© AFP La justice avait été saisie par deux syndicats du groupe BPCE (Banque Populaire-Caisse d'Epargne) qui ont porté plainte pour "prise illégale d'intérêts" à la suite de cette nomination.
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Sarkozy: "je ne peux pas nommer que des gens de gauche"
Le jeu de chaises musicales se ferait ainsi : François Pérol remplacé par Xavier Musca lui-même remplacé par Ramon Fernandez. Si l'on en croit les informations du Monde (daté de mercredi), c'est en effet l'actuel directeur du Trésor, Xavier Musca, 49 ans, qui serait amené à prendre le secrétariat général adjoint de l'Elysée, en remplacement de François Pérol, pressenti pour prendre la tête du futur groupe bancaire issu de la fusion Caisse d'Epargne-Banque Populaire (groupe qui doit voir le jour jeudi).
Mais l'hypothèse Pérol, critiquée par de nombreux politiques comme étant anti-déontologique voire illégale (lire notre article), se confirme. Nicolas Sarkozy s'est même exprimé, mardi depuis Rome, sur le sujet, pour répondre aux accusations. Le président a indiqué que cette nomination ne posait pas de "problème" aux yeux de la commission de déontologie, soulignant qu'elle se justifiait par le compétence de celui-ci et qu'il ne lui revenait pas de nommer François Pérol à ce poste mais aux conseils d'administrations respectifs des deux banques. Ceux-ci devaient se réunir ce mardi pour se prononcer sur cette nomination.
"Je ne peux pas nommer que des gens de gauche !"
"La commission de déontologie a eu l'occasion de donner son point de vue (sur la nomination de François Pérol), ce point de vue a été communiqué aux deux banques et il sera rendu public", a précisé le président. "Vous verrez en l'occurrence la différence entre une polémique et un problème, et de problème il n'y en a pas", a-t-il souligné. "La politique de nominations du gouvernement est toujours fondée sur le même critère : la compétence, la compétence et encore la compétence", a-t-il poursuivi.
"J'observe que lorsqu'il s'agit de nommer quelqu'un de compétent qui vient de la gauche, ça ne vous intéresse pas. Je ne peux pas nommer que des gens de gauche", a encore lancé le chef de l'Etat aux journalistes, affirmant "le projet de fusion Banque Populaire-Caisse d'Epargne, c'est un projet qui n'a pas été décidé par le gouvernement, je me permets de vous le rappeler, mais par les deux banques à la suite des problèmes qu'elles connaissent".
La commission de déontologie pas encore saisie ?
Selon Libération, la commission n'a pas été encore saisie du cas Pérol et Nicolas Sarkozy ment. "On n'a jamais évoqué le cas de François Pérol, puisque notre prochaine réunion est prévue pour le 11 mars", dit un membre de la commission cité par le quotidien. Libération cite cependant l'Elysée expliquant que la commission aurait émis un avis "off" en vertu d'une procédure d'urgence. "Si la commission s'était réunie aussi rapidement, surtout pour finalement valider une telle nomination, ce serait une manifestation de népotisme généralisé", a déclaré à Reuters l'ancien ministre socialiste de l'Economie, Michel Sapin.
La commission de déontologie, chargée de vérifier si un haut fonctionnaire peut partir dans le privé, dispose normalement d'un mois pour rendre sa décision, mais il y a urgence : le mariage, annoncé début octobre, doit être prononcé jeudi. Précipitée par la crise financière, qui a décidé les deux banques mutualistes à unir plus étroitement leurs forces, cette fusion était en germe depuis la création de Natixis, leur filiale commune, fin 2006. Comme les négociations traînaient en longueur, l'Elysée a pris le dossier en main en janvier, se servant du plan d'aide aux banques comme d'un moyen de pression sur eux. Il a ainsi posé comme condition à son versement que la fusion soit effective dès ce jeudi et s'est dit prêt à souscrire jusqu'à 5 milliards au total d'obligations convertibles en actions, ouvrant de fait la voie à son entrée au capital. L'Etat va "vraisemblablement" entrer à hauteur de 20% dans le capital du futur groupe Caisse d'épargne/Banque populaire, dans un premier temps sous la forme d'actions de préférence, a indiqué mardi soir la présidence de la République.
Le mécontentement de dirigeants de l'Ecureuil
Mais derrière cette "précipitation", la première secrétaire du PS, Martine Aubry a l'impression que le gouvernement veut cacher "d'immenses difficultés financières", qu'il était censé avoir réglées. Répondant implicitement à cette critique, M. Sarkozy a assuré que le projet n'avait pas été "décidé par le gouvernement (...) mais par les deux banques à la suite des problèmes qu'elles connaissent". Pour le député PS Didier Migaud, "la nomination par l'Etat de M. Pérol à la tête d'un groupe dont l'Etat serait l'actionnaire principal pour y mener une politique conforme à l'intérêt général (...) pourrait apparaître légitime". Mais ce dernier ne sera pas nommé "en tant que représentant de l'Etat" par le conseil et rien ne le distinguera "alors d'autres dirigeants de banques (...) qui n'ont de comptes à rendre qu'à leurs actionnaires", souligne-t-il.
S'ils ne sont pas opposés à la venue de M. Pérol, plusieurs dirigeants des Caisses d'Epargne contactés par l'AFP se sont dits rebutés par les méthodes de l'Elysée au point de menacer de voter contre la fusion jeudi. Serge Huber, qui représente les salariés au conseil de surveillance, juge ainsi "scandaleux" que l'Etat décide à la place des Caisses d'Epargne, qui ont payé 7 milliards d'euros pour recouvrer leur indépendance. L'Ecureuil s'était affranchi en 2006 de la tutelle historique de la Caisse des dépôts. D'autres ne digèrent pas la "différence de traitement" entre le groupe mutualiste et BNP Paribas, à qui l'Etat aura prêté en tout 5,1 milliards d'ici l'été sans contrepartie similaire. "C'est injuste et humiliant", estime un dirigeant. "Il y a une vraie révolte au sein du groupe contre les méthodes de l'Etat, qui sont des méthodes de voyou", renchérit une autre source.
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