Nicolas Sarkozy en Egypte, le 18 janvier 2009 © TF1/LCIAlors que les violences ne semblent pas vouloir se calmer en Guadeloupe, Nicolas Sarkozy a reçu jeudi à l'Elysée les élus d'Outre-mer. L'occasion pour le chef de l'Etat d'annoncer qu'il se rendra en Guadeloupe "dès le calme revenu" pour ouvrir une série d'états généraux, afin de débattre "des grands enjeux" dans chacune des collectivités ultra-marines et de réfléchir à une "autonomie économique" de ces territoires, selon une déclaration publiée par l'Elysée. Ce processus, étalé sur trois mois, pourrait commencer dès vendredi par une réunion interministérielle sous la présidence du Premier ministre François Fillon, a déclaré le chef de l'Etat, qui, a annoncé l'Elysée jeudi soir, se rendra en Guadeloupe en avril.
En attendant, le chef de l'Etat a promis un effort supplémentaire de l'Etat de 580 millions d'euros en faveur des quatre DOM, que sont la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion, dont 280 millions au titre du revenu minimum de solidarité. Il a confirmé que l'Etat était prêt à exonérer de cotisations sociales les augmentations qu'accorderaient, aux plus bas salaires, le patronat de Guadeloupe sous forme de primes mensuelles pendant deux ans. 45.000 personnes pourraient en bénéficier. Une mesure qui éviterait à l'Etat de financer directement des augmentations salariales et qui rejoint en partie les demandes des grévistes, qui réclament 200 euros pour les bas salaires. Lors d'une intervention télévisée sur RFO jeudi, Nicolas Sarkozy a également demandé à la grande distribution de s'engager à baisser les prix d'une liste de produits de référence pratiqués outre-mer pour les rapprocher de ceux affichés en métropole. La grande distribution "doit entendre les difficultés budgétaires des familles et la détresse de toute une population", a-t-il estimé.
"Le compte n'y est pas"
"Aujourd'hui, nous avons le devoir d'entendre nos compatriotes, et nous avons dans le même temps le devoir de ramener la paix civile au plus vite", a expliqué Nicolas Sarkozy aux élus d'Outre-mer. "La liberté des Guadeloupéens et des Martiniquais est entravée, cela ne peut plus durer. Il n'est pas question de tolérer que, dans un Etat de droit comme la France, la vie de nos compatriotes soit mise en danger. Et il est inadmissible qu'un syndicaliste ait été tué. Il s'agit d'un assassinat. Cet acte odieux n'a rien à voir avec la crise sociale", a-t-il déclaré, avant de se dire favorable à la création d'une collectivité unique par département d'outre-mer, "si c'est le choix de la population". L'Elysée a également annoncé que l'Etat était prêt à remettre complètement à plat le système de fixation des prix des carburants outre-mer.
A l'issue de la réunion, les élus reçus à l'Elysée ont parlé d'"avancées". "C'est un travail qui commence, j'espère que les partenaires qui sont en train de discuter comprendront qu'il est de l'intérêt du pays, comme disait Maurice Thorez, d'arrêter une grève et que des avancées significatives ont été faites", a estimé Victorin Lurel, président PS du Conseil régional de Guadeloupe. Pour autant, les grévistes de Guadeloupe ont réagi avec méfiance. "Le compte n'y est pas", a jugé Jean-Marie Nomertin, l'un des dirigeants de la grève. Sur TF1, Elie Domota, le leader du LKP, a dit vouloir attendre de connaître "avec précision" le contenu des annonces, soulignant aussitôt que "depuis bon nombre de mois, nous nous faisons rouler avec des annonces". "Il suffit qu'un pit-bull agresse quelqu'un ou qu'il y ait un incident de manège en France pour que le président et les ministres se déplacent", a-t-il raillé. "Nous, cela fait quatre semaines que ça dure et c'est seulement maintenant que l'on commence à s'inquiéter de la situation."
Faut-il garder un secrétariat d'Etat à l'Outre-Mer ? |
Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, s'est interrogé jeudi sur la nécessité de maintenir la fonction gouvernementale qu'il occupe. "Il faut que les liens entre la métropole et ses directoires soient remis à plat. Est-ce qu'il faut garder, par exemple, un secrétariat d'Etat à l'Outre-Mer ?" "Ce n'est pas que cela sert à rien", a-t-il poursuivi, ajoutant aussitôt : "Est-ce qu'on ne peut pas avoir une organisation plus moderne ? Est-ce que l'on ne peut pas avoir, à l'intérieur des grands ministères, des directions de l'Outre-Mer et puis quelqu'un qui, au sein du gouvernement, incarne l'Outre-Mer?" La grève générale a au moins pour vertu de "mettre à plat le modèle". Yves Jégo a aussi dit avoir ressenti "une double incompréhension" depuis le début de cette crise. "Ce que je ressentais sur le terrain, la réalité profonde des douleurs, je n'arrivais pas à la faire percevoir à l'échelon métropolitain, y compris dans les médias", a-t-il témoigné. Quant aux "difficultés du pays, les difficultés de la crise, les difficultés mondiales, je n'arrivais pas à montrer à nos compatriotes antillais quelles étaient ces réalités, parce qu'ils avaient le sentiment qu'à partir du moment où j'étais le ministre de l'Outre Mer, je pouvais tout". |
(D'après agence)
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