Image d'archives © AbacapressQuasiment toute la salle lève la main, des militants pourtant âgés, comme à chaque réunion du parti. Mais qu'importe, ces mains levées donnent un sourire boulimique à Xavier Bertrand. Le nouveau patron du "Mouvement populaire" veut faire du net le cœur de sa stratégie pour transformer son parti - enfin, le parti de Nicolas Sarkozy - en une machine à gagner en 2012. "Dans nos réunions en Ile-de-France, c'est tout le monde qui lève la main alors que dans le centre de la France par exemple, seule la moitié des doigts se lève, mais ça progresse très vite", glisse-t-il après la réunion, tel un régisseur de théâtre gourmand qui fait chaque soir le compte de ses nouveaux spectateurs.
| "Je ne veux pas rester derrière mon bureau rue de la Boétie" |
| Xavier Bertrand |
La vie, il la consume en ne dormant que quatre heures par nuit. Au micro de France Info dès 7h15 ce jour là, il enchaînera avec un petit-déjeuner avec Martin Hirsch pour parler de la pauvreté, un entretien avec un quotidien, des rendez-vous de travail, une rencontre avec Rachida Dati, un déjeuner avalé avec son équipe en trois-quarts d'heure et un déplacement dans l'après-midi. Le rythme reste ministériel.
Xavier Bertrand ne regrette pas les ors de la République mais affiche ouvertement, voire fermement, la couleur à une salle attentive : "Je n'ai pas quitté le gouvernement pour une hausse de 3 ou 4% par an du nombre de militants". Objectif donc pour 2012 : 500 000 adhérents. Le compteur du site de l'UMP affichait 277 171 à la fin de l'année... "Doubler c'est impossible, mais il faut bien se donner un chiffre", explique en aparté un cadre de la fédé du Val-de-Marne.
| "Avec son profil social, c'en est totalement fini du RPR" |
| Un militant UMP |
Et pourtant... Député anonyme il y a seulement sept ans, on le classe aujourd'hui parmi les présidentiables. Prototype d'une nouvelle génération d'hommes ou de femmes politiques, il baigne dans la société médiatique avec autant d'aisance que sur les marchés de Saint-Quentin, son fief de l'Aisne. Très présent dans les médias nationaux, Xavier Bertrand veut toutefois rappeler sans arrêt "le marqueur" de son image : c'est un gars du coin, un gars comme vous, qui n'a pas fait l'ENA et qui a des goûts simples.
En hussard de la droite anti-bling-bling, il s'est donc lancé un nouveau pari : reconquérir les classes moyennes, "celles qui sont trop riches pour bénéficier de la solidarité mais pas assez pour assurer elles-mêmes le coût de la dépendance", ces 13 millions d'actifs dont beaucoup se sentent aujourd'hui floués par les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. La crise est passée par là. Et donc au "Mouvement populaire", on a ajouté une jambe au sarkozysme : à la valeur travail, celle de la solidarité. "On vit mieux sur deux jambes", explique-t-il avec les formules simples du parfait communicant, répétées méthodiquement, d'un phrasé reconnaissable et infatigable.
Il n'y a pas que la formule chez Xavier Bertrand, il y a aussi le radar, allumé en permanence. "Il sent tout, il voit tout", confirme son entourage. A un délégué CGT qui l'interpelle au loin lors d'une visite chez Sanofi-Aventis, il répond très courtoisement : "Avancez-vous que l'on puisse échanger". A un chercheur qui lui explique les avancées en matière de lutte contre la maladie d'Alzheimer, il glisse l'air complice : "Vous comprenez pourquoi j'ai aimé être ministre de la Santé ?" Et à un journaliste qui l'interroge sur un éventuel changement de cap de la politique gouvernementale, il lance malicieusement : " Je le vois, votre sourire : vous aimeriez tellement écrire cela..."
| "Les ressources humaines sont mal utilisées en politique" |
| Xavier Bertrand |
Des cartes de visite aux films de militants en passant par la mise en scène des réunions-débats, tout va être repensé, ou réajusté. Le déménagement du siège dans un quartier moins chic devrait permettre de bousculer les habitudes prises pas les salariés en place depuis longtemps. Mais la réorganisation a une priorité : la stratégie internet. A peine arrivée, la nouvelle équipe a chargé une société extérieure de repenser entièrement le site du mouvement. "Les Français veulent aujourd'hui être les acteurs de la politique et, avec internet, c'est possible. Je n'ai plus envie d'entendre : 'Tiens il sort d'où ce projet présenté en conseil des ministres ?'", explique Xavier Bertrand aux militants. Ce sera à vous de débattre et à vous de donner votre avis".
Accompagné ce soir-là de Nathalie Kosciusko-Morizet, il lui laisse la parole pour présenter le prochain débat sur la révision de la loi bioéthique. Un kit téléchargeable permettra aux adhérents de débattre lors de réunions d'appartement autour d'un petit film "qui ne fait que poser des questions ouvertes". Une convention nationale sera organisée plus tard pour faire la synthèse des échanges et trancher les débats. "Le site d'Obama vous prenait par la main, c'était un outil génial, confie la secrétaire générale adjointe. Notre défi n'est pas de faire la même chose puisque nous ne sommes pas en campagne mais de faire aussi performant pour un parti qui est au pouvoir".| "Pas question pour autant de rester dans le virtuel" |
| Xavier Bertrand |
Pas en campagne, vraiment ? L'UMP version Bertrand souhaite dès maintenant mettre en place des recruteurs sur le net et des diffuseurs de messages sur les réseaux sociaux que sont notamment Facebook et MySpace. Elle a clairement intégré la force de frappe du Web dans la politique du 21e siècle.
Lundi dernier, lors de sa première conférence de presse en tant que président, Barack Obama a invité un journaliste de la presse en ligne, Sam Stein, du site Huffingtonpost.com, à lui poser une question. En France, et toutes proportions gardées bien sûr, l'équipe de com' du secrétaire générale de l'UMP accorde désormais la même attention aux journalistes des sites médias qu'aux journalistes de la presse, télé ou radio. Et ne laisse rien au hasard. Le cap sur le Net est donc bien en marche.
"Mais pas question pour autant de rester dans le virtuel, prévient le nouveau patron. Nous devons être plus présents sur le terrain." Et de lancer aux militants une formule rodée comme dans un énième one-man show : "Pour un élu, c'est aussi important d'être sur les marchés après les élections qu'avant". La salle applaudit. "XB", comme l'appelle son équipe, connaît sa partition. Il l'a apprise chez lui, en province, très loin de l'ENA. Vingt cinq ans de vie politique déjà. En 2017, il en aura trente trois.
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