Michel Rocard lors des Journées parlementaires PS, le 17 septembre 2007 © Abacapress/T.Camus"La France ne peut accueillir toute la misère du monde". Cette phrase, prononcée par Michel Rocard il y a 19 ans devant des militants de la Cimade (Comité Inter-Mouvements Auprès Des Evacués), avait placé à l'époque l'ancien Premier ministre au coeur d'une polémique sur les questions d'immigration. Polémique d'autant plus malvenue pourtant, qu'il ne s'agissait que de quelques mots totalement sortis de leur contexte, la phrase complète étant : "La France ne peut accueillir toute la misère du monde... mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part".
Conscient que cette phrase lui avait "joué les pires des tours", Michel Rocard, de nouveau présent samedi devant des membres de la Cimade, qui a commencé à fêter son 70e anniversaire avec un colloque à Strasbourg, a regretté que l'on n'en ait retenu que la première partie. La formule ainsi réduite a été "sans cesse invoquée pour soutenir les conceptions les plus éloignées de la mienne", a déploré l'ancien Premier ministre. "J'ai dû demander que la phrase soit citée complètement au moins 483 fois, sinon 572", a-t-il plaisanté tout en admettant que si l'ordre des termes de sa proposition avait été "malheureux", il n'était peut-être pas fortuit, eu égard à ses responsabilités de l'époque. "Aucun Premier ministre ne sera jamais en situation de donner satisfaction à la Cimade", a-t-il reconnu. Avant de lâcher devant un parterre de militants réunis au Palais Universitaire de Strasbourg : "la France et l'Europe peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la misère du monde".
Des quotas à la traque des sans-papiers
L'ancien Premier ministre intervenait en prélude à une table ronde sur le thème "Quel accueil de l'autre dans l'Europe de demain ?". Applaudi à plusieurs reprises, il a encore estimé que "les 20 ans écoulés ont été marqués par la dérive des réglementations européennes des migrants sur une vision purement sécuritaire" et a fustigé une "politique d'inhospitalité".
Plaidant pour un "changement des pratiques politiques", il a encore salué l'abandon par le gouvernement des tests ADN - "une opportune marche en arrière" - mais a critiqué les "quotas annuels d'expulsion" qui ne peuvent conduire "qu'à une sorte de traque de la part des policiers".
Au-delà de cette intervention de Michel Rocard à Strasbourg, le 70e anniversaire de la Cimade donnera lieu pendant toute une année à des événements et divers colloques associant "mémoire, réflexion et action". La Cimade est la seule association présente dans les centres de rétention, depuis leur création officielle en 1981, malgré une réforme qui vise, notamment, à les partager en "lots" et à confier les missions d'assistance aux étrangers à d'autres associations.
D'après agence
Retour MYTF1
Chargement en cours...




