Pourquoi Sarkozy a joué prudence et ouverture tactique

Par R.P, le 06 février 2009 à 01h09 , mis à jour le 06 février 2009 à 02h46

Le chef de l'Etat s'est voulu sobre jeudi soir et a renvoyé aux syndicats qu'il rencontre le 18 février la responsabilité de mesures pour calme l'inquiétude.

Nicolas Sarkozy dans "Face à la crise"Nicolas Sarkozy dans "Face à la crise" © TF1/LCI

Cette  fois, il devait absolument rassurer les Français, déminer le terrain social et montrer qu'il n'avait rien perdu de son volontarisme. Dès les premières minutes de l'émission, il a plutôt inquiété en donnant le contexte : "C'est la crise du siècle, elle est sans précédent", a déclaré Nicolas Sarkozy avant d'ajouter : "je dois en tenir compte et faire en sorte que la France rentre le plus tard possible dans la crise et sorte le plus tôt de la crise". En tenir compte ? Le pari est tenu sur la forme. On était loin jeudi soir du Sarkozy matamore toujours prompt à bomber le torse et délivrer des petites phrases choc Ainsi a-t-il reconnu qu'il avait eu tort de dire que les grèves ne se voyaient plus en France. "Faut toujours regretter les petites phrases", a-t-il affirmé avec un demi-sourire. Pour cet exercice délicat d'une heure et demie, le chef de l'Etat a affiché une mine grave et sérieuse, sans tics ou rictus qui réjouissent les caricaturistes.

A l'Elysée, on était bien conscient que la relation à l'opinion de Nicolas Sarkozy se dégradait à grande vitesse, notamment parmi les couches populaires. Les accusations d'autisme et de trop grande assurance ont été prises en compte. Le président a donc multiplié les phrases d'empathie, parlant notamment de son "écoeurement" devant certaines rémunérations ou bonus de dirigeants. Ayant démarré son quinquennat sur sa droite ( service minimum, lutte contre les sans-papiers, réforme des retraites), il infléchit aujourd'hui sa politique plus "à gauche", tout du moins avec une musique qui rappelle les revendications traditionnelles de la pensée socialiste : la mauvaise répartition des profits entre le capital et le travail.

La balle dans le camp des syndicats
 
Avec un style profil bas mais qui se veut toujours volontariste, Nicolas Sarkozy a refusé jeudi soir tout changement de cap économique. Cohérent avec lui-même, il est resté sur son choix de privilégier l'investissement à la relance par la consommation : pas de hausse du Smic ou de la baisse de la TVA comme le réclament le PS. Mais si cette émission n'a pas marqué un tournant dans le quinquennat, elle a tout de même montré un chef de l'Etat à l'écoute de l'inquiétude des Français, et donc obligé de lâcher du lest. Il a ainsi donné rendez-vous le 18 février aux partenaires sociaux pour discuter d'une série de mesures en faveur des salariés en chômage partiel, des jeunes, des ménages les plus fragiles mais aussi des classes moyennes. Ces mesures, a-t-il promis, seront notamment financées par les intérêts récoltés sur les aides octroyées par l'Etat aux principales banques françaises.
 
Cette façon de renvoyer le dialogue aux partenaires sociaux est astucieuse. Elle laisse au chef de l'Etat une dizaine de jours pour peaufiner ses propositions et surtout met les syndicats et le patronat face à leurs responsabilités. Si les mesures proposées par Nicolas Sarkozy sont retenues, elles donneront un peu de grain à moudre aux ménages les plus en difficultés mais devront bien évidemment trouver un financement. Rien n'a été précisé ce soir à ce sujet, aucune question n'a d'ailleurs été posée sur le paquet fiscal et ses allégements fiscaux. 
 
Au final, on retiendra une prestation présidentielle carrée, sobre et préparée, peut-être susceptible de corriger l'image d'un Nicolas Sarkozy "qui écoute mais qui ne tient pas compte", mais sûrement insuffisante pour répondre aux attentes des Français en matière de pouvoir d'achat. Nicolas Sarkozy joue la montre, jusqu'au "Grenelle" social du 18 février mais le PS l'attend au tournant, considérant qu'il a déjà "trop perdu de temps". 

Quant à 2012 et sa volonté ou non de se faire réélire, Nicolas Sarkozy s'est voulu énigmatigue : "Mon métier est très difficile". Mais une phrase en a dit un peu plus. "Je ne suis même pas à la moitié de mon premier mandat, a-t-il rappelé. Premier mandat...

 

Par R.P le 06 février 2009 à 01:09
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Politique
  

34 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Floberlo, le 06/02/2009 à 13h04

    Bravo Monsieur le President. Il est temps que les français se mettent a travailler au lieu de demander tout le temps d' etre assister. Allez donc vivre un peu ailleurs qu' en france et vous verrez ce qui se passe dans les autres pays. J' ai passe 15 ans hors de france je peux en debattre.....................

  • Magiera, le 06/02/2009 à 12h57

    Nous avons vu un président réaliste face à la crise et qui cherche vraiment à nous en sortir sans promettre la lune,ce qu'attendent certains.Dans cette conjoncture difficile ,Il est le seul capable d'agir positivement.Imaginons une seconde que l'ex- candidate à la présidentielle ait été élue,qu'elle ait distribué à tout va,nous serions dans de beaux draps et le pays ne s'en serait jamais remis.

  • Zaza, le 06/02/2009 à 12h22

    Pour ma part j'ai trouvé le président très convaincant (je pense sincèrement qu'il a eu raison d'être prudent) ! Je lui souhaite beaucoup de ténacité face à cette crise que nulle autre que lui n'aurait eu les C******s d'affronter...N'en déplaise à certains !

  • Sof, le 06/02/2009 à 12h18

    J'ai trouvé son alocution claire et précise, il n'a aucun interêt à nous mentir...aux critiqueurs: Feriez-vous mieux? êtes vous économistes? avez vous les recettes miracles? Il n'est pas tout blanc mais je pense qu c'est vraiment le meilleur pour remonter la France! Il a de bonnes idées, de la modernité et de la ténacité! Pense-vous que la manifestation et l'anarchie sont les meilleurs outils pour sortir de la crise? gueuler pour quoi faire? si rien ne bouge??? Attendons le 18 février et les discussions avec les syndicats avant de crier au loup! Je trouve que les Français (j'en suis une) ont la critique facile...mais que feriez-vous à sa place???????

  • Ouaouaille, le 06/02/2009 à 12h18

    L'insurrection...ça va pèter... mais ça va pèter quoi? Vous pouvez battre le pavé, brûler les ministères ou faire la danse de la pluie, je ne vois pas ce que ça va changer! Quelles pitoyables discussions du café du commerce!

  • Jbidul, le 06/02/2009 à 11h53

    Il a été bon à la télé mais nous allons voir si son jeux autour d' une table tient la route. DUR, DUR !!

  • MarcoPolo, le 06/02/2009 à 11h35

    Je trouve que Nicolas Sarkozy est le seul à pouvoir mener le bâteau à quai et braver la tempête en limitant la casse, il l'a prouvé encore hier soir. Il a été très pédagogique, calme et ouvert face à cette crise qui n'épargne aucun pays et qui forcément engendre de l'inquiétude. Nicolas Sarkozy, sortira vainqueur de ce marasme, la France sortira victorieuse j'en suis persuadé, alors les détracteurs de tous poils pourront aller se rhabiller. Et s'il se représente en 2012, ce qui n'est pas sûr d'ailleurs, l'ayant dit lui-même, mais si c'est le cas..je crois alors que le score qui crêvera l'écran au soir du deuxième tour pour ce deuxième mandat fera date dans l'hsitoire de France...Et pour l'heure j'invite grandement les révolutionnaires à la noix de coco de tous poils à poursuivre leur discours habituel de l'anti-sarkozysme primaire, n'ayant aucune solution de rechange comme chacun sait, maniant la rhétorique dont ils se gargarisent comme une finalité, incapables de gouverner. Je les invite donc à poursuivre leur discours falacieux jusqu'au retournement de l'opinion, qui interviendra forcément.

  • Pedro, le 06/02/2009 à 11h34

    Il est malheureusement excellent

  • Moustache, le 06/02/2009 à 10h40

    Rien a dire,trop dégouté de l'avoir vu s'éxprimer comme il l'as fait.Aucune franchise de sa part trop de bla bla. Trop de lacheté...Ca va pété,les francais en on marre de mettre toujours la main à la poche..

  • ICA, le 06/02/2009 à 10h34

    Mon Jeans est fabriqué en Tunisie, mes baskets en Indes, ma chemise au Maroc, mon slip en Chine, ma tele en Corée,mon ordinateur aussi en Chine, ma voiture Clio en Espagne, ma machine à laver de Slovaquie, Carrefour,Auchan,Casino ont monté des usines dans les pays du tiers monde ou ils fabriquent tous les vêtements qu'ils rapatrient en France. La Cristallerie d"Arc, Moulinex. Seb ont délocalisé. Mais tous ces gens reviennent en France pour vendre. Pourquoi ne pas l'interdire ? nos hommes politiques et syndicalistes sont ils si bien arrosés pour qu'ils ne disent rien ! n'est-ce pas là le principal problème !

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience