Nicolas Sarkozy en déplacement dans l'Orne le 3 septembre 2009 © TF1/LCI"Sur la taxe carbone et la fiscalité écologique, on (la France) montrera l'exemple", Nicolas Sarkozy en est sûr. Alors que les contours de la taxe carbone se précisent (François Fillon a annoncé mercredi qu'elle ne concernerait pas l'électricité et qu'elle n'augmenterait pas les prélèvements obligatoires : lire notre article), Nicolas Sarkozy passe à l'étape suivante, avant de présider vendredi à l'Elysée une réunion sur les "arbitrages".
Le président, en déplacement jeudi à Caligny, dans l'Orne, où il est venu visiter un équipementier automobile, Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il allait demander à l'Union européenne qu'elle "se dote d'un taxe carbone aux frontières" (cela concernerait cette fois les importations). "Il faut asseoir la fiscalité sur la pollution (...) ceux qui 'produisent sale' doivent payer", a-t-il justifié.
Sarkozy : "La taxe carbone, je l'assume"
Alors que le débat sur l'opportunité et les modalités de la contribution climat fait rage aussi bien dans la majorité que dans l'opposition, Nicolas Sarkozy a justifié son choix d'inscrire la taxe carbone dans le projet de loi de finances 2010 à discuter cet automne au Parlement.
"La taxe carbone, je l'assume (...) demain c'est trop tard, c'est aujourd'hui qu'il faut prendre des décisions", a-t-il dit, prenant soin de répéter qu'il était favorable à ce que "les impôts diminuent en contrepartie". "Un homme politique doit être courageux", a insisté le chef de l'Etat, dénonçant "ceux qui disent qu'ils sont pour l'environnement mais n'ont pas le courage" de l'assumer. Une allusion aux déclarations de Ségolène Royal.
Les réactions pleuvent toujours
Car parallèlement, le débat continue de s'alimenter en France. Dernière réaction en date, celle de Jean-Pierre Chevènement. Le président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) se dit favorable à la taxe carbone "sous réserve qu'on rembourse les ménages défavorisés", afin que cette mesure environnementale ne devienne pas "anti-sociale". Et le président du FN, Jean-Marie Le Pen, accuse le Premier ministre de se livrer à un "tour de bonneteau" en promettant de ne pas augmenter les prélèvements obligatoires avec la taxe carbonne. "J'ai l'impression qu'on utilise un peu la thématique écologique pour faire autre chose. S'il s'agit de fiscalité écologique, parfaitement d'accord. S'il s'agit d'un impôt Sarkozy qui a d'autres finalités, pas d'accord", a pour sa part déclaré l'ancien Premier ministre Laurent Fabius, en marge de l'université de rentrée du Medef.
Et Jean-Marc Jancovici, un des promoteurs de la taxe carbone, se dit "déçu" par le montant initial de la taxe carbone retenu par le gouvernement (14 euros par tonne de C02), le comparant à de "l'eau distillée" pour soigner un cancer. L'écologiste Nicolas Hulot a estimé qu'arriver à la Conférence mondiale sur le climat à Copenhague "avec la tonne de CO2 à 32 euros, ça aurait de la gueule", alors que le gouvernement vient de la fixer à 14 euros. Michel Rocard a déclaré que l'option de François Fillon pour une taxation des rejets de CO2 à 14 euros la tonne pour protéger l'environnement était "un choix qui se comprend, mais qui a son prix".
Enfin 66% des Français se disent opposés au dispositif, selon un sondage : lire notre article.
Duflot : pas "plus d'impôts" mais "mieux d'impôt"
Cécile Duflot (Verts) et Jean-Paul Besset (Europe-Ecologie), qui doivent être reçus en fin de journée à l'Elysée par Nicolas Sarkozy, ont estimé jeudi que la taxe carbone ne devait pas constituer "plus d'impôts" mais "mieux d'impôt", dans un texte au quotidien La Tribune.
La taxe carbone "ne va pas coûter" à GDF Suez car le groupe d'énergie est déjà soumis aux quotas d'émissions de CO2, a de son côté affirmé son vice-président Jean-François Cirelli, tout en se prononçant en faveur de la taxation de l'électricité. "Elle ne va pas nous coûter car nous sommes soumis aux quotas, comme d'autres industries. Nous réglons le problème CO2 par les quotas", a-t-il déclaré sur BFM.
Des "états généraux de l'industrie avant la fin de l'année"
Lors de ce déplacement, le président a également annoncé qu'il réunirait des "états-généraux de l'industrie avant la fin de l'année". Nicolas Sarkozy a précisé qu'il allait demander à la ministre de l'Economie Christine Lagarde et à Christian Estrosi (Industrie) de "rencontrer les partenaires sociaux et les fédérations industrielles pour établir avec eux le format et le calendrier de travail de ces états généraux". Selon lui, ces états généraux "pourraient être préparés dans les différentes régions par ateliers qui réuniraient les PME, les grandes entreprises, les syndicats, les universitaires, les chercheurs et les financeurs". Ces travaux "pourraient se terminer par une convention nationale" qui tracerait les lignes d'une "nouvelle politique industrielle pour la France", a-t-il dit.
Au chapitre Molex, "s'il y a un repreneur", "l'Etat garantira le repreneur", a-t-il assuré. "Il y a des comportements que je n'accepterai pas et ce qui se passe chez Molex ne me va pas", a-t-il dit. "Le gouvernement veut la réindustrialisation (du site Molex) et ce n'est pas fair play de partir en faisant tout pour qu'il n'y ait pas de repreneur", a ajouté le chef de l'Etat à l'adresse du groupe Molex.
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