Bernard Kouchner : "J'ai à rougir de quoi ?"

le 04 février 2009 à 11h25 , mis à jour le 05 février 2009 à 08h07

Après son intervention à l'Assemblée, le ministre des Affaires étrangères répond point par point aux accusations du livre de Pierre Péan dans Le Figaro et Le Nouvel Observateur.

Bernard Kouchner rendant hommage à Benazir Bhutto (2 janvier 2008)Bernard Kouchner rendant hommage à Benazir Bhutto (2 janvier 2008) © TF1/LCI

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L'auteur du livre, Pierre Péan, se justifie
 

Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, rejette en bloc les accusations portées à son encontre, et qui lui ont déjà valu des demandes d'explication de la part de plusieurs responsables politiques. Et il contre-attaque tous azimuts. Mercredi, en plein hémicycle, il a répondu devant les députés à une question de Jean Glavany sur ce thème. Ce jeudi, Le Figaro et le Nouvel Observateur publient séparément deux mises au point du ministre, deux entretiens où il défend son action. "Je suis l'objet de la publication d'un livre calomnieux, d'une entreprise de déstabilisation qui est évidemment politique mais aussi éditoriale. L'auteur du livre est coutumier du fait", accuse-t-il dans Le Figaro. Vocabulaire similaire dans l'entretien accordé auparavant au Nouvel Observateur, et publié ce jeudi après avoir été diffusé sur le site de l'hebdomadaire, où il qualifie notamment certains aspects du livre de Pierre Péan, Le monde selon K., d'attaque "grotesque et nauséabonde". Et dans l'un et l'autre entretien, il livre un plaidoyer s'opposant point par point à l'ouvrage polémique.

"Est-ce que j'ai servi mon pays ? Oui, se justifie-t-il dans Le Figaro. J'ai été avec d'autres à l'origine de l'action de Médecins sans frontières et de Médecins du Monde. Aurais-je à rougir de mon action au Biafra, du Rwanda, du Darfour, du Vietnam, des Boat People ? J'ai à rougir de quoi dans la vie ?" A propos des accusations de conflit d'intérêt entre ses fonctions au ministère des Affaires étrangères et des études réalisées pour des pays africains, il assure dans les pages du Nouvel Observateur avoir "toujours agi dans la légalité et la transparence, déclaré (ses) revenus, payé (ses) impôts".

"Des propos scandaleux et mensongers"

"Je n'ai jamais signé un seul contrat avec un Etat africain. Jamais. J'ai été un des consultants d'une entreprise française - Imeda - dans un domaine que je connais : celui de la médecine et de la santé publique", précise-t-il. "Sur trois ans de travail, j'ai gagné un peu moins de 6000 euros par mois après impôts". Le ministre répond également aux passages évoquant un risque de conflit d'intérêt entre ses fonctions et celles de son épouse Christine Ockrent, directrice générale du groupe d'audiovisuel France Monde, qui regroupe France 24, TV5 Monde, et RFI. "Ma femme a été nommée directrice, pas par moi, sur ses qualités professionnelles largement reconnues. J'ai aussitôt annoncé que s'il y avait conflit d'intérêt avec Christine Ockrent, c'est moi qui démissionnerais. Et je le répète".

Le ministre rejette aussi les reproches liés à sa politique à l'égard de la Serbie, de la Birmanie et du Rwanda. Il qualifie de "propos scandaleux et mensongers" les accusations d'avoir manqué "d'ardeur" pour réagir aux massacres de Serbes par la majorité albanaise au Kosovo. Concernant le dossier Total en Birmanie, il réaffirme que le groupe pétrolier n'utilisait pas de travail forcé : "Mon avantage a été d'aller sur place, où personne ne s'était rendu (...) Ma conclusion était que je n'avais pas constaté de travail forcé chez Total".

"Dans certains cercles, on n'aime pas la réussite"

Dans le dossier rwandais, à la question "votre cabinet a-t-il tenté (...) de faire obstacle à l'enquête du juge Bruguière, sur l'attentat contre l'avion du président Habyarimana qui a déclenché le génocide", le chef de la diplomatie française réplique : " Non, nous n'avons jamais fait obstacle à cette enquête. Les Rwandais nous ont demandé la levée des mandats d'amener émis, avant que nous n'arrivions, par le juge Bruguière contre leurs compatriotes. Nous leur avons dit que ce n'était pas possible. La justice est indépendante".

Globalement, estime-t-il dans son entretien au Nouvel Observateur, le livre de Pierre Péan est le résultat de "la jalousie". "Dans certains cercles, on n'aime pas la réussite. Pas la mienne en l'occurrence, celle d'un homme qui est resté populaire, hors du gouvernement ou dans le gouvernement qu'il soit de gauche ou de droite". Et d'ajouter : "Certains réseaux me détestent. Lesquels? Certainement les nostalgiques des années 30 et 40 et tous les révisionnistes, ceux d'hier et ceux qui, aujourd'hui, réécrivent l'histoire du génocide tutsi au Rwanda". Dans Le Figaro, il assène simplement : "Je sais que ce livre cherche à me faire du tort. C'est son but".

D'après agence

le 04 février 2009 à 11:25
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