En Guadeloupe, le 18 février 2009 © TF1-LCI
C'était la première fois qu'il abordait publiquement la crise sociale en Guadeloupe, paralysée depuis plus d'un mois. Au terme d'une journée centrée en métropole sur le sommet social à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a brièvement évoqué "l'angoisse, l'inquiétude et une certaine forme de désespérance de nos compatriotes" à la fin de son allocution télévisée (lire notre article)... pour leur donner rendez-vous jeudi. Au menu : le chef de l'Etat recevra à 17h à l'Elysée une vingtaine d'élus de l'Outre-mer, en présence du Premier ministre et des ministres en charge. Une rencontre au cours de laquelle les élus comptent lui demander des "réponses concrètes", "claires et d'urgence" sur "les salaires et la vie chère" dans ces départements, selon Martine Aubry, première secrétaire du PS, qui les a reçus ce mercredi (lire notre article). "A l'issue de cette rencontre, le président de la République fera une déclaration sur RFO", selon l'Elysée.
En attendant, après une 2e nuit de violences à Pointe-à-Pitre, lors de laquelle un homme a été tué par balles (lire plus bas), la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a annoncé mercredi soir que "quatre escadrons de gendarmes mobiles" allaient rejoindre la Guadeloupe immédiatement. Cela représente soit environ 280 hommes, en plus des 1.700 membres des forces de l'ordre déjà installés sur l'île. "Il ne s'agit plus simplement d'encadrer des manifestations, et de prévenir des troubles, mais nous devons aussi lutter contre des violences urbaines", a expliqué la ministre, après une réunion "consacrée à la sécurité publique aux Antilles" -un rendez-vous désormais quotidien.
Jégo : un accord possible avant la fin de la semaine
François Fillon a pour sa part présenté en Conseil des ministres un décret créant un conseil interministériel de l'Outre-mer. Il "aura pour rôle principal de définir des orientations stratégiques pour l'Outre-mer, notamment en matière de développement économique, social, culturel et environnemental". Selon Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, ce comité interministériel se réunira "dans les prochains jours".
Côté négociations, le secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-mer, Yves Jégo, a jugé possible avant la fin de la semaine un accord sur le nœud du conflit : l'augmentation des salaires. Il a estimé que sa présence à Paris plutôt qu'en Guadeloupe était utile pour aider le gouvernement à comprendre la situation dans l'île, appelant l'opposition socialiste à appuyer son action. Celle-ci s'est emparée du dossier, Martine Aubry recevant ce mercredi des élus d'Outre-mer : lire notre article. L'Etat cherche à "répondre autant que faire se peut" à la revendication du collectif guadeloupéen LKP qui réclame une hausse de 200 euros nets pour les bas salaires, mais sans déroger au principe de non compensation des charges, a indiqué mercredi soir une source gouvernementale. Il ne dérogera pas au principe selon lequel "il ne compensera pas" cette hausse.
Tué par trois balles, le LKP met en doute la version officielleAutant de déclarations et décisions qui font suite à la la mort de Jacques Pino. Le syndicaliste membre du Collectif contre l'exploitation (LKP), qui mène la grève générale paralysant l'île depuis le 20 janvier revenait en voiture d'un meeting quand il a été atteint par balles tirées "depuis un barrage tenu par des jeunes" dans la cité Henri IV, une zone sensible de Pointe-à-Pitre, selon la préfecture. Le syndicaliste n'a pas été atteint par une balle perdue, selon le procureur de Pointe-à-Pitre. Au terme des 1res constatations, la voiture de Jacques Bino a subi trois tirs, avec "une arme de chasse ou un fusil à pompe", dont les deux premiers ont visé le côté arrière-droit du coffre de la voiture et le troisième, mortel, a été "tiré par la fenêtre ouverte du passager assis à l'avant droit", a-t-il précisé. Il a été "mortellement touché à la poitrine". L'autre passager de la voiture, Peter O'Brien, a été entendu mercredi matin par les policiers chargés de l'enquête. Selon le procureur, il n'y avait "pas de forces de police positionnées à proximité" au moment des tirs.
Elie Domota, le leader du LKP en Guadeloupe, a émis mercredi des "doutes" sur la "version officielle" à propos de la mort du syndicaliste. "Pour l'instant, la version officielle, nous, on ne se prononce pas parce qu'on a des doutes (...) Ce matin, on nous disait qu'il a été tué par un tir non identifié et brusquement après, on nous dit qu'il a été tué par des jeunes", a-t-il déclaré. "On demande à la justice de mener une enquête approfondie pour réellement définir ce qui s'est passé parce que les circonstances sont encore troubles", a-t-il ajouté.
La CGT appelle à des rassemblements samedi dans toute la France pour soutenir l'ouverture de "négociations loyales et sérieuses" et exiger des "réponses concrètes immédiates" à la situation sociale en Guadeloupe et dans les autres départements d'Outre-Mer. Le mouvement justement, après avoir gagné la Martinique, a été enclenché en Guyane mercredi par une manifestation à Cayenne qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes. Et Saint-Pierre et Miquelon devait créer à son tour mercredi soir son "collectif", refusant d'être "l'éternel oublié de l'Outre-mer".
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