Manifestation à Saint-Lô en marge de la visite de Nicolas Sarkozy (12 janvier 2009) © TF1/LCI 
Mutations dans la Manche : la polémique
Ça ressemble donc à une sanction, même si le gouvernement en a minimisé la portée. Le chahut qui a entouré la venue de Nicolas Sarkozy le 12 janvier à Saint-Lô pour une séance de vœux est donc bien lié aux mutations de Jean Charbonniaud, préfet de la Manche depuis sept mois, et du directeur de la police de ce département Philippe Bourgade. Alors que l'Elysée avait démenti mercredi tout lien entre la mutation et les incidents de Saint-Lô, Michèle Alliot-Marie ainsi que le porte-parole du gouvernement Luc Chatel ont finalement reconnu vendredi un lien.
Comme on lui demandait s'il s'agissait du "fait du prince", comme François Bayrou l'a dénoncé jeudi, la ministre de l'Intérieur a répondu : "pas du tout", ajoutant : "il revient au ministère de l'Intérieur de choisir les personnes qui conviennent à une situation donnée et à un moment donné". "Nous avons reçu des rapports de ces autorités (préfet et police, ndlr) sur ce qui s'était passé (le 12 janvier lors de la venue de Nicolas Sarkozy à Saint-Lô, ndlr) et cela nous a conduit à les remplacer", a-t-elle poursuivi.
Ce qui a été fait "ne correspond pas à ce qui devait être normalement fait"
"Il y a eu sans doute un certain nombre d'appréciations qui n'étaient pas tout à fait adéquates d'une situation, et nous devons surtout, dans les temps actuels, avoir des gens qui soient à même de faire la juste appréciation à la fois de la situation et des mesures qui doivent être prises", a ajouté la ministre pour qui le 12 janvier à Saint-Lô "il y a eu un certain nombre de choses qui ont été faites et qui ne correspondent pas à ce qui devait être normalement fait". Pendant la visite à Saint-Lô, l'entourage du président n'avait pas caché son irritation au sujet du dispositif de sécurité mis en place par le préfet, alors que Nicolas Sarkozy avait essuyé des sifflets de manifestants. Il y avait eu quelques échauffourées mais ni violences ni incidents graves.
Vendredi soir, secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, a pour sa part estimé que les mutations résultaient de responsabilités mal assumées. "Lorsque, dans la haute fonction publique, l'on n'assume pas suffisamment bien ses responsabilités, on en paye les conséquences", a-t-il affirmé. "Il y a eu (...) à la fois des manifestants qui ont approché très près du président et des réactions très fortes à l'égard de quelques syndicalistes dans l'autre sens", a voulu justifier Raymond Soubie, conseiller social du chef de l'Etat. Dans ces conditions, a-t-il estimé, la mutation "ne paraît pas anormale". "Il faut s'habituer dans ce pays à ce que les gens qui rendent des comptes ne soient pas nécessairement uniquement les gens qui sont au plus bas niveau de l'échelle", a commenté Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP.
Les précautions du SCPN
Le Syndicat national des commissaires de police (majoritaire) prend note : il a invité ses adhérents à prendre désormais leurs précautions lors des visites présidentielles et a souligné le problème posé par une sanction liée, en régime démocratique, à une manifestation d'opposants. Il explique qu'il est possible moyennant un important déploiement de forces d'isoler totalement le président de la foule, comme selon lui cela a été fait à Nîmes le 13 janvier.
Sans critiquer les mutations, il émet des réserves. "En terme d'ordre public, dire qu'il y a une faute professionnelle c'est toujours très maladroit, dans la mesure où encore une fois les manifestants sont quand même dans une démocratie et doivent avoir un peu de marge de manoeuvre", a-t-il ajouté.
Tollé à gauche... et à l'UMP
Ces mutations ont provoqué jeudi un tollé à gauche... et à l'UMP (lire notre article). Surtout quelques mois après une affaire similaire, après l'occupation du jardin de la villa corse de l'acteur et ami du président Christian Clavier. Denières réactions en date : le PS a exprimé vendredi "son inquiétude répétée et grandissante devant la dérive des pratiques" du chef de l'Etat. Laurent Fabius, député PS de Seine-Maritime, a pour sa part affirmé sur France-Inter : "Les préfets, bien sûr, sont à disposition du gouvernement mais on ne peut pas virer un préfet qui n'a pas commis de faute. Je trouve un petit peu lamentable ce geste-là et l'explication un peu poussive qui nous est donnée ce matin à l'Elysée selon laquelle ce serait une mutation normale".
Dans la Manche, plusieurs élus UMP ont dénoncé les mutations, comme Jean-François Legrand, président du conseil général. "Je trouve parfaitement lamentable qu'on puisse utiliser un représentant de l'Etat comme si on utilisait un Kleenex. C'est scandaleux", a-t-il dit à France 3. Le député UMP Philippe Gosselin trouve également "très regrettable" la sanction prise à l'encontre du préfet. "C'est un mauvais signal politique", a-t-il dit à la presse. Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, a pour sa part estimé sur France-Inter que si "le président de la République nomme et dénomme qui il veut comme préfet (...) c'est sa pleine compétence", comme "homme politique, il doit admettre que les gens s'expriment, et moi j'ai tout simplement peur que si on terrorise les préfets et si on organise des visites totalement aseptisées, eh bien où est la vie? A vouloir trop préparer les choses et à dire +s'il y a une manif on vire le préfet+, ce seront des visites aseptisées qui n'auront plus aucun intérêt".
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