Michel Rocard lors des Journées parlementaires PS, le 17 septembre 2007 © Abacapress/T.CamusJamais on n'aura autant parlé de la taxe carbone. A tel point que l'ancien Premier ministre Michel Rocard, président de la commission qui a proposé l'idée, monte à son tour au créneau pour faire oeuvre de pédagogie auprès de sa famille politique, décidément bien hostile. Et il regrette : "L'annonce d'une nouvelle charge fiscale fait peur à tout le monde, c'est normal. Ce qui est embêtant, c'est qu'il y a vraie complicité des acteurs et des commentateurs sur le fait : on gueule avant de savoir comment le gouvernement va présenter l'ours".
Martine Aubry s'est prononcée dimanche pour une fiscalité écologique mais contre la "taxe carbone de l'UMP", dont Ségolène Royal a demandé le retrait au grand dam du chef de file d'Europe Ecologie Daniel Cohn-Bendit. Elle a expliqué lundi sur France Info qu'il n'y avait en réalité pas de divergences entre les socialistes et les Verts. "Nous disons que la France a besoin d'une contribution énergie-climat, c'est-à-dire qu'on change les comportements en incitant à payer ceux qui effectivement dépensent beaucoup en matière d'énergie", a-t-elle souligné. "Mais nous ne sommes pas favorables à la taxe carbone que propose le gouvernement", a-t-elle précisé en estimant qu'il fallait des compensations sociales. "Ça ne sert à rien de taxer si on ne donne pas par ailleurs les moyens aux salariés d'avoir des voitures propres, si on ne leur donne pas surtout des moyens pour aller travailler, d'avoir des moyens de transport collectif à la fois efficaces, proches de chez eux et pas trop coûteux".
"Mon rapport dit ça"
Michel Rocard ironise sur cette position. "J'ai plutôt souri en entendant ça, parce que je me suis aperçu que le PS faisait des recommandations de mon rapport, d'une certaine façon, des conditions préalables à l'acceptabilité de la taxe carbone. C'est formidable", commente-t-il. "Mon rapport dit ça", souligne-t-il encore, en rappelant qu'il avait proposé de compenser "pour les classes populaires et l'essentiel des classes moyennes les surcharges qui seront à payer par les gens qui ne peuvent pas ne pas prendre leur voiture, par exemple les banlieusards lointains, tous les ruraux, tous ceux qui travaillent la nuit". Et de conclure : "Si on ne les compense pas, la taxe sera en effet injuste". Mais en tout état de cause, on ne saurait se prononcer tant que le gouvernement n'aura pas arrêté les modalités d'application de cette taxe, qu'il attend pour le début de 2010.
Interrogé sur son état d'esprit dans l'attente des arbitrages gouvernementaux, il se montre prudent. "Je suis un peu inquiet, pourquoi ne pas le dire ? Mais je ne les considère pas comme négativement acquis d'avance". A l'issue d'une table ronde rassemblant économistes, représentants des syndicats, du patronat et des ONG, il avait recommandé fin juillet la création d'une taxe sur la base d'un prix de 32 euros la tonne de CO2 émise. Selon cette hypothèse, elle se traduirait par une hausse de 7 à 8 centimes d'euros le litre de carburant à la pompe et générerait environ 8 milliards d'euros. Plusieurs ministres ont cependant jugé depuis la rentrée que la barre était placée trop haut, Bercy évoquant le chiffre de 15 euros la tonne. Mais pour l'heure, refusant de spéculer sur les arbitrages à venir, Michel Rocard rappelle que, lors des travaux qu'il a présidés, "l'unanimité s'était faite sur 32 euros" et qu'il "y avait peu de gens pour demander moins".
D'après agences
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