Frédéric Mitterrand, le 6 septembre 2009 à Seignosse, au campus d'été de l'UMP © Abacapress.com ![]() |
Jeu. 20:00
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Quatre ans après la parution d'un livre relatant ses expériences de tourisme sexuel, la polémique a rattrapé le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, cible d'une violente campagne de l'extrême droite, qui suscite un certain embarras. Le neveu de l'ancien président a répondu par le mépris à l'offensive lancée par le FN et relayée par le porte-parole du PS, Benoît Hamon, autour d'un récit (La mauvaise vie) dans lequel l'artiste confessait son penchant pour les amours tarifées avec de "jeunes garçons" durant ses voyages.
"Se faire traîner dans la boue par le Front national est un honneur", a-t-il lâché mercredi, laconique, à la sortie du Conseil des ministres, ravivant la fureur de sa vice-présidente Marine Le Pen. "Il n'a pas besoin de nous pour se traîner dans la boue tout seul. C'est maintenant Nicolas Sarkozy qui traîne la France dans la boue, en refusant d'exiger sa démission", a-t-elle déclaré, appelant la justice à ouvrir une enquête.
Une opération préparée
Profitant d'un débat télévisé sur les délinquants sexuels, lundi soir, Marine Le Pen avait jeté le pavé dans la mare, en citant des extraits de l'ouvrage dans un silence gêné. La séquence a déjà été visionnée plus de 9.000 fois sur internet, où beaucoup regrettent que l'attaque vienne du FN. "Cela me fait mal d'être d'accord avec une Le Pen", glisse l'un des internautes.
L'opération du FN a été mûrement préparée depuis le soutien affiché par le ministre au cinéaste Roman Polanski, dont il a jugé "absolument épouvantable" l'arrestation fin septembre pour une affaire d'abus sexuels sur mineure remontant à plus de trente ans. "Quand on a vu cette position scandaleuse, on a cherché ce qu'il avait écrit dans le passé. C'est comme ça qu'on est tombé sur son livre", reconnaît un membre du bureau politique du FN, dont la pétition contre Mitterrand aurait recueilli quelque 3.000 signatures.
"Un livre terriblement glauque"
L'indignation a même gagné les rangs du PS, le député Patrick Bloche qualifiant ces écrits d'"insupportables", tandis que Benoît Hamon s'est dit "choqué" par le comportement d'un "ministre consommateur". La Première secrétaire Martine Aubry assure ne pas "imaginer" que M. Mitterrand se soit livré à une "apologie du tourisme sexuel", tout en précisant n'avoir "pas lu le livre". "C'est bien dommage de pouvoir imaginer que des élus de gauche aillent rejoindre le Front national", a réagi Frédéric Mitterrand, à l'issue d'une audition en commission à l'Assemblée nationale.
Un argument repris par le patron de l'UMP Xavier Bertrand, qui s'étonne de voir le PS se placer "sur le terrain" du FN. "Se servir de la vie privée des gens pour en faire des attaques politiques ou politiciennes, cela me rappelle les pires heures de l'histoire", a-t-il lancé. "On fait surtout la guerre au nom Mitterrand et ce qu'il incarne dans l'ouverture à gauche. C'est bête et stupide", estime aussi un collaborateur de François Fillon. De son côté, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy Henir Guaino trouve que "débat politique français prend parfois des allures pathétiques. Tout cela est plein d'excès et assez indigne". Il estime que Frédéric Mitterrand n'a pas commis de crime ou de délit. "A-t-il été traduit devant un tribunal pour des faits répréhensibles, a-t-il fait l'objet de plaintes, de poursuites ? Il n'y a pas de faits".
Hamon : "injustifiable" et "inacceptable"
L'affaire alimente toutefois un certain malaise à droite, où certains s'inquiètent d'une résurgence du FN, à l'image de Christine Boutin, présidente d'un petit parti associé à l'UMP. "La nomination de Mitterrand a ébranlé la droite classique, mais ses postures et ses positions vont faire des ravages terribles dans l'électorat", a averti l'ancienne ministre. Pour l'ex-porte-parole de l'UMP, Chantal Brunel, "tout le monde connaissait ce livre quand il a été nommé au gouvernement, les responsables politiques qui l'ont nommé le savaient". La députée résume un sentiment général dans les rangs de la majorité, en parlant d'un livre "terriblement glauque" mais constituant "un non-événement".
Mercredi soir, le porte-parole du PS en a remis une couche. Interrogé sur Canal+ sur la nécessité ou non d'une démission de Frédéric Mitterrand en raison de ses écrits, Benoît Hamon a estimé qu'il revenait à Nicolas Sarkozy et François Fillon d'en juger. Qualifiant "d'injustifiable" et "d'inacceptable" l'exploitation sexuelle par "ceux qui ont de l'argent, qui savent que c'est illégal chez eux et profitent de l'existence de ces réseaux ailleurs pour aller assouvir des fantasmes", il a ajouté "la question maintenant est de savoir si Monsieur Frédéric Mitterrand doit démissionner ou pas". "Moi, je trouve que c'est grave (...) Si le président de la République ou le Premier ministre, eux, trouvent que ce n'est pas si grave que ça, il restera, mais c'est à eux de dire maintenant si Frédéric Mitterrand doit rester ou pas".
Mitterrand : "les bras m'en tombent" :
Jeudi matin, sur France Inter, le ministre du Travail Xavier Darcos a estimé Frédéric Mitterrand devait "répondre autrement que simplement par l'indignation" à la polémique. "Il n'y a pas de juge qui lui court après, personne ne fait de reproche à Frédéric Mitterrand sur le plan légal, on lui fait un reproche sur des comportements personnels, des comportements moraux, c'est à lui de répondre à cela".
A gauche, Cécile Duflot était sur Europe 1 jeudi matin. Il faut, selon elle, poser poliement la question à l'intéressé et surtout, ne pas faire d'amalgame entre homosexualité et pédophilie.
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Frédéric Mitterrand "ne renie rien"
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