François Fillon devant l'Assemblée nationale, le 17 mars 2008 © LCIPour la deuxième fois depuis sa nomination à Matignon, François Fillon a engagé mardi après-midi la responsabilité du gouvernement. Et sans surprise, les députés ont voté dans la soirée la confiance, par 329 voix contre 238, donnant leur feu vert au retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan. Avant cela, le Premier ministre avait ouvert un débat sur la politique étrangère française, motivé par la décision de Nicolas Sarkozy de normaliser les relations avec l'Alliance atlantique en réintégrant son commandement militaire intégré. Dans son discours, le Premier ministre a assuré que l'indépendance diplomatique de la France demeurerait intacte et qu'elle restait "fidèle mais insoumise" aux Etats-Unis.
"En 1966, en plein coeur des tensions Est-Ouest, notre retrait de l'organisation constitua un choc. Mais en 2009, notre retour ne constitue qu'un ajustement qui, de ce fait, ne provoque aucun émoi dans le concert international", a argumenté le Premier ministre. "La France, alliée mais pas vassale, fidèle mais insoumise, toujours fraternelle mais jamais subordonnée : voilà la nature de notre relation avec l'Amérique", a-t-il ajouté avant d'engager la responsabilité de son gouvernement. "L'amitié ne se confond pas avec la naïveté", a-t-il dit. "Entre fascination et appréhension, il existe une voie pragmatique pour renouveler les instruments et les objectifs de la relation franco-américaine et euro-américaine", a également jugé le chef du gouvernement. La France "agit et agira toujours selon ses convictions", a-t-il affirmé.
Autonomie de la diplomatie et de la dissuasion nucléaire
Se référant à "l'héritage" gaullien pour justifier ce virage stratégique, François Fillon a assuré qu'il s'agissait de "servir une certaine idée de la France", empruntant l'expression aux Mémoires de Guerre du Général, publiée en 1954. Le chef du gouvernement a souligné la "responsabilité universelle", "l'universalisme" de la France, qui "demeure une puissance" avec "des objectifs propres". Il a ainsi réaffirmé "l'autonomie" de la diplomatie française mais aussi de sa force de dissuasion nucléaire qui "n'est pas négociable" tout comme "la liberté d'appréciation sur l'envoi" des troupes françaises dans les opérations de l'Alliance.
A l'adresse de l'opposition, le Premier ministre a ironisé sur son "art d'être en retard d'une révolution stratégique" et jugé "piquant" qu'elle fasse "appel aux mannes du gaullisme, elle qui le combattit sans relâche". De retour dans le commandement intégré de l'Otan, la France entend "influer plus largement sur la définition des stratégies et la conduite des opérations" mais aussi défendre sa vision, celle d'une "alliance militaire" qui ne soit pas "une sorte de fer de lance occidental agissant partout et sur tout". Mais Paris, a-t-il martelé, entend aussi "prendre toute sa place dans l'Otan pour donner à l'Europe de la défense sa véritable dimension".
En fin d'après-midi, avant le vote, la parole était aux différents représentants des groupes politiques à l'Assemblée. Mobilisée autour de ses deux anciens Premiers ministres, Lionel Jospin et Laurent Fabius, le PS a dénoncé haut et fort "la rupture avec un vieux consensus gauche-droite" en matière de défense. "Nous pouvons rester amis avec les Américains sans leur être subordonnés", avait jugé un peu plus tôt Lionel Jospin, venu pour l'occasion au Palais-Bourbon tenir une conférence de presse avec Laurent Fabius et la patronne du parti, Martine Aubry. A la tribune, Laurent Fabius, constatant que l'Otan était le seul sujet sur lequel "existait un consensus" droite-gauche, a accusé François Fillon "de faire en sorte qu'il ne puisse plus exister". Auparavant, Elisabeth Guigou avait craint que la France lâche "sans aucune contrepartie la proie pour l'ombre". Des accusations reprises comme en écho, à droite, par François Bayrou, qui avait préféré les couloirs de l'Assemblée à l'hémicycle pour s'exprimer. "Je vais voter non. Je considère que la France abandonne là quelque chose d'infiniment précieux qui était le signe de son indépendance. Contre quoi ? Rien." Même refus du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan et des deux députés villiéristes.
Au Sénat, l'opposition quitte l'hémicycle |
La déclaration de politique étrangère, dont le retour de la France dans l'Otan, sur laquelle le Premier ministre François Fillon engage sa responsabilité à l'Assemblée nationale, a été simplement lue devant le Sénat par le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo. Les sénateurs de gauche ont reproché au gouvernement, dans plusieurs rappels au règlement, de mépriser la Haute-assemblée et réclamé un débat avec un vote, avant de quitter l'hémicycle. Un débat sur la politique étrangère du gouvernement est organisé le 25 mars au Sénat mais il ne sera pas suivi d'un vote. L'opposition juge qu'il est de plus tardif. Le Sénat, assemblée élue au suffrage indirect, ne peut pas censurer le gouvernement mais la Constitution prévoit que le gouvernement peut, s'il le désire, organiser un débat suivi d'un vote. |
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