Royal, désir d'éclat ou désir d'avenir ?

Par , le 14 avril 2009 à 21h30 , mis à jour le 15 avril 2009 à 12h09

Analyse - La polémique autour du discours de Dakar renforce-t-elle la stature présidentielle de la présidente de Poitou-Charentes ?

Ségolène Royal PSImage d'archives © ABACA

"Je suis une personnalité politique incontournable actuellement, c'est comme ça."  Ségolène Royal avait prévenu son monde il y a deux semaines dans La Charente Libre. Mais sans doute a-t-elle voulu prouver à ses amis socialistes et adversaires que ce n'était pas une parole vaine ?  En quelques lignes, au détour d'un discours prononcé depuis Dakar, c'est chose faite. Et elle a tapé fort Ségolène Royal. Quarante huit heures de polémique et de réactions tous azimuts après qu'elle a demandé "pardon" à  l'Afrique pour les propos prononcés par Nicolas Sarkozy au Sénégal en juillet 2007. Le chef de l'Etat avait alors estimé que "l'homme africain n'était pas assez entré dans l'Histoire".   

Si l'on en juge la vigueur avec laquelle les dirigeants de l'UMP ont condamné sa sortie, jusqu'à mobiliser l'attention du Premier ministre, c'est peut-être que la présidente de la région Poitou-Charentes a visé là où ça faisait mal. Car dans la majorité et à l'Elysée, on sait bien que ce discours bâti par Henri Guaino avait été mal compris à l'époque, les Africains percevant une forme de condescendance. Ce texte avait déplu au conseiller diplomatique du président de la République et mardi dernier, le ministre des Affaires étrangères avait tout simplement reconnu que la phrase de Nicolas Sarkozy était "maladroite". Deux ans après, voilà donc la polémique ravivée par une Ségolène Royal qui a flairé le bon coup et suscité d'innombrables réactions d'internautes. Et une interrogation est revenue souvent, à juste titre : quelle légitimité avait Ségolène Royal pour demander "pardon" à la place d'un chef de l'Etat, et, qui plus est, le contredire depuis un pays étranger ?  Aucune. Aucune si ce n'est celle d'une ancienne candidate à l'élection présidentielle.

Effet subliminal hors normes en politique

Pas suffisant peut-être pour une telle repentance à portée quasi universelle mais elle s'en moque, Ségolène Royal, car elle partage avec tous les grands fauves politiques un culot d'acier qui lui fait, à l'instar d'un Nicolas Sarkozy dans sa conquête du pouvoir, casser bien des codes. Elle parle étonnamment comme si le souvenir de son combat présidentiel lui conférait un partage de légitimité. "J'ai une responsabilité particulière", aime-t-elle à répéter en public, comme en privé. Et lorsque la présidente de la région Poitou-Charentes inaugure au Sénégal une école qui porte son nom, elle a l'art et la manière de le faire telle une femme d'Etat qui représenterait "une contre-France virtuelle", celle qui n'a pas choisi Nicolas Sarkozy en 2007. Effet subliminal hors-normes en communication politique. Il y a bien sûr aussi du Mitterrand dans cette Ségolène Royal qui habilement ne nomme pas l'adversaire, préférant évoquer ce "quelqu'un" dans une formule cinglante. 

Ségolène Royal n'a donc pas son pareil pour maximiser l'impact et harceler l'adversaire. Mais cette stratégie de fracas peut-elle la conduire dans trois ans à porter de nouveau les couleurs de la gauche à la présidentielle ?  Se pose alors la fameuse interrogation sur sa "présidentialité", terme barbare  qui désigne l'ensemble des qualités requises pour exercer la fonction présidentielle : autorité, expérience, esprit de décision, caractère, compétences.... Interrogé sur les causes de l'échec de Ségolene Royal en 2007, Laurent Fabius avait le premier mentionné, dans une interview au Monde, un « triple déficit : présidentialité, crédibilité, collégialité. ».

Ce type de discours au Sénégal est-il de nature à densifier son image et faire oublier les moqueries dont elle est l'objet depuis trois ans ?  "C'est difficile de répondre aujourd'hui. Ségolène Royal doit concilier deux objectifs : visibilité et pertinence, explique Emmanuel Rivière, le directeur du pôle politique de TNS-Sofres. Au fur et à mesure que le temps passe, son statut d'ancienne candidate s'estompe dans l'opinion, ce qui l'oblige à réactiver régulièrement le souvenir de son combat présidentiel, pour préparer le suivant. Sur ce point là, c'est réussi. Mais il n'est pas sûr que cette sortie donne d'elle une image rassurante pour une partie de l'opinion car elle a critiqué durement la parole présidentielle et ce, depuis un pays étranger". Selon une enquête Ifop-Paris Match publiée jeudi, 42% des sympathisants PS jugent que ces propos renforcent sa crédibilité internationale.

Une formule retenue pour 22 pages de discours...

Autre écueil de cette stratégie, une formule choc qui cannibalise tout le reste de l'allocution... et du déplacement. Or souvent critiquée, à tort ou a raison, pour son manque de connaissance des dossiers, Ségolène Royal n'avait pas ménagé son temps pour ce discours : un mois de préparation avec des proches et l'aide d'historiens africains. Ce qui donne un texte de 22 pages qu'il faut lire car il offre ce qu'il faut de recul historique, de vision d'avenir et de projets concrets pour avoir l'envergure d'un discours présidentiel. Le passage sur l'énergie solaire pour favoriser l'accès à l'eau dans la région sénégalaise de Fatick mérite l'attention. Mais notre système médiatique étant ce qu'il est, doutons que sans la polémique sur le "pardon", ce discours serait passé sous silence, comme d'ailleurs fut occulté tout le reste du voyage de Ségolène Royal durant la semaine. Qui se souvient d'ailleurs de la condamnation par Martine Aubry du discours de Nicolas Sarkozy en juillet 2007 ?

Tony Blair, Nicolas Sarkozy, Barack Obama, ou Ségolène Royal ont intégré les contraintes du tout-images et scénarisent leur message pour la presse qui relaye en proportion. Mais pour Ségolène Royal, une telle succession de séquences choc ne lui permettra sans doute pas de retrouver, notamment parmi les classes moyennes et catégories intellectuelles, une crédibilité suffisante pour espérer l'emporter en 2012. Et certains de ses proches ne le cachent pas... et travaillent dans l'ombre de leur chef de file. "L'écho de ce voyage à Dakar est une superbe réussite mais bien sûr ce n'est pas suffisant. Il faut réfléchir à ce que l'on va dire aux Français dans les trois années qui viennent. Nous n'avons pas encore trouvé le ou les marqueurs de notre projet et il faut y travailler", explique le député Jean-Louis Bianco. Après l'éloignement relatif de Vincent Peillon et Manuel Valls, ce fidèle d'entre les fidèles prévoit d'organiser le 13 juin un colloque sur le modèle de l'après-crise, sur la base des travaux de l'économiste Philippe Aghion.

"Vous n'avez pas le droit à la réflexion de trop"

Autre fidèle de Ségolène Royal, la maire du 4e arrondissement de Paris Dominique Bertinotti va lancer dans quelques jours des Universités Populaires de la Connaissance (UPC) avec pour premiers thèmes : le nouveau militantisme et la croissance verte. "Il s'agit de construire un programme entre citoyens et experts au plus près des problèmes vécus par les gens", explique-t-elle. Ces réunions seront organisées par Désirs d'Avenir (DA) qui reste plus que jamais la base arrière du royalisme. "Je suis étonné par la motivation des militants de DA, confie le député Jean-Louis Bianco. Près de 900 personnes sont venues il y a quelques semaines à l'assemblée générale où Ségolène avait d'ailleurs invité le penseur Régis Debray pour débattre du concept de "fraternité. Alors quand on la critique sur la  superficialité, il faut y regarder de plus près". Visée, la presse qui a bien peu relayé ces débats, bien moins "vendeurs" qu'une belle polémique.

Ségolène Royal serait-elle alors scrutée avec une loupe injustement déformante ?  Un de ses anciens soutiens répond par l'affirmative, sans l'exonérer de toute responsabilité : "Pour construire une figure présidentielle même atypique, vous n'avez pas le droit à la petite réflexion de trop , même sur le ton de l'humour ("bravitude", "Obama m'a inspiré"), surtout quand vous avez l'impact d'une Ségolène. Pour solidifier d'autre part une équipe politique dans la durée, vous ne pouvez pas jouer trop perso et n'organiser votre stratégie qu'à l'instinct et dans le secret".  Ce fut pourtant le cas d'un Nicolas Sarkozy très "chasseur solitaire", mais dès sa prise de l'UMP en 2005, il disposa d'un redoutable laboratoire d'idées qui travaillait sur l'idéologie pendant que lui "l'artiste" diffusait la bonne parole dans les salles.  Avoir du flair ne sert à rien si les électeurs n'ont pas progressivement en tête "il ou elle peut faire le job" grâce à l'incarnation mystérieuse de l'énergie mais surtout de la compétence.

Un parcours à la Chirac ?

Tel est l'enjeu des trois ans à venir pour Ségolène Royal, et il n'est pas mince puisque selon le sondage Ifop-Paris Match, seuls 45% des sympathisants PS jugent qu'elle ferait une meilleure candidate que Martine Aubry. Mais cet épisode reste objectivement positif en termes de stratégie politique. En frappant fort contre Nicolas Sarkozy, elle oblige le PS à la soutenir et normalise ainsi sa relation avec le parti. Cette normalisation convient également au camp Aubry qui a bien compris que victimiser l'ex-candidate la renforçait. La maire de Lille compte laisser sa rivale monter au front, prendre tous les coups en cas de dérapage, préférant incarner celle qui rassemble la gauche autour du projet et du collectif.

L'opinion lui en sait gré pour l'instant même si son écart positif de popularité avec sa rivale peut être trompeur car il provient de sympathisants de droite et du MoDem allergiques à Ségolène Royal. Cette dernière, par la rage d'en découdre avec Nicolas Sarkozy, emportait le week-end dernier la palme de la meilleure opposante au chef de l'Etat (sondage OpinionWay-LCI) et cet élan vital peut s'avérer précieux lorsqu'il s'agira en 2011 de choisir le ou la meilleure candidate. A condition que cette volonté aille de pair avec un projet défendu par l'ensemble du Parti socialiste. Quant à la stature présidentielle, qu'en sera-t-il ?  "Il y a des cas où la crédibilisation du candidat arrive in extremis voire après l'élection, je pense notamment à Jacques Chirac", relativise Emmanuel Rivière, de TNS-Sofres. Le microcosme répétait que cet homme instable voire inquiétant ne serait jamais élu président et on a vu la suite".  

Par Renaud Pila le 14 avril 2009 à 21:30
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Politique
  

50 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Anamaria, le 20/04/2009 à 20h23

    Beaucoup de français, dont je suis, ont, aujourd'hui, honte d'être représentés à l'extérieur par un Sarkozy. Je trouve intéressant que Ségolène se fasse le porte-parole de ces français là, et dise bien haut et bien fort que nous nous excusons de cette image ridicule et dégradante de la France actuellement. Dans tous les cas, tout plutôt que le silence qui pourrait être interprété comme un aquiescement dess propos présidentiels.

  • Venetia, le 19/04/2009 à 19h38

    Elles sont belles les réactions de toutes ces personnes ! Effectivement ce n'etais pas à elle de demander pardon à qui que se soit,sur les phrases lancées en publique où en privé par Sarko, mais à la personne qui les avait dites . Mais que deviendrez les discours où allocutions du PRESIDENT s'il devez s'excuser à chaque fois.Aupres des jeunes pour les "karchers ", des pauvres quidams pour les "casse toi pauvre con " et des personalites etrangeres " pas tres intelligentes "etc . Il lui faudrez le double de temps d'antenne pour nous fair avaler toutes les "couleuvres" qu'il sait si bien nous servir .

  • Colin Simone, le 19/04/2009 à 11h45

    Quand je lis ces réactions sur Ségolène, je suis outrée!!! Elle répond à ce qui a été dit par Sarko, elle n'invente pas!!! Comme si lui se privait d'insulter quand il veut et où il veut! Elle a soulevé beaucoup d'idées intéressantes au moment de la présidentielle: l'ordre juste, la participation, la fraternité, l'idée de trouver une solution d'encadrement militaire pour les délinquants. bravo les rejets sur Ségo, on en est à 40 suicides dans les prisons!!! bravo pour avoir ridiculisé sa prestation au Zénith, vous auriez mieux fait d'écouter, c'était prémonitoire, d'ailleurs maintenant tout le monde parle de FRATERNITE. Elle n'a pas fini, j'espère, de dire que notre pantin de président ne fait que se contredire, et essaie de nous faire avaler tout et son contraire. BRAVO Ségo, continue...

  • Anne Louise, le 19/04/2009 à 00h40

    Excellent aticle, juste, visionnaire! Personne ne pourra arrêter Ségolène Royal, elle incarne déjà une forme de pouvoir....

  • ALICE, le 18/04/2009 à 23h23

    J'espère que SEGOLENE ne sera jamais présidente, elle n'a aucune envergure, aucune classe Je me demande à quoi cela sert de dire tant de stupidités. Elle ne fait pads de pub pour ceux qui ont et qui feront L'ena - elle fait surtout beazucoup de tort à la FRANCE, elle la sert pas Elle se promène et c'est tout. Qui paie tous ces voyages? Monsieur Pierre BERGE parait il, cela m'amuse beaucoup de tous ces riches qui se veulent de gauche!!!!!!

  • Cahors, le 17/04/2009 à 05h35

    Enfin un très bon article fait par un vrai journalliste cela change ,elle aurait du s'excuser des propos de RIMBAUD SUR LES AFRICAINS : je cite;perdu au milieu des nègres dont on voudrait améliorer le sortectet qui se termine :qui eux cherchentà vous exploiter,vou font subir mille ennuis provenant de leur paresse ,trahison et stupidité.

  • Yves, le 17/04/2009 à 00h00

    Cet article est intéressant, l'analyse est bien menée et équilibrée en effet. Intéressant notamment d'y lire que Vincent Peillon et Manuel Valls prennent leurs distances avec Mme Royal. Je n'ai jamais voté PS (bien que j'aurai peut-être voté DSK au premier tour des dernières présidentielles si le PS avait eu l'intelligence de le choisir comme candidat, car le personnage est compétent sur le plan économique et globalement crédible), mais des personnes de la trempe de Messieurs Valls et Peillon méritent d'être mieux connus des français, car ils sont probablement, avec quelques autres de leur génération, l'avenir d'un PS essoufflé qui est toujours dans l'incapacité d'offrir une alternance possible. Or, et quelles que soient nos opinions personnelles, l'alternance est une bonne chose pour la démocratie ... à condition qu'elle soit conduite par des gens capables. Ségolène Royal, aussi sympathique qu'elle puisse paraître en tant que personne, n'a pas les compétences. Tout ce que l'on voit, c'est sa fureur d'être Présidente de la République à tout prix. Elle fait penser à une petite fille folle de rage parce qu'on lui refuse la poupée qu'elle a décidé d'avoir.

  • Yves, le 16/04/2009 à 18h14

    Mme Royal ne sera JAMAIS Presidente de la Republique . Il ne s'agit ni d'un souhait ni d'une prediction mais d'un fait avere: sa campagne Presidentielle de 2007 a -presque- debouche sur un succes car elle a benificie d'une equipe marketing remarquable qui a su mettre en avant d'abord et avant tout l'effet de surprise et de nouveaute de ce personnage declinees "ad nauseum "sous toutes les couturee au service d'une candidate feminine ( une premiere dans l;histoire) et qui plus est , plutot jolie (ca depend des angles).et dotee d'un culot hors du commun que les Psi pourraient qualifier de proche du desespoir ("divorce" avec F.H) tant ses exces ont surpris et seduit nombre d'electeurs (1) et qui a occulte pour certains ses competences tres insuffisantes . Malheureusement , ce type de "mise en marche" ne peut se repeter une seconde fois ,les "ingredients" positifs de 2007 n'etant plus la et la credibilte des competences toujours pas visible.. Reste le culot et l'ambition pathologiques (2) qui avaient eu au global un effet positif en 2007 car ils faisaient partie de la "nouveaute attirante"....malheureusement les points de (1) manquant elle a essaye de compenser avec un (2) exacerbe et l'equilibre a ete rompu, elle a depasse la ligne jaune tellement de fois qu'elle devrait demenager a Londres pour pouvoir conduire en toute securite...et ne pas risquer l'accident sur l'Hexagone.

  • Censeur, le 16/04/2009 à 17h53

    Une opposition constante tenace sur tout ce qui vient de SARKOZY ne fait pas un programme de gouvernement.Cela devient lassant à la longue.A trop s'opposer sur tout on va finir par penser que la haine est mauvaise conseillére

  • FRED, le 16/04/2009 à 16h07

    ALAIN: oui elle est la seule du PS à parler. Ca ne vous inquiète pas??? Est-ce à dire que les autres sont pires??? Si j' étais socialiste, ce qui est respectable évidemment, je m'inquièterais fortement. Plus elle dit d'anerie, plus elle fait le jeu de la droite. C'est quand même dommage, non??

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience