© AFP"Au nom de la RGPP (la Révision générale des politiques publiques), on peut aussi supprimer le gouvernement, ça va plus vite". Xavier Bertrand a choisi l'humour pour dire le peu de bien qu'il pense de la méthode Copé sur la taxation des accidentés du travail. Jeudi en milieu de journée, le secrétaire général de l'UMP critiquait, sans le nommer, le solo du patron des députés UMP dans cette affaire.
C'est en début de semaine que Jean-François Copé a pris l'initiative surprise de remettre au goût du jour l'idée récurrente de fiscaliser les indemnités pour accident de travail. "C'est de la coproduction budgétaire et cela rapportera environ 150 millions d'euros", s'était-il félicité. Depuis, la gauche s'emporte bien évidemment. Plus rare, ce "coup" de Jean-François Copé passe mal au sein du groupe UMP qui conteste à la fois la forme, et le fond.
"Il faut que Copé nous parle"
La forme ? "Il ne peut pas annoncer ses trucs sans nous en parler avant, alors qu'il plaide sans arrêt pour la coproduction", explique le député UMP Eric Raoult à LCI.fr. Le libéral Claude Goasguen évoque "une proposition qui peut être parfaitement défendue" mais regrette le cavalier seul du député-maire de Meaux : "Il faut que Copé nous parle de ses propositions avant de les faire".
Sur le fond, la critique est venue du président de l'Assemblée nationale mercredi soir sur LCI. Interrogé par Michel Field, Bernard Accoyer s'est dit "mal à l'aise" avec cette proposition d'origine parlementaire. Il trouve le moment mal choisi alors que la crise frappe les plus modestes, et donc aussi les accidentés du travail. "Il est très rare qu'il fasse entendre sa différence", confie son entourage. "Mais sur ce sujet, on touche à l'humain. Il faut une concertation avec les syndicats". Bernard Accoyer est médecin de profession. Pour sa part Pierre Méhaignerie, président UMP de la commission des Affaires sociales, est circonspect : "Je n'ai pas pris ma décision. J'estime que poser le problème n'est pas illogique".
"Gare à la sortie de route"
Jeudi matin, le ministre des Comptes publics Eric Woerth a tenu à préciser que sur ce dossier, il s'agissait bien "d'une initiative parlementaire". Manière de bien mettre le président du groupe UMP face à ses responsabilités.
Si Nicolas Sarkozy s'est dit mercredi soir sur TF1 favorable à la proposition de taxation des accidentés du travail, il n'a en revanche pas précisé le "besoin de concertation", laissant à Xavier Bertrand le soin de faire le boulot. Remarque d'un député copéiste sur ce dossier : "Jean-François a fait monter efficacement la pression avec les journées parlementaires, mais gare toutefois à la sortie de route".
| Tollé dans l'opposition et chez les syndicats |
Michel Sapin, secrétaire national du PS chargé de l'économie, a parlé de "double peine" pour les salariés victimes d'un accident du travail. Le président du Modem, François Bayrou, a jugé la mesure foncièrement injuste : une victime d'accident du travail perd déjà, a-t-il souligné, toute la partie de sa rémunération liée à l'activité, comme les primes et heures supplémentaires. Le porte-parole du Nouveau Centre, Maurice Leroy, a jugé le projet "indécent". Marie-George Buffet (PCF) a accusé la majorité UMP de vouloir "faire payer le plus grand nombre" en ajoutant : "Chaque fois que quelqu'un parle d'égalité à l'UMP, c'est pour rabioter un droit". Pour la CGT, Bernard Thibault a qualifié le projet de "scandaleux et honteux". Le syndicat Solidaires a fait remarquer que l'indemnité n'était pas un salaire, et ne représentait que 60% du salaire journalier de base pendant les 28 premiers jours d'arrêt, puis 80% ensuite. L'Association des paralysés de France, enfin, s'est dite "consternée". |
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