l'éducation". "C'est le miracle de la République d'avoir forgé l'unité de la France sans nous avoir condamnés à l'uniformité", a lancé le président. Mais la République, "ce n'est pas un modèle figé pour l'éternité. Ce n'est pas l'immobilisme, le conservatisme".
L'éducation avant tout
Pour relancer ce modèle d'intégration jugé essoufflé, tout doit passer par l'éducation. Et l'éducation a bien été au centre du discours du chef de l'Etat : à partir de septembre 2009, 25% des places de chaque lycée à classes préparatoires réservées "aux meilleurs lycéens boursiers". Et "à la rentrée 2010, ce taux atteindra 30%". Pour ces boursiers, il veut aussi des "internats d'excellence" avec "tutorat assuré par des élèves de grandes écoles", et "suivi personnalisé". L'objectif de 30% d'élèves boursiers dans les classes préparatoires aux grandes écoles avait été pour la première fois souhaité par Jacques Chirac, en janvier 2006, peu après les émeutes qui avaient embrasé les banlieues françaises. Mais il s'agissait d'un objectif de moyenne nationale, non des effectifs de chaque établissement. Nicolas Sarkozy veut aussi, pour les "jeunes de condition modeste", des "classes préparatoires" créées par les ministères pour les préparer aux concours de la Fonction publique.
Pour favoriser la diversité à la télévision, les chaînes auront à déterminer en 2009 des "objectifs d'amélioration", qui seront "intégrés dans des conventions signées avec le CSA". Pour renforcer le poids des minorités dans le monde du travail, cent grandes entreprises expérimenteront en 2009 le CV anonyme. La Haute Autorité de lutte contre les discriminations pourra effectuer des "contrôles inopinés" dans les entreprises. Par ailleurs, a jugé le chef de l'Etat, "la France doit se doter d'outils statistiques permettant de mesurer sa diversité". Les scientifiques seront amenés à travailler sur ce sujet sensible. Une "commission d'évaluation de la promotion de la diversité dans la vie politique" sera constituée et rendra chaque année un rapport public.
En revanche, l'idée de "discrimination positive à la française" est écartée. Elle l'avait été déjà le matin même par le comité présidé par l'ancienne ministre Simone Veil, chargée par le président de réfléchir à une éventuelle modification du préambule de la Constitution. Le chef de l'Etat n'en est pas moins revenu lors de son discours de ce mercredi sur ce concept à haute teneur polémique. "Je me souviens du charivari que j'avais provoqué en disant que j'étais intéressé par la discrimination positive", a lancé le président. "Comme si le simple fait d'être intéressé par cette idée devenait la preuve que je justifiais le communautarisme. C'est exactement le contraire !"
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