Université d'été du PS : le discours de clôture de Martine Aubry (30 août 2009) © TF1/LCISévères avec le PS, moins avec Aubry
Selon un sondage BVA, une large majorité des Français estime que, un an après l'issue serrée et polémique du congrès de Reims, l'état du parti socialiste n'a pas changé.
Publié le 17/11/2009
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C'est un discours de combat clairement tourné vers l'échéance de 2012 qu'a prononcé dimanche, à la mi-journée, Martine Aubry en clôture de l'université d'été du Parti socialiste. Avec en ligne de mire le "système libéral et financier", qui "a engendré une crise sociale profonde", et dont les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy ne font, selon la Première secrétaire du PS, qu'accroître la dureté et les inégalités. "Quelle indécence de parler de reprise", a-t-elle lancé, interpellant directement le chef de l'Etat, "alors qu'il n'y a pas une seule famille qui ne soit touchée par le chômage". Les premiers touchés étant les jeunes : "650.000 jeunes qui vont entrer sur le marché du travail sont les premiers à souffrir", a-t-elle souligné. "Aujourd'hui, plus d'un jeune sur quatre est en-dessous du seuil de pauvreté. Ils sont les premiers frappés par le chômage, mais aussi les derniers à être indemnisés".
Et la Première secrétaire du PS d'ironiser sur Luc Chatel, qui avait vanté la baisse des fournitures scolaires dans un supermarché : "Catherine II de Russie avait inventé les villages Potemkine, destinés à faire croire que tout allait bien en Russie. Au début du XXIe siècle, voilà qu'un ministre de Nicolas Sarkozy invente les supermarchés Potemkine, fausse vitrine d'une fausse reprise". Alors, comment lutter efficacement contre la crise ? "Monsieur Sarkozy veut un emprunt utile pour la France, et bien qu'il commence par emprunter les idées de la gauche et des socialistes", a lancé Martine Aubry. Avant de réclamer des mesures d'urgence, face à cette crise dure qui frappe avant tout les plus faibles.
"D'un côté, la reprise financière, de l'autre, la crise populaire"
"Non seulement nous ne sommes pas sortis de la crise mais nous risquons de nous y enfoncer encore plus car le pouvoir d'achat est reparti à la baisse (...) Plus que jamais, pour les familles, pour notre économie, des mesures de soutien à la consommation s'imposent". Elle a donc demandé à Nicolas Sarkozy de décider "un remboursement de 200 euros de TVA pour les 16 millions de ménages modestes non imposables qui n'ont pas bénéficié du remboursement des 2e et 3e tiers de l'impôt sur le revenu (...) C'est le même montant que la baisse de la TVA dans la restauration", a-t-elle fait valoir, en soulignant qu'outre le PS, certains dans les rangs de l'UMP réclamaient l'annulation de cette décision. Elle a demandé également au chef de l'Etat de "ne pas supprimer les allocations familiales pour les enfants majeurs de plus de 20 ans".
"Cette rentrée est dure pour tous les Français, a encore souligné Martine Aubry, sauf pour certains : le CAC 40 se redresse, les bonus des traders et des dirigeants aussi. D'un côté, la reprise financière, de l'autre, la crise populaire. Les Français sont scandalisés par ces bonus à répétition". La numéro un du PS a donc rappelé au président la demande des socialistes d'une loi "plafonnant les écarts de rémunération, limitant fortement les bonus" avec une "règle simple : qu'ils ne dépassent pas la partie fixe du salaire". Elle a proposé aussi que la loi interdise les parachutes dorés et les stock-options, sauf pour les entreprises naissantes. Elle a également répété sa demande de représentation de l'Etat dans les conseils d'administration des banques. Et elle a annoncé le lancement d'une "grande campagne des socialistes européens" pour imposer une régulation financière, réglementer les bonus et encadrer les hautes rémunérations. Poul Nyrup Rasmussen, le patron des socialistes européens, "vient de me confirmer son plein accord. Il a déjà pris contact avec les démocrates américains qui, eux aussi, vont se joindre à cette grande campagne", a-t-elle affirmé, sous les ovations de la salle.
"J'ai aimé la convivialité de ces trois jours"
Martine Aubry a aussi proposé la "mise sous tutelle par le tribunal de grande instance" des entreprises qui font des bénéfices et dont les patrons licencient, de manière à lutter contre "le pillage d'entreprises françaises au détriment des salariés". Et elle a cité les cas de New Fabris, Continental, Freescale, Nortel et SKF. Autres cibles désignées au-delà des dossiers économiques : les questions de justice et de sécurité. "Nous entrons dans un régime de justice soumis au pouvoir politique", a dénoncé Martine Aubry. "La justice a été reprise en main. Avec le retour de la pratique des instructions individuelles au parquet, avec la nomination par le pouvoir politique des principaux magistrats, avec la suppression annoncée du juge d'instruction". Martine Aubry a dénoncé également "une dérive sécuritaire" du gouvernement, accompagnée d'un "échec sur la sécurité. Le bilan est clair : depuis 2002, 12 lois en plus et une augmentation des violences sur les personnes de plus de 40%". La numéro un du PS s'est insurgée en outre contre "une mainmise sur les médias".
Thème plus polémique à gauche : la taxe carbone. Tant Cécile Duflot que Daniel Cohn-Bendit ont reproché ce week-end à Ségolène Royal son opposition sur ce thème. Mais pour Martine Aubry, le mécanisme envisagé par le gouvernement "est inefficace sur le plan écologique, injuste socialement, accroissant la pression fiscale sur les familles et laissant les grandes entreprises de côté". Cette taxe risque en outre d'être affectée "à la réduction du déficit budgétaire ou à la compensation de la suppression de la taxe professionnelle". Exit donc la taxe carbone, mais puisque Nicolas Sarkozy "va nous la faire écolo jusqu'aux élections régionales", Martine Aubry a également lancé l'idée d'un "grand plan de transports carbone zéro" qui serait financé pour moitié par l'Etat et pour moitié par les régions, dont 20 sur 22 sont dirigées par les socialistes.
Mais au-delà de cette grande charge anti-crise, quid des problèmes internes au PS ? Pour Martine Aubry, c'est presque du passé après ce week-end de retrouvailles socialistes. Elle a préféré souligner l'ambiance consensuelle qui a prévalu à La Rochelle. "J'ai aimé cette université, parce qu'au fond elle a été à l'image de ce que doit être le Parti socialiste : ouvert sur la société, sur la gauche, mais aussi ouvert sur le monde", a-t-elle commenté. "J'ai aimé la convivialité de ces trois jours. Je le dis simplement : sans rassemblement des socialistes, sans camaraderie, sans amitié, ça ne marche pas". Et c'est sous les applaudissements fournis de la salle qu'elle a conclu son discours par un : "Bon travail, mes chers camarades".
Avec agences
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Sévères avec le PS, moins avec Aubry
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