Martine Aubry © AbacapressIls sont trentenaires, n'ont pas (encore) d'ambition présidentielle (ça existe !) et sont peu connus du grand public. Autant de qualités qui ont convaincu Martine Aubry de réunir pour la première fois, il y a un mois, sept figures de la nouvelle génération rose (Laurence Rossignol, Marianne Louis, Pouria Amirshahi, Bruno Julliard, Sybeth N'Daye, Razzy Hammadi et Nathalie Perrin). Sans protocole. "On parle à bâtons rompus, on peut lui parler très directement même si l'on n'est pas sûr qu'elle retienne toutes nos propositions", confie Pouria Amirshahi, en charge des Droits de l'Homme au PS. Et d'ajouter tout net : "l'objectif de Martine est de contourner les têtes de réseaux habituels du parti pour que l'on s'adresse directement aux Français dans la préparation du programme." Des nouveaux visages pour parcourir la France, des "ambassadeurs" du projet, comme les a appelé la direction... Un terme qui fait un peu tiquer ces jeunes secrétaires nationaux, "j'espère qu'on aura le même faste pour bosser", lâche l'un d'eux en riant.
Des nouvelles idées pour la première secrétaire donc, mais également des suggestions symboliques pour montrer que rue de Solférino, ça bouge. "J'avais proposé à Martine lors de notre réunion de délaisser La Rochelle dès cette université d'été et de trouver un autre lieu. Ca aurait été un beau symbole de rénovation, ne pas revoir les images de divisions et d'ambiance Croisette de l'an dernier, explique Bruno Julliard, le "monsieur Education" du PS. Elle nous a expliqués que c'était trop tard, toutes les réservations étant faites. Mais elle nous a promis que c'était la der des der !". La direction avait en effet réfléchi au printemps à la ville de Marseille pour ce grand raout de rentrée, avant finalement de renoncer. Pour ne pas froisser Maxime Bono, le maire de La Rochelle, disent certains... "Martine a bien compris qu'il fallait dépasser le PS et casser les habitudes, analyse Pouria Amirshahi. Mais elle a quinze ou vingt ans de culture et de tradition socialiste derrière elle. Elle est à la croisée des chemins. Sera-t-elle capable de dépasser le parti et donc de se dépasser ? Sa réussite en dépend".
Un choc générationnel utile
En organisant discrètement ces réunions (la prochaine est prévue à la rentrée), la maire de Lille accepte de se confronter utilement à l'inévitable choc générationnel, avec des jeunes souvent issus du syndicalisme étudiant et donc rompus à l'univers médiatique du zapping. Choc générationnel sur la forme. "C'est vrai qu'on voudrait bousculer les choses, notamment en matière de communication politique. Mais la première secrétaire ne sera jamais dans le show et on ne la changera pas", explique l'un des sept.
Choc générationnel sur le fond aussi. Assumant leur gauche, les sept trentenaires lancent souvent des idées qui peuvent rompre avec les années Jospin ou la social-démocratie de leurs aînés. Martine Aubry écoute alors, et livre souvent une réponse en forme de "oui, mais...". Certains y verront un manque de ligne politique, l'un de ses proches répondra" refus de toute démagogie", avant d'admettre "la prudence et le sens du timing" de la première secrétaire.
Vraiment ? Sa décision toute personnelle de taper du poing sur la table contre le bouillonnant garnement Valls cette semaine a rompu avec cette méthode. A la surprise de ses proches. Et pour le grand plaisir de membres du G7 qui ont apprécié ce geste surprise d'autorité. "Valls, c'est pour l'exemple. Les militants réclament de l'autorité. Et puis elle se libère un peu de ceux qui l'ont fait reine à Reims, elle travaille plus par cercles cloisonnés", commente-on. Martine Aubry commencerait-elle à prendre goût au pouvoir, celui qui porte aux plus hautes fonctions ? La nouvelle génération rose ne répond pas car elle ne pose (presque) jamais la question à l'intéressée. Et préfère parler projet plutôt que 2012. Elle reste en cela bien différente des trentenaires qui grandissent à l'UMP. Chacun sa culture.
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