Comment Bayrou sert le PS

Par , le 18 mai 2009 à 12h57 , mis à jour le 19 mai 2009 à 14h37

Eclairage - Et si la campagne européenne montrait à la gauche que le patron du MoDem est plus une aubaine qu'un piège. Il l'oblige à se rénover ou... à dépérir.

TF1-LCI : François Bayrou en meeting à Paris le 5 juin 2007François Bayrou en meeting à Paris le 5 juin 2007 © TF1-LCI

"C'est une élection à blanc pour nous. Le score sera moyen mais la campagne aura au moins servi à remettre en marche la rue de Solférino, à  montrer aux élus et aux militants que le parti a de nouveau besoin d'eux pour les prochains combats."  Ainsi s'exprimait à la veille du 1er Mai un dirigeant du PS, il se voulait philosophe sur le score annoncé médiocre de son parti le 7 juin. Il préférait se réjouir de la parade imaginée pour effacer le souvenir du bide du Zénith et les sempiternelles divisions de son parti : faire défiler côte à côte tous les leaders socialistes le jour de la Fête du travail en mobilisant les militants. Pari réussi pour la direction puisque 8000 adhérents répondaient présents.

Mais dans les JT du soir, il manquait quelqu'un sur les images. Ségolène Royal avait choisi de défiler dans sa région, aux côtés des salariés d'Heulliez. Rue de Solférino, on s'agacait non pas de son absence mais de la polarisation des médias sur la photo de famille ratée. Alors on bottait en touche... Ce sera pour la fin mai, promettait-on, au grand meeting près de Nantes. Après quelques hésitations ces derniers jours, la présidente de Poitou-Charentes a finalement accepté le meeting commun avec Martine Aubry. La promesse est tenue, Ségolène Royal n'avait pas vraiment le choix, au risque d'apparaître comme l'empêcheuse de tourner en rond.

Hollande "pervers pépère"

Ce n'est donc ni le score de son parti le 7 juin ni la très médiatisée « guerre des dames » qui inquiétait en cette veille de 1er mai ce dirigeant socialiste. Non c'était plutôt « un nouveau problème", François Bayrou. «C'est ça une crise de leadership », affirmait-il, avec le sourire qui laisse imaginer l'amoncellement de questions à régler au quotidien. Et la question Bayrou est de taille pour le Parti socialiste. Il faut dire que l'homme a du flair. Intelligemment, il a choisi son moment,  les deux ans de Sarkozy, pour sortir son pamphlet contre le chef de l'Etat. Battant avec talent le pavé médiatique, le verbe compensant le manque de troupes, le patron du MoDem s'est installé depuis fin avril avec délectation comme acteur principal de la pré-campagne européenne.  

Pour éviter de faire gonfler le phénomène, la consigne a été donnée aux troupes par la direction du PS de ne pas lui accorder trop d'importance. Mais la crise de leadership à gauche produit ses effets tous les jours et incite les uns et les autres à des postures solitaires. En mal de visibilité depuis le congrès de Reims, François Hollande décide donc de revenir dans le jeu médiatique..., justement sur la question Bayrou. Il affirme dans L'Express vouloir « une clarification des convergences et des divergences" avec le patron du MoDem, déclaration immédiatement interprétée comme une main tendue. "Non je veux tout simplement le démasquer projet contre projet", confie à LCI.fr le député de Corrèze. "Il veut nous gâcher la campagne", répond le député parisien Jean-Christophe Cambadélis qui l'affuble d'un cinglant surnom, "Pervers pépère".

"Aubry pas assez présente"

Pense-t-il qu'il est allé trop loin ? Quelques jours plus tard, François Hollande réserve un accueil très chaleureux à Martine Aubry dans sa région et loue vigoureusement "le besoin d'unité" dans le parti. Ce qui n'empêche pas la maire de Lille lors du dîner qui suit le meeting de demander instamment à son prédécesseur de cesser ses clins d'œil au MoDem qui polluent, selon elle, la campagne. Depuis quelques jours, les premiers sondages  sont sur les bureaux des dirigeants de Solférino, et tous sonnent l'alarme : une UMP devant le PS, avec un MoDem en troisième place et en dynamique.  

La direction de Solférino se console en évoquant une élection difficile pour la gauche tant l'éparpillement des listes contraste avec l'union à droite, au sein de l'UMP. Mais chez certains, l'inquiétude pointe et plus grave, se verbalise haut et fort. Même malade, le PS avait gardé la particularité ces dernières années de remporter les élections intermédiaires, laissant à la droite le soin de gagner la reine des batailles, en 2002 et en 2007. Mardi dernier, lors d'un raout organisé dans la cour de Solférino, les amis de Ségolène Royal ne manquent pas de le rappeler. "Nous devons nous donner comme objectif d'être devant l'UMP. Cela fait 30 ans que c'est le parti d'opposition qui arrive en tête aux européennes", fait remarquer le sénateur François Rebsamen. Et de critiquer pour l'occasion « un matériel de campagne inefficace et une Martine Aubry pas assez présente ».

Aubry "proposante numéro un"

Trois semaines pour éviter un flop ?  L'offensive de François Bayrou (et les critiques des royalistes) poussent la direction du PS à mettre les bouchées doubles après avoir tergiversé sur les angles de campagne. Démarrée sur le vote sanction contre Nicolas Sarkozy, une autre stratégie est alors arrêtée : se concentrer sur le projet, le projet et rien que le projet. Avec la concurrence du NPA, du Front de gauche et du Modem, «le créneau de l'antisarkozysme est saturé», explique Jean-Christophe Cambadélis, le patron de la campagne du PS. Vendredi dernier est décidée pour aujourd'hui une conférence de presse afin de détailler les propositions du PS avec le bouillonnant Benoît Hamon et le trop discret Harlem Désir. Et hier matin Martine Aubry lâche sur Europe 1 une formule qui fait enfin mouche. Alors que François Bayrou est qualifié "d'opposant numéro un", la première secrétaire du PS répond vigoureusement : "Je ne veux pas être l'opposante numéro un mais la proposante numéro un. [...] Il crie, dénonce, mais être le porte-voix des inquiétudes n'est pas suffisant [...] il faut proposer".  Un peu plus tard sur Canal +, la tête de liste dans le Sud-Est Vincent Peillon est sur la même ligne, « allons-y, parlons d'Europe », clame-t-il à ses camarades socialistes.
 
"Et vous ne la changerez pas"

Le dimanche sonne comme un appel général à la mobilisation sur le fond. En début de soirée, François Hollande détaille au Grand-Jury RTL-LCI-Le Figaro quatre propositions concrètes de son parti pour l'Europe.  Mais les choses auraient été trop simples au pays des socialistes... Une minute vient perturber tout le message européen de l'émission : l'ancien Premier secrétaire du PS choisit d'afficher sans fard ses ambitions pour 2012, soucieux de réincarner le créneau social-démocrate au PS,  en jachère depuis l'échec de la motion Delanoë à Reims.

"Martine Aubry fait si peu mine de s'intéresser à une candidature en 2012 que les appétits s'aiguisent
", explique un membre de la direction sous couvert de l'anonymat. A l'heure de la lessiveuse médiatique, ses compétences et sa popularité dans l'opinion ne compensent pas sa manière discrète d'animer, ou plutôt de réanimer le parti. "Je ne vais pas appeler tous les jours la presse pour donner ma température", se justifie la maire de Lille. Telle est celle qui ne veut pas se plier aux nouveaux codes des formules et des présences médiatiques continuelles. "Et vous ne la changerez pas", préviennent ses amis. Pas si sûr. Reprise hier dans tous les médias, sa formule « proposante numéro un» laisse peut-être penser que si.

François Bayrou pousse donc les socialistes à délaisser (enfin) l'antienne antisarkozyte au profit d'une campagne axée sur leurs propositions pour l'avenir de Europe. Ce qui les oblige à phosphorer. François Bayrou entraîne également Martine Aubry vers plus pugnacité, jusqu'à pour la première fois verbaliser l'idée d'être « numéro un ». Après Ségolène Royal et François Hollande, la maire de Lille n'est-elle pas forcée par l'offensive du MoDem de donner des signes plus forts de leadership assumé pour le PS ?  Et Dominique Strauss-Kahn, va-t-il pouvoir garder jusqu'en 2011 ses souhaits secrets pour la suite de sa vie politique ? Crise programmatique, crise de leadership, l'urgence de responsabilité devient chaque jour plus vitale pour les socialistes français. Sans François Bayrou, en aurait-ils suffisamment conscience ? Un nouveau coup de tonnerre le 7 juin viendrait une énième fois trop tard. 
 

Par Renaud Pila le 18 mai 2009 à 12:57
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8 Commentaires

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  • Milord, le 19/05/2009 à 19h25

    Atention aux sondages émanants de journaux de gauche et qui sont destinés à faire croire que l'affaire est pliée. De ce fait un grand nombre d'électeurs de droite pensant que leur choix correspond au sondage ne vont pas voter et c'est tout bénéfice pour la gauche ! L'effet inverse se produit !

  • Charles, le 19/05/2009 à 15h47

    L'Europe c'est quand même autrement motivant que de revenir toujours à nos petits problèmes Franco-Français, pour ou contre Sarkosy. Si l'Europe mérite que nous nous déplacions pour voter, nos hommes politiques le méritent-ils. Je réponds non. Pourquoi sont-ils intéressés? Je pense que seule la carte de visite et les avantages qui vont avec les motivent. Pour le reste... Dommage et puis ils nous coûtent si cher.

  • Nono, le 18/05/2009 à 21h26

    Pauvre PS, plus personne n'a envie de voter pour lui hélas ! l'UMP n'inspire guère confiance aussi Alors ...

  • Bea, le 18/05/2009 à 17h34

    Bayrou est complètement idiot de s'opposer à la liste verte, dans laquelle figure la célèbre Eva Joli! Bayrou aurait pu la récupérer!

  • Valente, le 18/05/2009 à 17h05

    Le ps ,n'a rien d'autre comme ambitions pour l'europe que dire non a N SARKOZY

  • Gilbert, le 18/05/2009 à 15h57

    Mr Bayrou doit etre content de cette pub étant seul ca devrait lui réchauffer le moral son espace dans le sud ouest est tres vaste

  • Gekko, le 18/05/2009 à 15h36

    Etrange senstion de lire que c'est un rejeton de la vieille droite qui regle son compte au sarkosisme, pas besoin d'etre socialiste pour percecoir les mensonges du monarque, j'ai plutot l'impression que la division des voix de la gauche proite au pouvoir en place,non?.....

  • Elot, le 18/05/2009 à 14h58

    Pourquoi aller voter? En France on ne va pas voter pour l'Europe mais pour ou contre Sarkosy. Pour moi ce ne sera pas une election europeenne mais une election franco française. En Italie Berlusconi prend cette election à la rigolade. Le president de l'Europe actuel a été viré par son pays, le dernier traité remanié n'a pas encore eté ratifié par tout le monde et la cerise sur le gateau les députés elus pour siéger à Bruxelles et Strasbourg pour nous représenter n'y vont pas ou tres peu. Devons nous voter pour continuer à "engrosser" et "enrichir" tout ce monde sur notre dos? En ce qui me concerne je voterai bulletin blanc.

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