Yves Jégo et François Fillon, le 10 février 2009 à Matignon © TF1-LCIQuelques heures à Paris et puis repart. Rentré lundi matin des Antilles, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer Yves Jégo repart dès ce mardi (il ,doit arriver mercredi à 4h30 heure de métropole), avec deux médiateurs nommés par le Premier ministre (le directeur général adjoint du travail, Jean Bessière, et Serge Lopez, directeur général du travail d'Aquitaine). Mission : relancer la négociation sur les salaires en Guadeloupe, au 21e jours de grève générale, et alors que la Martinique est à son tour touchée depuis six jours. François Fillon l'a annoncé à la mi-journée, à l'issue d'une réunion interministérielle à Matignon.
Une "médiation" donc. En revanche, le Premier ministre a prévenu, il n'y aura pas de coup de pouce financier de l'Etat. Car, a-t-il dit, "l'Etat ne saurait se substituer aux partenaires sociaux dans les responsabilités qui leur reviennent", opposant ainsi une fin de non-recevoir aux revendications salariales des grévistes. Parmi les 133 revendications contre "la vie chère", le "Collectif contre l'exploitation outrancière", à l'origine de la grève générale, réclame en effet une hausse des bas salaires de 200 euros nets. Une hausse qui devrait bénéficier à 45.000 personnes. Un préaccord avait été conclu avec le patronat dimanche matin, avant le départ surprise d'Yves Jégo, sous réserve que l'Etat consente des exonérations de charges à hauteur de 108 millions d'euros.
Vers un durcissement du conflit ?
Pour le reste, les 132 autres revendications ont été satisfaites, notamment un versement anticipé du revenu de solidarité active (RSA), une baisse du prix des carburants, le gel des loyers des logements sociaux en 2009, ou encore une baisse de 10% des prix de cent produits dans la grande distribution et des aides à la restauration scolaire qui iront à 250.000 enfants. "Je souhaite de tout coeur que les fils du dialogue se nouent dans le respect de chacun, que cesse ce long conflit si pénalisant (...) et que l'activité reprenne", a déclaré François Fillon. "La République n'oublie pas l'outre-mer, mais la République a besoin aussi de pouvoir compter sur la responsabilité et sur le sens du compromis de chacun", a-t-il souligné.
Insuffisant, répondent les grévistes. Elie Domota, dirigeant et porte-parole du LKP, a annoncé la poursuite "et le renforcement" de la grève générale. Les différents syndicats de l'énergie, de l'eau et du port, tous membres du LKP, ont aussi annoncé un durcissement de la grève générale dans leurs secteurs pour les jours à venir. Des coupures d'eau et d'électricité sont possibles. François Fillon a "peur de la contagion" dans les autres DOM, a estimé M. Domota, avant d'accuser avec véhémence le Premier ministre de s'être "adressé au Medef", lequel "ne veut pas dépenser un centime et qui exige de l'Etat qu'il leur donne de l'argent pour nourrir les nègres".
Sarkozy tape du poing
Côté impact politique : Jégo, qui jouait quelque peu sa place, doit donc réessayer. Le secrétaire d'Etat va "installer" les deux médiateurs. "Il laissera faire les deux médiateurs", après "avoir pris ses responsabilités", "pris des risques" et "réglé 90% des problèmes", a-t-on expliqué dans son entourage. Il fera aussi étape en Martinique, a dit François Fillon, "pour marquer l'égale attention du gouvernement à celle-ci", avant de rentrer au plus tard vendredi pour le conseil des ministres. Face aux "vociférations" des élus d'Outre-mer, Yves Jégo a défendu son action devant l'Assemblée nationale : voir la vidéo.
Alors que la colère guadeloupéenne menace de s'étendre à d'autres territoires voisins et pourquoi pas, à la métropole, Nicolas Sarkozy s'était montré lundi, selon Le Parisien, très mécontent de la façon dont cette crise a, pour l'instant, été gérée par Yves Jégo : son retour précipité, son dialogue avec les patrons locaux... Ségolène Royal a affirmé mardi matin sur RMC : la crise sociale dans les Antilles est "peut-être le signe avant-coureur de ce qui peut se passer" en métropole et jugé que Nicolas Sarkozy aurait pu s'y rendre "plutôt qu'à Bagdad".
Le "mépris" de Jégo, selon les manifestants
Lundi, des milliers de personnes ont manifesté à la Guadeloupe lors d'une "journée île morte", dénonçant le retour à Paris du secrétaire d'Etat à l'Outre-mer en pleine crise sociale, alors que des défilés paralysaient également Fort-de-France en Martinique. Les manifestants ont fait fermer les commerces, les magasins rouvrant sitôt après leur passage. Des barrages bloquaient toujours les 115 stations-services de l'île et le terminal à conteneurs du port de Pointe-à-Pitre était désert. Le prix des carburants est un des sujets de mécontentement, que le député PS de Guadeloupe Victorin Lurel a dénoncé lundi comme un "scandale", alors qu'un pré-rapport commandé par Yves Jégo pointe selon le journal Le Monde l'opacité de leur mode de fixation.
Yves Jégo, qui avait annoncé qu'il resterait sur place le temps qu'il faudrait pour dénouer la crise, a quitté dimanche soir l'île -départ dénoncé sur place comme signe d'un "mépris"- et avait déjà été reçu lundi à Matignon pour "faire le point de la mise en oeuvre" des 132 mesures négociées depuis huit jours, surtout sur la demande de hausse des bas salaires.
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Jégo : "J'ai été viré comme un malpropre"
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