© AFPLCI.fr : Quelle leçon stratégique tirez-vous déjà de l'élection partielle dans la 12ème circonscription des Yvelines, à la veille du second tour ?
Christophe Borgel : Cette élection montre que la stratégie doit être le rassemblement le plus large de la gauche le plus tôt possible. On voit avec Poissy que la seule chance pour l'UMP de l'emporter, c'est d'avoir une dynamique de 1er tour, c'est-à-dire l'écart maximal entre son candidat arrivé en tête et le second. C'est le message que nous expliquons à nos partenaires Verts : on prend des risques dans la dispersion.
Ainsi je pense que que si nous avions offert le visage de l'unité, nous aurions pu emporter la dixième circonscription des Yvelines fin septembre et nous serions en situation très favorable pour gagner dimanche. Ceci étant, je pense que dimanche c'est très jouable car lorsque l'on regarde les reports de voix sur le papier, nous pouvons l'emporter si on mobilise les absentionnistes.
LCI.fr : Sur quoi est fondée exactement cette dynamique de 1er tour chère à Nicolas Sarkozy ?
Il y a deux élements qui jouent. Une logique médiatique fait que le lendemain, la presse titre sur "le candidat de l'UMP largement en tête" et cela crée une dynamique, surtout dans une élection partielle. D'autre part, pour l'électeur de gauche qui n'a pas été voté au premier tour, l'absence de suspense pour le second ne va pas l'inciter à se déplacer le dimanche suivant.
Cette élection se déroule dans un climat de doutes au sein même de l'UMP confrontée à toute une série de polémiques. On a une situation qui peut nous être favorable même si au point de départ, c'est une circonscription qui est difficile pour la gauche.
LCI.fr : La notoriété de David Douillet fausse-t-elle les enseignements d'une telle élection ?
Si on avait un candidat UMP moins médiatique, il ne ratisserait pas autant au-delà de son électorat. Et je pense que dimanche l'affaire serait pliée. Ceci étant, cette notoriété est à double tranchant. David Douillet ne connaît rien à la réalité de la circonscription et n'est qu'un pur produit de l'état-major UMP. On comprend les électeurs qui doutent de le revoir très souvent dans les cités de la 12ème circonscription des Yvelines.
LCI.fr : Comment jugez-vous la performance des Verts dans cette élection, Alain Lipietz semblait un peu déçu ?
Il y a eu un emballement médiatique après le résultat de la 10ème circonscription des Yvelines ou la candidate d'Europe Ecologie a dépassé le PS. Et les Verts ont fait le raisonnement suivant : on est passé devant dans la 10ème, cela va être la même chose dans la 12ème. Mais à Poissy, les socialistes n'étaient pas divisés dimanche dernier et avaient un candidat avec un fort ancrage local.
Le score d'Alain Lipietz a été objectivement très bon et les Verts ont eu tort d'être déçus.
Je suis assez content que les Verts soient hauts et si le PS retrouve ses bons scores, c'est la gauche dans son ensemble qui gagne et c'est cela qu'il faut chercher. Je regrette les déclarations du type de celles par exemple d'un Noël Mamère qui cible prioritairement les socialistes. C'est une erreur.
Il faut chercher à élargir notre électorat plutôt que de jouer les vases-communicants. Or aujourd'hui, les Verts offrent un profil qui, par certains aspects, est apolitique et donc ils ne prennent pas seulement des électeurs qui pouvaient voter à gauche auparavant mais attirent des électeurs abstentionnistes, du Modem ou encore du centre-droit. Cette réalité là, que l'on gagne ou que l'on perdre dimanche soir, elle existe.
LCI.fr : Pensez-vous que la stratégie d'autonomie des Verts partout lors des régionales soit irréversible ?
Aujourd'hui, les Verts disent qu'ils partiront en solo partout mais je crois que nous devons développer notre volonté de rassembler la gauche jusqu'au bout. Je ne veux pas faire de la langue de bois et nier leur vote militant, région après région, sur leur choix de conduire des listes autonomes.
Mais en même temps, il faut voir ce que vont donner les sondages et la situation dans quelques régions où le rassemblement de la gauche dès le 1er tour est vraiment un élément indispensable pour assurer la victoire. Je ne désespère pas de les convaincre même si la tâche est difficile.
Il ne faut jamais donner raison au refus de se rassembler, surtout lorsque nous avons dirigé ensemble la quasi-totalité des régions et que nous avons produit le bilan que les électeurs vont devoir juger en mars. Je pense par exemple à la région Rhône-Alpes où ce que nous avons réalisé ensemble en matière d'environnement va au-delà des engagements que nous avions pris en commun.
LCI.fr : Les difficultés actuelles de Nicolas Sarkozy apportent-elles, selon vous, une urgence de rassemblement plus grande ?
L'urgence de rassemblement est là, indépendamment de la situation de la droite. Elle est là au vu du bilan que nous avons tous ensemble et au vu des problèmes que les régions vont avoir à régler, notamment en matière de transports ou de développement économique. Elle est liée à la triple urgence économique, sociale et écologique.
Mais c'est vrai que vu le climat actuel, ce serait rageant de mettre l'UMP en situation d'emporter des régions car la gauche n'a pas été capable de se rassembler dès le premier tour. Et de ce point de vue là, oui la situation actuelle appelle encore plus le besoin d'union.
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