Nicolas Sarkozy dans "Face à la crise" © TF1/LCICette fois, il devait absolument rassurer les Français, déminer le terrain social et montrer qu'il n'avait rien perdu de son volontarisme. Dès les premières minutes de l'émission, il a plutôt inquiété en donnant le contexte : "C'est la crise du siècle, elle est sans précédent", a déclaré Nicolas Sarkozy avant d'ajouter : "je dois en tenir compte et faire en sorte que la France rentre le plus tard possible dans la crise et sorte le plus tôt de la crise". En tenir compte ? Le pari est tenu sur la forme. On était loin jeudi soir du Sarkozy matamore toujours prompt à bomber le torse et délivrer des petites phrases choc Ainsi a-t-il reconnu qu'il avait eu tort de dire que les grèves ne se voyaient plus en France. "Faut toujours regretter les petites phrases", a-t-il affirmé avec un demi-sourire. Pour cet exercice délicat d'une heure et demie, le chef de l'Etat a affiché une mine grave et sérieuse, sans tics ou rictus qui réjouissent les caricaturistes.
A l'Elysée, on était bien conscient que la relation à l'opinion de Nicolas Sarkozy se dégradait à grande vitesse, notamment parmi les couches populaires. Les accusations d'autisme et de trop grande assurance ont été prises en compte. Le président a donc multiplié les phrases d'empathie, parlant notamment de son "écoeurement" devant certaines rémunérations ou bonus de dirigeants. Ayant démarré son quinquennat sur sa droite ( service minimum, lutte contre les sans-papiers, réforme des retraites), il infléchit aujourd'hui sa politique plus "à gauche", tout du moins avec une musique qui rappelle les revendications traditionnelles de la pensée socialiste : la mauvaise répartition des profits entre le capital et le travail.
La balle dans le camp des syndicats
Avec un style profil bas mais qui se veut toujours volontariste, Nicolas Sarkozy a refusé jeudi soir tout changement de cap économique. Cohérent avec lui-même, il est resté sur son choix de privilégier l'investissement à la relance par la consommation : pas de hausse du Smic ou de la baisse de la TVA comme le réclament le PS. Mais si cette émission n'a pas marqué un tournant dans le quinquennat, elle a tout de même montré un chef de l'Etat à l'écoute de l'inquiétude des Français, et donc obligé de lâcher du lest. Il a ainsi donné rendez-vous le 18 février aux partenaires sociaux pour discuter d'une série de mesures en faveur des salariés en chômage partiel, des jeunes, des ménages les plus fragiles mais aussi des classes moyennes. Ces mesures, a-t-il promis, seront notamment financées par les intérêts récoltés sur les aides octroyées par l'Etat aux principales banques françaises.
Cette façon de renvoyer le dialogue aux partenaires sociaux est astucieuse. Elle laisse au chef de l'Etat une dizaine de jours pour peaufiner ses propositions et surtout met les syndicats et le patronat face à leurs responsabilités. Si les mesures proposées par Nicolas Sarkozy sont retenues, elles donneront un peu de grain à moudre aux ménages les plus en difficultés mais devront bien évidemment trouver un financement. Rien n'a été précisé ce soir à ce sujet, aucune question n'a d'ailleurs été posée sur le paquet fiscal et ses allégements fiscaux.
Au final, on retiendra une prestation présidentielle carrée, sobre et préparée, peut-être susceptible de corriger l'image d'un Nicolas Sarkozy "qui écoute mais qui ne tient pas compte", mais sûrement insuffisante pour répondre aux attentes des Français en matière de pouvoir d'achat. Nicolas Sarkozy joue la montre, jusqu'au "Grenelle" social du 18 février mais le PS l'attend au tournant, considérant qu'il a déjà "trop perdu de temps".
Quant à 2012 et sa volonté ou non de se faire réélire, Nicolas Sarkozy s'est voulu énigmatigue : "Mon métier est très difficile". Mais une phrase en a dit un peu plus. "Je ne suis même pas à la moitié de mon premier mandat, a-t-il rappelé. Premier mandat...
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