Sarkozy nous rend-il indifférents ?

Par , le 12 mai 2009 à 14h17 , mis à jour le 12 mai 2009 à 19h22

Dans son essai, l'historien Alain-Gérard Slama veut secouer la torpeur contre, entre autres, un chef de l'Etat qui " sacrifie l'essentiel à l'immédiat " et accélère " la régression de la démocratie française ".

Nicolas SarkozyImage d'archives © ABACA

Il est des réquisitoires politiques sanglants où la plume de l'écrivain veut atteindre la cible dans sa chair, c'est le cas du dernier livre de François Bayrou qui « provoque Sarkozy en duel », selon l'expression du directeur de L'Express Christophe Barbier. Il en est d'autres plus raffinés, où la victime n'est pas même nommée, mais où le lecteur perçoit sa responsabilité dans l'évolution historique que dénonce l'auteur. C'est cette seconde forme qu'a choisie Alain-Gérard Slama, historien des idées politiques bien connu des lecteurs du Figaro et d'une droite modérée à qui il s'adresse aujourd'hui,  parce qu'elle l'a déçu. Et si le ton n'est pas à la diatribe contre le président, l'impression ressentie une fois l'ouvrage reposé n'en est que plus cruelle.
 
« La masse invraisemblable de commentaires qui s'accumulent sur la personnalité et sur la communication des dirigeants français, à commencer par le premier d'entre eux, dresse le portrait d'une société satisfaite et stupide, elle est le symptôme d'un pays qui ne voit plus que les apparences, se désintéresse de sa vérité, et qui, retenu seulement par le jeu des acteurs, détourne son attention d'un scénario qui lui est devenu étranger ». Dès l'introduction, le diagnostic est sans appel : celui qu'il nomme « le prince PDG » serait co-responsable, avec les élites françaises, de « la société d'indifférence » dans laquelle nous nous complaisons tristement.
 
Une pièce où performe un unique comédien
 
Une société indifférente, et pour un gaulliste comme Slama, c'est la dissolution insidieuse du modèle républicain qui devrait indigner. « J'aimerais que ceux qu'on appelle les républicains modérés, qu'ils soient de droite ou de gauche, se découvrent encore capables d'élever la voix pour défendre les libertés ». Et de citer, en les détaillant avec un souffle inégal, la déstabilisation de nos institutions, une pièce où performe un unique comédien, la remise en cause de notre laïcité, l'introduction subreptice des discriminations positives, la réforme autoritaire de l'audiovisuel public, « le transfert des décisions vers un centre d'impulsion unique » ou encore « une dépolitisation sans précédent dans la vie publique, caractérisée par la victoire sans partage des juges sur les politiques et des experts sur les juges ».
 
Mais aussi argumentée que soit la description très négative de la gouvernance Sarkozy, elle n'emporte pas toujours l'adhésion sur la responsabilité de l'homme dans ce processus de déliquescence citoyenne. Aux tournants des septennats précédents a succédé le tournis des quinquennats modernes. Mais si le chef de l'Etat se moule avec gourmandise dans ce rythme, en est-il l'initiateur ?
 
Un processus d'incertitude
 
La fabrique permanente d'images creuse également, ici et ailleurs, le sillon de la « société d'indifférence » qui s'impose à notre temps. « Par la grâce de l'Internet, nous assistons à un bouleversement profond qui est l'interaction ininterrompue des informations et de leur réception à tout instant, en tout lieu et à tous les niveaux. Ainsi peut se comprendre la rapidité avec laquelle s'est propagé un processus d'incertitude qui, partagé entre des tensions contradictoires, interdit de dégager des lignes de force et disperse les mouvements sociaux ».
 
Face à cette déferlante, Alain-Gérard Slama juge sévèrement les élites de sa propre famille, la droite modérée, qui ont, selon lui, perdu tout esprit critique. « Le pays s'est trouvé brutalement placé devant un principat entrepreneurial qui monopolise le pouvoir, derrière des préoccupations sûrement sincères d'ouverture et de diversité, avec une équipe de fidèles recrutés, les uns pour leur image, les autres pour leur expertise, les troisièmes pour les services rendus ».
 
Nostalgique de l'époque Chirac et grands principes, l'auteur est aux antipodes du fameux pragmatisme qui précède désormais le programme des leaders nouvelle génération. Son admiration dénuée d'inventaire pour le prédécesseur de Nicolas Sarkozy enlève quelque force à un essai néanmoins précieux pour comprendre un peu mieux « la rupture » qui modifie progressivement le terreau de notre démocratie moderne.

« La société d'indifférence », d'Alain-Gérard Slama (Plon, 236 pages, 18,50 E).

Par Renaud Pila le 12 mai 2009 à 14:17
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Politique
  

46 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Marko, le 13/05/2009 à 23h58

    Indifférent oui .... c'est le mot ! Il a juste mon respect , car tout homme mérite le respect .... D'autant plus quand il est irresponsable ... Mais en tant que Président ,je le trouve juste la hauteur du tabouret sur lequel il doit monter à chaque apparition ! Désolé pour " HR " et " Amélie " Mais de votre " président à la hauteur " (de son tabouret) et de votre " Génie "( excellente celle là, vous devriez lui envoyer votre message sur FACEEEBOOKE, il va Adorer !! ) ...et bien , j'ai bien peur que l'on ne retienne que des petites choses ! Ou des choses à ne pas refaire dans le futur ...On apprend de ses erreurs !

  • Magiera, le 13/05/2009 à 22h00

    En ce qui me concerne,il ne me laisse pas indifférente,il m'inspire le plus profond respect.

  • Ridicule35, le 13/05/2009 à 19h28

    @Chongtak, Tokyo, Desolet que mon commande de ecriture Francais vous ne plait pas. Je suis "FLE": Francais, langue etranger. Je parle 4 langue et le Francais, c'est mon 4eme. Meme si il y a des erreur de ecriture, je suis sur que le message de base ete bien recu et compris.

  • HR paris, le 13/05/2009 à 18h15

    Remercier le Président Sarkosy, ça, c'est un Président à la hauteur.

  • Amélie, le 13/05/2009 à 17h47

    Encore un livre de plus contre Sarkozy ! Quel acharnement à critiquer notre président ! Jamais aucun président n'a reçu autant de critiques ! C'est le signe que nous avons le meilleur : "quand un vrai génie apparait en ce bas monde, on peut le reconnaitre à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui "

  • Bzh22, le 13/05/2009 à 16h02

    Le contexte n'est pas facile pour personne(sauf la compagnie des parachutistes dorées basés dans toute la france)le président fait se qu'il peut face à une conjoncture délicate le président ne doit pas nous laisser indifférent,malgré que pour gagner 1000 euros,on se demande si ça vaut le coup de se lever,et pourtant je ne suis pas de droite

  • Fafa, le 13/05/2009 à 15h55

    En tout cas, les français peuvent critiquer et détester ou alors approuver les décisions du gouvernements. La question est : Sarkozy vous rend il indifférent ? et bien vu tous les commentaires positifs ou négatifs, nous avons la réponse. Si NS nous rendait si indifférent que cela, il n'y aurait certainement pas de commentaires. Pour ma part, il ne me rend pas indifférente car j'ai voté pour lui.

  • Fafa, le 13/05/2009 à 15h50

    A Jean de Neuilly, comment pouvez-vous dire que NS aura été le pire président de la république ? Il faudrait au moins attendre la fin de son mandat pour le juger.... Mais pensez-vous qu'une autre personne à ce jour pourrait "prendre" sa place ? Pour ma part je ne vois personne et je suis persuadée qu'en 2012 la majorité des français et françaises voteront pour lui. A moins que vous puissiez lire dans une boule de cristal.... alors dans ce cas donner nous régulièrement des nouvelles !

  • Jfc1949, le 13/05/2009 à 14h37

    En principe M. Sarkozy va remettre la vignette auto apres les élections

  • Noémie, le 13/05/2009 à 10h13

    Je ne suis pas d'accord avec les défenseurs de Sarkosy. Il a peut-être des idées pour moderniser la France et la réformer, mais nous sommes en démocratie et il n'a pas le droit de décider seul, même s'il a été élu. Il doit agir pour notre bien à tous et selon ce que nous voulons. En particulier, la laïcité est un principe fondateur de notre pays et de la cinquième république. Et l'indépendance de la presse est chère au coeur de nos concitoyens. Ce n'est pas parce que nous l'avons élu qu'il est maintenant arrivé et qu'il peut faire tout ce qu'il veut. Il doit respecter le peuple français. Quand des accords sont trouvés avec les syndicats, il doit les respecter et ne pas changer après coup ce qui l'arrange. Il doit écouter l'avis des personnes concernées et des experts, et pas prendre ses décisions seul selon son seul avis. Il ne sait pas tout et on ne peut pas lui reprocher, par contre je lui reproche de faire comme s'il savait tout et de prendre ses décisions sans concertation.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience