Barack Obama et Nicolas Sarkozy lors de leur conférence de presse commune le 25 juillet 2008 à l'Elysée © TF1La sortie de Nicolas Sarkozy au dernier Conseil des ministres a bien fait rire les ministres. Evoquant le faste avec lequel le nouveau président américain a été investi à Washington, en pleine période de crise, le chef de l'Etat s'est dit certain que "s'il en avait fait le dixième", il aurait été étrillé par les commentateurs. Une référence aux critiques contre son style "bling-bling" et les débuts de son quinquennat. Cette réflexion de Nicolas Sarkozy prouve, selon certains membres de la majorité, son agacement devant "l'obamania" qui s'est emparé de la presse française et mondiale. L'entrée en fonctions de Barack Obama risque en effet de faire de l'ombre à un Nicolas Sarkozy super-actif sur la scène internationale.
Autre signe qui a mis la puce à l'oreille des observateurs élyséen, le ton sec avec lequel le président français s'est exprimé quelques heures avant l'entrée en fonctions du premier président noir des Etats-Unis. "J'ai hâte qu'il se mette au travail et qu'on change le monde avec lui". Cette phrase sybilline lancée à une radio a en tout cas provoqué une mini-polémique après que Pierre Moscovici a estimé que l'arrivée de Barack Obama allait constituer "un bon antidote" et remettre Nicolas Sarkozy "à sa place". Réplique immédiate de la majorité, qui a accusé le socialiste de "porter atteinte à l'image et au rôle de la France", de façon "tout à fait inacceptable", selon les mots de Dominique Paillé, un des porte-parole de l'UMP.
"Il y a de la place pour deux personnes"
Dimanche dernier, lors d'une tournée proche-orientale, Nicolas Sarkozy tenait à préciser : "Bien sûr qu'on aura besoin des Etats-Unis d'Amérique, personne n'a l'idée de les exclure". Tout en assurant que l'Europe allait continuer à prendre des initiatives, aiguillonnée par Paris. Même son de cloche au Quai d'Orsay, où Bernard Kouchner soulignait mardi que "la France et l'Europe vont continuer de jouer leur rôle". Quand à une possible rivalité de personnes, une source à l'Elysée l'a écarté : "On préfère faire avec Obama, il y a de la place pour deux personnes". Et la même source de se féliciter du charisme du nouveau locataire de la Maison Blanche. "Tant mieux, c'était tellement pénible le sommet du G20 à Washington à tirer la charrue avec une administration américaine finissante".
Pourtant, Philippe Braud, professeur à Sciences Po Paris, estime que l'arrivée de Barack Obama "risque de faire beaucoup d'ombre à Nicolas Sarkozy, ne serait-ce qu'en raison de la focalisation des médias, car le poids de son pays est évidemment sans commune mesure avec celui de la France". En outre le politologue relève "l'exceptionnelle séduction personnelle" du nouveau président américain, qui "incarne un changement formidable dans l'image que le monde se fait des Etats-Unis", ainsi que son éloquence, qui va concurrencer le "verbe franc et direct" de Nicolas Sarkozy. Enfin, il anticipe un "choc spectaculaire des styles" entre un Sarkozy "actif, sinon activiste" et un Obama "posé et soigneusement réfléchi". "Le contraste risque d'être permanent entre l'impulsivité de l'un et la force tranquille de l'autre", estime-t-il. Pour l'heure, cette "omni-présidence" semble profiter à Nicolas Sarkozy, dont la cote de popularité (45% à 48% selon les instituts), a retrouvé ses niveaux d'il y a un an, après des mois de plongon.
Au delà des interprétations d'humeur, reste toutefois une réalité : Nicolas Sarkozy et "son ami" Barack Obama n'ont pas prévu de se voir, pour l'instant, avant le sommet du G20 à Londres début avril. Il est pourtant essentiel pour tenter de "refonder le capitalisme"...
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