Polémique autour de la mutation d'un préfet

le 29 janvier 2009 à 14h48 , mis à jour le 29 janvier 2009 à 19h19

Selon des élus UMP et PS, la mutation du préfet de la Manche est une "sanction injuste", conséquence de l'importante manifestation organisée lors de la venue de Nicolas Sarkozy le 12 janvier.

Manifestation à Saint-Lô en marge de la visite de Nicolas Sarkozy (12 janvier 2009)Manifestation à Saint-Lô en marge de la visite de Nicolas Sarkozy (12 janvier 2009) © TF1/LCI

François Bayrou dénonce "le fait du prince".  Et des parlementaires de tous bords sont critiques... La mutation du préfet de la Manche Jean-Charbonniaud, sept mois après sa prise de fonction, est une "sanction injuste", conséquence de l'importante manifestation organisée lors de la venue de président de la République le 12 janvier, selon des élus UMP et PS. "Je trouve parfaitement lamentable qu'on puisse utiliser un représentant de l'Etat comme si on utilisait un kleenex. C'est scandaleux. C'est une pratique d'un autre temps contreproductive d'un point de vue politique", a déclaré le président UMP du conseil général de la Manche Jean-François Legrand . "Ce préfet est un très bon préfet qui n'a aucune responsabilité dans cette affaire", a ajouté le sénateur. C'est également l'avis du député UMP de la Manche Philippe Gosselin. "Cette santion est très regrettable, injuste, c'est un mauvais signal politique. Cela donne l'impression que la manifestation du 12 s'est mal passée alors qu'il n'y a pas eu d'incident majeur".
 
Le député a indiqué qu'il se trouvait à côté de Nicolas Sarkozy lors de la manifestation : "il était très énervé d'entendre les manifestants le siffler. Il y a eu plus de monde qu'il n'en attendait à la manifestation je crois, 3.000 manifestants à Saint-Lô, ça ne s'est pas vu depuis 20 ou 30 ans".
"Il est vrai aussi que les syndicats ont peut-être mis aussi un peu d'huile sur le feu en refusant de rencontrer le président", a déclaré M. Gosselin. Ancien chef de cabinet de Dominique de Villepin, Jean Charbonniaud a été nommé mercredi en Conseil des ministres préfet hors cadre pour siéger comme membre du Conseil supérieur de l'administration territoriale de l'Etat.

"Si cela avait été une sanction, il aurait simplement été placé hors-cadre"

"C'est une sanction bien évidemment. Le préfet a été sanctionné parce que les manifestations à Saint-Lô ont été importantes. Le président de la République y a pris ombrage", a déclaré de son côté à l'AFP le député-maire de Caen, Philippe Duron (PS)."On est en plein caprice d'Etat" et "c'est un détournement du pouvoir républicain absolument inacceptable" a réagi pour sa part le 1er vice-président de la Région Basse-Normandie, Jean Karl Deschamps (PS) qui était parmi les manifestants le 12 janvier. "La seule cause de ce qui s'est passé à Saint-Lô, c'est la politique de l'UMP menée au niveau national. Ce n'est pas l'attitude du préfet", a-t-il ajouté.
 
Interrogé mercredi par l'AFP, l'Elysée avait démenti tout lien entre la mutation du préfet et les incidents survenus à Saint-Lô, en rappelant la nomination de Jean Charbonniaud au Conseil supérieur de l'administration territoriale de l'Etat. "Si cela avait été une sanction, il aurait simplement été placé hors-cadre", avait-on estimé à la présidence. Pendant la visite à Saint-Lô, l'entourage du président n'avait pas caché son irritation au sujet du dispositif de sécurité mis en place par le préfet. Le député UMP villepiniste de l'Hérault Jean-Pierre Grand s'est joint jeudi à ses collègues normands pour estimer que le départ de M. Charbonniaud n'était "pas un bon signe pour la haute fonction publique de l'Etat qui, dans la période de crise que connaît la nation, doit travailler avec le pouvoir politique dans la confiance et la sérénité". 

Le directeur de la police aussi...

Le directeur de la police de la Manche a annoncé lui-même qu'il allait être muté, ce qui, selon des sources proches  de la préfecture, peut être considéré comme la conséquence du mécontentement du président de la République ayant entendu des manifestants le siffler à Saint-Lô  le 12 janvier. "Mon directeur central m'a appelé hier soir pour me dire qu'il fallait que  je sois remplacé, que je choisisse une autre affectation", a expliqué le  directeur départemental de la sécurité publique de la Manche Philippe Bourgade  qui ne sait pas encore où il va postuler.

le 29 janvier 2009 à 14:48
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