Martine Aubry, à Paris, le 6 décembre 2008. © TF1/LCIEn cette 5e semaine de grève générale en Guadeloupe, qui a dégénéré depuis mardi en violents affrontements (faisant même un mort mercredi : lire notre article), l'opposition politique et les dirigeants syndicaux accusent le gouvernement d'avoir négligé cette crise. Ayant déjà envoyé une délégation socialiste dans l'île, Martine Aubry, Première secrétaire du PS, a reçu ce mercredi au siège du PS les parlementaires de gauche et des élus de l'Outre-mer. Des élus que Nicolas Sarkozy reçoit lui-même jeudi. "Ces élus vont dire demain au président de la République l'immense situation de détresse sociale qui existe dans les départements d'Outre-mer", a affirmé à la presse le maire de Lille, après la réunion qui a duré deux heures. Il vont lui demander des "réponses concrètes", "claires et d'urgence" sur "les salaires et la vie chère" dans ces départements.
La n°1 du PS avait dégainé les critiques dès mercredi matin. "Le général de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac aimaient les DOM et, là, ils ont l'impression qu'on ne les aime plus, qu'on ne s'occupe plus d'eux (...) je pense qu'aujourd'hui le président de la République devrait s'y intéresser", a-t-elle lancé. "L'Etat n'a pas rempli son rôle de contrôle des prix", a-t-elle affirmé sur France Inter. Quant aux moyens de sortir de la crise, Martine Aubry a suggéré à l'Etat de "demander aux grandes entreprises qu'on n'a pas contrôlées - la grande distribution, les transports et le pétrole - d'augmenter les salaires les plus faibles" et d'"accompagner les PME, par exemple par des exonérations de charges sociales".
"Une des banlieues de la France"
Malek Boutih, membre du bureau national du PS, a enfourché un autre cheval de bataille. Il a jugé mercredi "choquant" que les forces de l'ordre soient, dans la situation de conflit que vit la Guadeloupe, composées "presque à 100% de blancs (...) dans un territoire où l'essentiel de la population est de couleur". "On aurait dû retenir la leçon de ce qui s'est passé en banlieue en 2005 et comprendre qu'aujourd'hui, cette dimension est importante dans le maintien de l'ordre" qui n'est pas seulement "technique" mais comprend "une dimension politique et psychologique extrêmement importante". D'autant que l'"image renvoyée par la métropole est quand même une image de domination".
Malek Boutih estime par ailleurs que ce département d'Outre-mer est "une des banlieues de la France". "Il n'y a pas de béton, il y a des palmiers, mais c'est la même impasse, le même no future pour la jeunesse, avec plus de chômage et un sentiment d'isolement beaucoup plus important", a-t-il observé.
Royal dénonce "l'inertie de l'Etat"
Pour la députée de Guadeloupe apparentée PS, Jeanny Marc, Nicolas Sarkozy et le gouvernement n'ont pas accordé à la Guadeloupe le traitement qu'ils réserveraient à "la Bourgogne" ou à "l'Oise" si elles étaient elles aussi touchées par une crise (mercredi sur France 2). "Ceux qui comparent la Guadeloupe à d'autres régions françaises ne sont pas responsables", a répondu le secrétaire général de l'UMP et député de l'Aisne, Xavier Bertrand.
Ségolène Royal, soulignant mercredi que le "sang vient de couler en Guadeloupe", a déclaré que c'était "le résultat de l'inertie, du manque de considération de l'Etat pour l'Outre-mer" (sur France Info). "Il y a eu cinq semaines de manifestations dans le calme, il y a un besoin de dignité. En face de cela, il y une gestion calamiteuse de cette crise. Le pouvoir est resté totalement sourd aux attentes et aux appels de détresse", selon elle.
Bové va précéder Besancenot en Guadeloupe
Plus à gauche, on s'investit également sur le dossier. Invité par des paysans guadeloupéens, membres du collectif LKP à l'origine de la grève, l'altermondialiste José Bové se rend mercredi en Guadeloupe pour apporter un message de solidarité aux grévistes et forme le voeu que la spirale de la violence ne l'emporte pas.
Il a été précédé dans l'île par une délégation du Parti communiste tandis qu'Olivier Besancenot y est attendu vendredi. Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) est présent dans le conflit en Guadeloupe. Le dirigeant d'extrême gauche, qui rêve d'un nouveau "Mai 68", a estimé que ce conflit pouvait être un exemple pour la métropole.
Enfin, le groupe communiste à l'Assemblée nationale accuse le gouvernement d'avoir voulu "laisser pourrir la situation en Guadeloupe", et demande une "réponse immédiate aux revendications" des Guadeloupéens.
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