Image d'archives © LCILa polémique autour du livre de Pierre Péan sur Bernard Kouchner monte doucement, avec des réactions parfois surprenantes car transcendant les clivages politiques. Ainsi, c'est Martine Aubry qui a pris sa défense mardi après-midi lors d'un déplacement. "Je crois que Bernard Kouchner est un homme honnête (...) Je ne dirai pas un mot de désagréable sur lui sur cette affaire, dont je ne connais rien, et que je préfère ne pas croire, parce que je ne la crois pas", a insisté la maire de Lille. Un de ses proches a confirmé à LCI.fr que la direction du PS n'entendait pas changer de ligne pour l'instant. En revanche, Arnaud Montebourg a lui mené la charge à l'Assemblée nationale. "Si Bernard Kouchner a encore un honneur, il doit enfin s'expliquer sérieusement", a dit le député PS. Même son de cloche de la part du député UMP Claude Goasguen qui ne s'est jamais montré très tendre avec les ministres d'ouverture, et en premier lieu le locataire du Quay d'Orsay... "On ne s'attendait pas quand même à ce genre de révélations sur Kouchner", a déclaré le député de Paris dans les couloirs de l'Assemblée. "Il faut d'abord que lui s'explique et après il faut voir s'il y a des poursuites ou s'il n'y en a pas. Cela étant, on est tombé des nues quand même".
La polémique est parti de la publication mercredi d'un livre à charge de Pierre Péan, "Le monde selon K.". Le livre du journaliste contient des accusations, mais aussi une attaque en règle de la politique de Bernard Kouchner, sur fond de désaccord idéologique majeur exprimé par l'écrivain, en particulier sur le génocide rwandais. La principale allégation concerne de lucratives activités de consultant dans le secteur de la santé en Afrique, entre 2002 et 2007, après la défaite électorale de la gauche à laquelle il appartenait et avant sa nomination dans un gouvernement de droite. Selon le journaliste, Bernard Kouchner a mené ces activités pour deux sociétés privées, Africa Steps et Iméda, gérées par deux proches, alors qu'il présidait en même temps un groupement d'intérêt public, Esther, consacré à la coopération internationale hospitalière.
Pas de réaction récente de Bernard Kouchner
Ces sociétés ont vendu pour près de 4,6 millions d'euros de contrats de conseil sur la réforme des systèmes de santé au Gabon du président Omar Bongo Odimba et au Congo de Denis Sassou Nguesso. Pierre Péan affirme qu'une partie de ces sommes n'a été recouvrée par les sociétés qu'après l'entrée en fonctions de Bernard Kouchner au Quai d'Orsay, le 18 mai 2007. L'écrivain assure que l'un des proches du ministre, Eric Danon, gérant d'Iméda et alors ambassadeur auprès de Monaco, a démarché les autorités gabonaises pour obtenir des règlements jusqu'en septembre 2007. Mais il ne fournit pas la preuve d'interventions du ministre après sa prise de fonctions.
Pierre Péan affirme que les activités de Bernard Kouchner au Congo et au Gabon se sont téléscopées avec le fonctionnement de la diplomatie française. Au moment où, selon lui, ces deux pays payaient leurs dettes aux deux sociétés, le secrétaire d'Etat à la Coopération Jean-Marie Bockel disait le 15 janvier 2008 vouloir signer l'acte de décès de la "Françafrique", la relation privilégiée mais opaque entre la France et ses ex-colonies. "A eux deux, le Gabon et le Congo ont commandé pour près de 4,6 millions d'euros de rapports à Iméda et Africa Steps! Ils en veulent beaucoup à Kouchner d'avoir laissé son secrétaire d'Etat tenir des propos qu'ils considèrent comme désobligeants", écrit Pierre Péan.Jean-Marie Bockel sera remplacé en mars 2008. Dès le 12 janvier, Bernard Kouchner avait dénoncé "certaines allégations inexactes" du livre et affirmé se "réserver le droit d'engager des poursuites judiciaires". Il s'est refusé mardi à tout commentaire.
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