Copé "passe à la vitesse supérieure"

Par , le 01 septembre 2009 à 17h38 , mis à jour le 01 octobre 2009 à 16h34

Interview - Le patron du groupe UMP délivre ses vérités de rentrée à LCI.fr : taxe carbone, bonus, grand emprunt, cumul des mandats, Generation France...

Jean-François CopéJean-François Copé © Abacapress

LCI.fr : Le PS se montre offensif en cette rentrée. Commençons par le cumul des mandats. Martine Aubry veut le limiter après les régionales. Quelle est votre position en tant que député-maire de Meaux ?
 
Jean-François Copé : J'ai toujours été constant sur le sujet : il faut limiter le cumul des mandats à un mandat national et un mandat local. Je sais que ce n'est pas à la mode et que les sondages donnent des Français favorables à un mandat unique. Mais sur le terrain, ces mêmes Français sont très contents d'avoir un maire qui est aussi député pour pouvoir aller porter la bonne parole à Paris.
 
Cette proposition est un truc utilisé par Martine Aubry pour avoir quelques idées qui rassemblent au PS. C'est beaucoup plus facile d'avoir des applaudissements sur le cumul des mandats que sur des positions courageuses sur l'économie ou le social. Pas un mot dans sa bouche sur la réforme des retraites, ça fait sourire.
 
LCI.fr : Mais peut-on à la fois être parlementaire et présider une région par exemple ?
 
Oui on peut le faire mais c'est plus compliqué pour un membre du gouvernement car il y a  alors un problème de disponibilité. Par exemple, Valérie Pécresse et Bruno Le Maire ont réagi avec sagesse en disant que s'ils étaient élus, ils quitteraient le gouvernement.
 
LCI.fr : Vous êtes donc sur la position de Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP ?
 
Oui, j'ai toujours défendu cette position.
 
LCI.fr : La taxe carbone échauffe les esprits et personne n'y comprend rien. Le gouvernement souhaite cette taxe alors que Nicolas Sarkozy refuse toute hausse des impôts, où est la logique  ?
 
Je n'ai pas encore vu la copie du gouvernement donc je vous donne mon point de vue personnel : d'une part, je ne suis pas hostile au principe de la fiscalité écologique. Je suis profondément engagé pour le développement durable mais il ne faut pas se tromper de cible. Par exemple, le bonus-malus pour les voitures propres est une excellente mesure car c'est incitatif.

Mais ce que je ne voudrais pas, c'est que cette taxe carbone soit simplement une recette supplémentaire pour Bercy. S'il s'agit par ce biais  de récupérer 4 ou 5 milliards dans la poche des contribuables, ce n'est pas possible car ce serait un malentendu considérable vis-à-vis des Français.

Deuxième écueil à éviter : ce n'est pas tant un problème d'inégalité sociale que d'inégalité géographique. Le vrai sujet, ce n'est pas d'opposer les gentils et les méchants pollueurs. C'est comment fait-on pour se déplacer dans une zone où il n'y a pas de transports en commun ?  Et là, celui qui habite à la campagne est désavantagé.
 
LCI.fr : Vous parlez comme Ségolène Royal...
 
Je n'en sais rien... En tout cas, sur ces sujets, il faut des réponses et nous députés UMP, on va beaucoup se mobiliser. Alors que je suis le promoteur de l'hyperparlement qui se met en place, comment imaginer que nous allions seulement regarder la copie, fermer les yeux, faire un grand sourire et puis c'est tout?  Nous allons inventer une fiscalité écologique pour éviter les deux écueils que je viens d'évoquer.
 
LCI.fr : Comment expliquez-vous un tel couac à gauche, comme à droite, sur cette taxe carbone ? 
 
Ce n'est pas un couac mais un débat. J'en ai ras-le-bol que dans ce pays, à chaque fois que l'on exprime des désaccords, cela s'appelle un couac. Si tout le monde avait la vérité en ¼ d'heure, cela se saurait. C'est indispensable que chacun exprime son avis dans ce débat. D'autant plus que ce débat sur la taxe carbone ou le développement durable n'est pas un débat droite-gauche. Il y a dans nos deux familles politiques des gens profondément engagés pour le développement durable. Donc il n'y a pas d'un côté les gentils Verts qui ont toujours raison et les méchants pollueurs. J'ai trouvé déplacés les propos ayattolesques de Daniel Cohn-Bendit et Noël Mamère. 
 
LCI.fr : Le débat sur une liste de 3000 contribuables français qui ont des comptes en Suisse choque une partie de l'opinion. Pensez-vous qu'Eric Woerth bluffe  avec cette liste ?
 
Je ne peux pas répondre à cette question car c'est de la compétence du ministre du Budget. Mais pour avoir exercé cette fonction, je peux vous dire que sa démarche est bonne. Elle consiste à inciter des gens qui se sont délocalisés à se mettre au clair avant que la sanction ne tombe. C'est moderne, c'est une autre façon de moderniser le rapport avec le contribuable.
 
LCI.fr : Cela peut choquer l'opinion, le PS parle "d'amnistie"...
 
Si c'est une manière de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat, cela se regarde. Je préfère une démarche de rétablissement de confiance pour des contribuables à condition qu'ils paient ce qu'ils doivent plutôt que les sanctionner avec des procédures lourdes et complexes.  L'opinion s'y retrouvera si ce sont des milliards d'euros qui reviennent dans le budget de l'Etat.  A condition que cela se fasse dans la transparence, d'où l'importance de la coproduction législative en matière budgétaire. 
 
LCI.fr : Puisque l'on parle d'argent, Martine Aubry affirme qu'entre Sarkozy et les banquiers, "tout continue comme avant..."  Et vous ?
 
Non, c'est une vraie rupture avec l'époque socialiste. Sous Jospin, c'était une période de nirvana pour les chefs d'entreprise. Il n'y avait aucune réglementation en matière de rémunérations. Désormais, on lie les primes et les bonus aux résultats effectifs. J'ai été très content des conclusions après la réunion des banquiers à l'Elysée : étaler les bonus pour vouloir évaluer leur versement en fonction des résultats obtenus. Ce qui est choquant, ce n'est pas un provisionnement pour des bonus mais les conditions d'attribution. 
 
 LCI.fr : Ne va-t-on pas vers un échec au prochain sommet du G20 fin septembre compte tenu des réticences d'Obama ou de Brown sur la maîtrise des rémunérations ?  
 
J'espère que non car c'est un enjeu majeur pour réfléchir aux pistes de la sortie de crise. Pour ma part, je pense que les dirigeants du monde se verraient reprochés gravement par leurs concitoyens de ne pas tirer tous les enseignements de cette crise financière.
 
LCI.fr : Sur ces sujets qui choquent l'opinion, la droite doit-elle faire entendre une nouvelle musique, "plus à gauche ?"
 
Je ne rentrerai jamais dans la stratégie des boucs-émissaires pour se faire plaisir. On doit corriger les abus mais ne pas oublier que ce sont les entrepreneurs qui créent les richesses et les emplois.  Pour le reste, je ne crois pas que l'on soit dans un coup de barre à gauche. Tout cela est totalement dépassé. Aujourd'hui les lignes de clivage ont totalement éclaté face à une crise inédite à laquelle aucun des grands penseurs du 20e siècle, libéraux, keynésiens ou encore moins marxistes, ne nous aide à apporter une réponse.  Nous avons changé de siècle et de dimension.
 
LCI.fr : Le PS propose 200 euros de TVA remboursés pour les ménages modestes, votre avis ? 
 
Et pourquoi pas (sourires)... On rase gratis. C'est une vieille antienne socialiste. Ils ont toujours fait ça quand ils étaient dans l'opposition et ils se gardent bien de dire comment ils financeraient tout ça... Ils ne regardent même pas ce qui existe déjà.  
 
LCI.fr : Et la baisse de la TVA sur la restauration, vous ne regrettez pas, sans langue de bois ?  Les effets sont maigres...
 
Ecoutez, je m'étais opposé à cette mesure à l'époque où j'étais ministre du Budget. Et je n'ai pas l'habitude de me renier. J'ai toujours été extrêmement réservé.
 
LCI.fr : Etes-vous surpris par la lenteur des baisses de prix ?
 
Cela faisait partie des scénarios que l'on pouvait craindre. Maintenant, le coup est parti. Il faut donner sa chance au produit comme on dit... Nous ferons une évaluation de cette mesure puisque c'est désormais dans nos pouvoirs. Il faut compter un an.
 
LCI.fr : Quelle est votre position sur le grand emprunt ?  
 
C'est un débat majeur. Donc personne ne doit imaginer que tout cela se fera sans le parlement. Nous allons donc apporter notre contribution au rapport Juppé-Rocard et ce sera l'un des thèmes majeurs de nos journées parlementaires au Touquet. Ce sera le moment de la restitution des réunions organisées actuellement dans nos circonscriptions pour recueillir l'avis des Français sur cette question. Un dossier d'animation de réunion a été envoyé à chaque député UMP. Et sur cette base, le 24 septembre, nous remettrons notre contribution écrite à la commission Rocard-Juppé.
 
LCI.fr : Vous regrettez de ne pas être associé à cette réflexion sur le grand emprunt ?
 
Non, je me suis habitué (sourires). Le président de la République ne nomme jamais de députés dans les commissions. Donc on travaille à côté. Le principal, c'est que ça marche vous savez.
 
LCI.fr : Pourquoi cette absence de députés ?
 
Je n'interprète pas, j'avance... 
 
LCI.fr : Malgré l'endettement de la France, faut-il encore un emprunt ?
 
Nous avons besoin d'investir sur l'avenir. Dans les années 60 et 70, le génie des présidents de Gaulle, Pompidou et Giscard, c'est d'avoir anticipé des dépenses qui structurent aujourd'hui notre pays : le nucléaire, le TGV, les débuts de l'informatique... Autant d'intuitions géniales de chefs d'Etat qui ont anticipé ce que serait la France dans les 20 ou 30 ans qui suivent. Il faut faire ce travail aujourd'hui.  
 
Le plan de relance actuel est axé sur les équipements structurants d'aujourd'hui. Il faut maintenant un grand rendez-vous sur les sujets d'avenir, un deuxième plan de relance d'avenir sur la base de ce grand emprunt. Sur des sujets comme la sécurité alimentaire, la nanotechnologie, le nucléaire, le développement durable et la santé..
 
LCI.fr : C'est votre ambition cette année ?  
 
Génération France, le club que j'anime, travaille à fond sur ces sujets. Et mon idée cette année, c'est de passer à la vitesse supérieure. D'une part sur l'hyperparlement  mais aussi sur mon club Generation France. Nous allons défricher des idées nouvelles pour le président de la République. Nous avons aujourd'hui 50 antennes locales de Generatioin France, je souhaiterais que nous passions à 100 en juin 2010. 

Je vais me déplacer dans les régions et puis à l'étranger. Et je vais être très investi dans la bataille des régionales, évidemment en Ile-de-France où Valérie Pécresse peut l'emporter, et puis dans les autres régions où j'installerai à chaque fois une antenne de Génération-France. 
 
Aujourd'hui, un parti politique est d'abord et avant tout une machine électorale alors qu'un club, c'est d'abord pour les idées. J'y accueille aussi bien Manuel Valls, que Yann Arthus Bertrand ou Maud Fontenoy, des gens de toutes sensibilités. Jamais un parti ne pourrait faire cela. 
 
LCI.fr : Etes-vous favorables à l'alliance entre l'UMP et Philippe de Villiers et les chasseurs dans le comité de liaison de la majorité ?
 
Le comité de liaison de la majorité se réunit demain à l'Elysée. J'étais invité, mais finalement je n'y suis plus...
 
LCI. fr : Pour quelle raison ? 
 
J'imagine qu'il y a déjà trop de monde autour de la table, je ne sais pas...

LCI.fr : Vous souhaiteriez en être ?
 
Ça me fera plaisir, oui. Si je peux être utile, j'y serai volontiers. Je suis à la disposition du président de la République. Mais ce n'est pas mon genre de forcer les portes des réunions auxquelles je ne suis pas invité.

Mais sur les alliances, j'approuve totalement cette stratégie de majorité rassemblée. Les socialistes sont en train de reconstituer un cartel des gauches avec l'objectif de tout faire pour faire perdre Nicolas Sarkozy et sa majorité. A partir de là, notre démarche de rassemblement est légitime. A ma connaissance, Robert Hue n'a pas les mêmes idées que le Modem et pourtant ils font photo ensemble pour démolir la majorité.
 
LCI.fr : Comment sont vos rapports avec Nicolas Sarkozy en cette rentrée ?
 
Très bons. Je l'ai eu au téléphone mi-août et je le rencontre jeudi. 
 
LCI.fr : Manuel Valls est souvent comparé à vous-même. Réaction ?
 
C'est un type qui a beaucoup de talents, avec lequel j'ai des divergences mais que j'estime car il a notamment conquis une ville de banlieue. C'est un élément de parcours commun que les autres ne connaissent pas.  En politique, il y a des étapes à franchir, c'est un parcours initiatique.
 
LCI.fr : Les primaires du PS, cela va ringardiser la droite pour 2012 ou pas ?
 
Attendons un peu pour voir qui est ringard ou pas (rires).
 
LCI.fr : Seriez-vous pour des primaires à droite ?  
 
Je n'ai pas complètement arrêté mon avis sur ce sujet. Les primaires ont de gros avantages mais il ne faut pas que ça corsète trop. Pas de plébiscite déguisé des apparatchiks.
 
En réalité, j'étais méfiant du climat de la primaire en Ile-de-France pour les régionales et en fait Valérie Pécresse a gagné brillamment contre Roger Karoutchi, le candidat du parti. Les militants finissent en fait par désigner le meilleur et cela m'a un peu réconcilié avec les primaires. Pour moi, l'horreur absolue c'est le verrouillage des appareils, comme pouvait l'être le vieux RPR.

Par Renaud Pila le 01 septembre 2009 à 17:38
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36 Commentaires

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  • Marie, le 30/09/2009 à 20h57

    "Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d'une société libre, le second n'est qu'une forme de servitude.

  • Atoll, le 30/09/2009 à 19h15

    Cela fait des decennies que ces politicars et cumulars nous jettent de la poudre aux yeux le francais est blase de leur discours et promesses n ont tenupour vivre une galere qui s accentue chaque annee impots locaux foncier secu taxe carbone edf les carburants forfait hospitalier

  • Le gaulois, le 30/09/2009 à 18h57

    Pour le Rochelais: moi j'attends avec intérêts la rentrée des gens de gauche.Les moulins à vent devraient tourner à fond car il y a avis de tempête renforcée langue de bois!.....

  • Phil, le 02/09/2009 à 20h52

    Ils parlent tous bien au debut puis vient l heure des promesses non tenues , des voltes faces et d ivresse du pouvoir

  • Flandry, le 02/09/2009 à 15h51

    J'espère que malgré ses multiples activités, Monsieur Copé trouvera le temps de répondre aux courrier et courriel qui lui sont envoyés.

  • Marc, le 02/09/2009 à 14h11

    Monsieur COPPE occupe habilement le terrain, tout en avançant prudemment. Il parle bien, se présente cool. Nul ne doute des ses intentions présidentiables et à un moment ou à un autre il faudra bien se démarquer pour candidater. L'attaque risque de venir d'un côté qui ne sera pas celui attendu !

  • JGH, le 02/09/2009 à 14h02

    Avec tous ces louanges que lui ont apportés les internautes de ce site, M.Copé risque d'avoir la "grosse tête " et de faire de l'ombre, dorénavant, à M.Sarkozy.... Attention !!!

  • Baiona, le 02/09/2009 à 13h39

    Cela ne fait aucun doute il sera president en 2017,il s'echauffe..mais il est toujours a la bonne temperature...il e cope ra d'un mandat,et son adversaire ira danser(valls)il est est bon depuis longtemps..il a un parcours sans fautes et quand on est bon on le reste.... jean francois copé 2017

  • Michel, le 02/09/2009 à 12h17

    Paroles, paroles....... Que ce soit à droite ou à gauche ,tout çà c'est du vent en bouteilles pressurisées.

  • DARTAGNAN, le 02/09/2009 à 11h47

    Monsieur COPPE est vraiment un homme sincère et honnête il ne joue pas à la langue de bois.Si les 577 députés pouvaient être aussi compétents que lui LA FRANCE irait beaucoup mieux.Je vous conseil son livre"UN DEPUTE COMPTE ENORMEMENT"Ce livre m'a appris beaucoup de choses fort intéressantes Il veut faire bouger les députés et en particulier le parlement dans son ensemble ainsi que tous les élus de droite comme de gauche.Alorsje dis BRAVO Monsieur COPPE et merci pour toutes vos bonnes idées et vos convictions en espérant qu'en 2017 vous serez notre prochain PRESIDENT

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