Elie DomotaEn Guadeloupe, mais aussi en métropole, la controverse Domota s'amplifie avec la menace de poursuites judiciaires. Dernier en date à s'exprimer sur le sujet, le secrétaire d'Etat chargé de l'Outremer, Yves Jégo, qui s'apprête à repartir mi-mars pour une tournée dans les Antilles françaises, a estimé dans un entretien au Parisien que les déclarations du leader du LKP constituaient "un dérapage verbal inadmissible". Et de dénoncer : "Quelle que soit l'intensité d'un conflit social, dire à une catégorie de la population : faites ça ou partez, n'est évidemment pas acceptable. Il faut que chacun revienne à l'esprit républicain". Une accusation visant directement les termes employés par le leader syndical, lorsqu'il avait affirmé jeudi dernier que les entrepreneurs refusant l'accord d'augmentation de 200 euros des bas salaires devraient "quitter" la Guadeloupe et qu'il ne "laisser(ait) pas une bande de békés rétablir l'esclavage".
Il est vrai que le LKP tient, sur la question raciale, un discours volontiers ambigu. Avant ses propos qui ont déclenché l'ouverture d'une enquête judiciaire notamment pour provocation à la haine raciale, ce n'était pas la première fois qu'Elie Domota frayait avec la ligne jaune, dans ce domaine. Il avait déjà parlé de "ghetto blanc" pour dénoncer la spéculation immobilière sur l'île. Une ambiguïté que l'on retrouve jusque dans la chanson des sympathisants du LKP: "La Guadeloupe, c'est à nous, la Guadeloupe c'est pas à vous". "Le vous n'est pas précisé", commente Jacky Dahomay, professeur de philosophie et membre démissionnaire du Haut Conseil à l'Intégration. "Cela peut être aussi bien le métro(politain), aussi bien le béké, mais peut-être aussi bien tous les exploiteurs guadeloupéens".
"L'Etat ne soutient pas le protocole d'accord"
Sur ce terreau cultivant l'ambiguïté, les dernières déclarations de Domota prennent donc une résonance accrue. D'où l'ampleur des réactions. Avant Yves Jégo, d'autres personnalités de droite s'étaient exprimées sur la question, parfois sans nuance, tel Frédéric Lefebvre, qui n'avait pas hésité à parler des "tontons macoutes" du LKP. S'attirant les critiques du député PS de l'Essonne, Manuel Valls, lequel avait renvoyé dos à dos le leader syndical et le porte-parole de l'UMP, en dénonçant les propos selon lui "irresponsables" d'Elie Domota mais aussi ceux de Frédéric Lefebvre. Plus mesuré, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, avait estimé que, si toute incitation à la violence ou à la haine raciale est "inacceptable" dans la crise sociale outre-mer, le sentiment identitaire y est alimenté par "des formes d'exploitation et d'injustice".
La présidente du Medef, Laurence Parisot, assure pour sa part dans un entretien avec des lecteurs du Parisien, en parlant du LKP, que "les équipes du Medef Guadeloupe se sont retrouvées face à une organisation gauchiste, très politisée, qui milite pour l'indépendance de la Guadeloupe et n'hésite pas à user de menaces et de pressions qui sèment un véritable climat de terreur". Elle n'en critique pas moins la gestion de la crise en Guadeloupe par l'Etat, qui "n'a pas joué son rôle d'arbitre". Et elle dénonce le préambule de l'accord salarial signé entre le collectif syndical LKP et une partie du patronat, qui qualifie l'économie de la Guadeloupe "d'économie de plantation", c'est-à-dire, selon elle "d'économie esclavagiste" - raison pour laquelle le Medef local a refusé de signer. Interrogé sur ce point par RTL, Yves Jégo a jugé à son tour ce préambule "pas acceptable" et a souligné : "L'Etat ne soutient pas le protocole d'accord (...) Le préfet et les médiateurs" ont assisté aux négociations mais "ils n'ont rien signé. Ils étaient juste là en médiateurs".
D'après agence
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