Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, confirmant la prochaine réorganisation de l'équipe de campagne de Ségolène Royal (22 février 2007) © TF1/LCI"Ils sont fous"'. Jean-Christophe Cambadélis a passé son mois de juillet à fulminer devant ses visiteurs contre ses amis socialistes, empêtrés dans des querelles d'égos et autres débats inutiles. Inutiles en tout cas, selon lui, face à l'urgence des défis qui attendent le PS. Alors pour tenter d'éviter "une épouvantable année et des régionales calamiteuses", il a choisi de prendre la plume pendant ses vacances. Et d'écrire à "un militant qui n'en peut plus", à tous ces militants socialistes qui sont à deux doigts de rendre leur carte, dégoûtés par l'interminable spectacle tragi-comique qu'offre leur parti et ses dirigeants depuis des mois.
Dans ce texte mis en ligne sur son blog mardi, il s'adresse au militant car c'est en bon militant que le député parisien rêverait de voir se comporter les responsables de Solférino. "La Rochelle doit être le premier acte de cette union, que chaque élu, chaque responsable s'engage pendant un an à ne pas critiquer le PS ou ses camarades et à œuvrer vraiment à la refondation", écrit-il. Et de prendre comme exemple "Martine Aubry, Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Laurent Fabius qui ont fait les gestes pour permettre de jeter la rancune à la rivière".
Visés sans être nommés dans cette supplique, tous les quadras et les quinquas qui critiquent la direction du PS et le travail de la première secrétaire. Visé également dans ce propos, Jean-Christophe Cambadélis lui-même. "La période du sniper à qui on reconnaissait quelques talents s'achève" affirme-t-il à Libération. A tout juste 58 ans, le député de Paris est lassé de jouer le "bon client" des médias, repris pour ses petites phrases assassines et son humour caustique. Il souhaite prendre de la hauteur et délaisser sa casquette d'apparatchik et de roi de la combine. Alors Jean-Christophe Cambadélis tente par cette lettre de répondre aux uns et aux autres, sur le fond.
L'état de la gauche et du PS en France ? Il l'explique par une formule d'Edgar Morin, "la réduction du socialisme au gestionnarisme a sapé les fondements de l'espérance". En clair, le PS est "désormais perçu comme un élément du "système". Il est donc, selon lui, urgent de "penser la nouvelle gauche" et de "retrouver une distance vis-à-vis du pouvoir". Et tout strauss-kahnien qu'il est, il refuse de "maintenir ses pas dans le vieux socialisme libéral".
"Les primaires ont pour but de créer de la dynamique, pas de la dynamite"
Le PS est-il mort, comme l'affirme Manuel Valls ou BHL ? Si c'est "celui d'Epinay qui préconisait le programme commun ou l'autogestion", alors c'est oui. Mais pour Jean-Christophe Cambadélis, "le PS est une réalité incontournable", notamment par son implantation locale et "il faut un fil conducteur pour dépasser ce que nous formons".
Les primaires ? Il le dit tout net : "les primaires ont pour but de créer de la dynamique, pas d'être de la dynamite". Et de critiquer, sans les nommer, "les promoteurs les plus en vue des primaires qui ont assorti celles-ci de leur propre candidature" à la présidentielle, notamment Manuel Valls. Le député de Paris estime que sur ce sujet, les socialistes "ont du temps" et qu'une convention après les régionales permettra aux militants d'en débattre". Plus urgent, selon lui, est le signal d'une vraie rénovation politique : s'engager pour la fin du cumul des mandats, "premier geste d'une déprofessionnalisation de la politique". Ce serait "la matérialisation d'une distance retrouvée vis-à-vis du pouvoir pour le pouvoir".
Quant à la refondation idéologique du PS, elle passera, selon lui, par la définition d'un "nouveau modèle" qui doit répondre à quatre défis : le vieillissement, la question des banlieues, la modernisation de l'appareil productif et la réhabilitation de l'intérêt général. Sans oublier l'écologie qui ne doit toutefois pas se transformer en luxe pour "bobos".
Quatre jours avant la réunion du courant de Vincent Peillon à Marseille et dix jours avant La Rochelle, Jean-Christophe Cambadélis répond donc aux rénovateurs du PS et appelle à la paix des braves. Tout en prévenant : "s'il s'avère impossible de faire taire les critiques ou le bal des moitrinaires, alors, il faudra s'organiser pour faire parler la rénovation et le rassemblement". Une formule toute gaullienne derrière lequel pointe la nécessité d'un sauveur. Et l'ami de Dominique Strauss-Kahn se tient prêt, au cas où.
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