Le drapeau français © LCI La proposition d'Eric Besson d'organiser un débat sur l'identité nationale a ravivé les antagonismes politiques sur cette question ultrasensible, des voix s'élevant dans l'opposition dénonçant une opération destinée à capter l'électorat FN à quelques mois des régionales. Ce débat lancé par le ministre de l'Immigration durera deux mois et demi, avant un "grand colloque de synthèse" fin janvier-début février, a expliqué le ministre, selon qui "il faut réaffirmer les valeurs de l'identité nationale et la fierté d'être français".
Mais ce débat semble avoir déjà débuté au vu des réactions qu'il a provoquées dès lundi. "C'est un argument électoral que l'on voit resurgir. Un thème fédérateur à droite qui permet de faire oublier d'autres problèmes, ceux de la gestion économique, des inégalités ou du bouclier fiscal où le président est en décalage avec l'opinion", estime Vincent Tiberj, chercheur à Science-po. "Pour Nicolas Sarkozy, c'est aussi une manière de prendre la main sur l'agenda médiatique après les séquences Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy. Il y a enfin la volonté de faire disparaître tous ses concurrents pour être sûr d'arriver en tête au premier tour des régionales", ajoute le politologue.
Eric Besson a contesté vouloir appliquer les thèses du Front national pour capter le reste de son électorat avant les élections régionales du printemps 2010. Cependant, de nombreuses voix dans l'opposition ont dénoncé une exploitation politique. Pour le député et secrétaire national du PS Jean-Christophe Cambadélis, "la ficelle est grosse" de réactiver le thème de l'immigration à cinq mois des régionales. Virulent, le PCF a parlé d'un "retour du pétainisme le plus nauséabond", lancé par le "petit ministre des sales besognes". "Evidemment, cette nouvelle annonce est une recette électorale. Chaque fois qu'une élection se présente à l'horizon, le parti UMP agite le sujet de l'identité nationale et de l'immigration", a dénoncé le patron du Modem selon qui "l'identité nationale n'appartient pas aux politiques". "Ebranlé par l'accumulation de scandales politiques qui ont remis en scène le FN, le gouvernement nous ressert sa vieille soupe nationaliste", a dénoncé Djamila Sonzogni, porte-parole des Verts.
"Douce France de Charles Trénet"
De son côté, le président du FN Jean-Marie Le Pen n'a pas manqué de fustiger "une résurgence purement électoraliste". "Pendant sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait exalté le thème de l'identité nationale, pour prendre des voix au Front national. Et, naturellement, on n'a plus entendu parler de ce thème. Or voici qu'il resurgit pendant la campagne des élections régionales".
Au sein de la majorité, le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre est monté au créneau pour défendre l'initiative ministérielle. "La défense de notre modèle culturel et de la douce France chantée par Charles Trenet passent par la redéfinition de notre identité nationale, a-t-il expliqué, affirmant qu'il ne s'agissait pas de construire notre identité par opposition à celle des étrangers, mais de se mettre d'accord sur ce socle commun, les principes que tout citoyen qui vit sur notre sol doit respecter." Récusant toute exploitation politique, son adjoint, Dominique Paillé a jugé que la proximité d'une élection ne pouvait justifier le report de ce débat qui a "trop tardé". "On aurait attendu les régionales, ce serait arrivé avant les cantonales, puis les sénatoriales, puis les présidentielles, les législatives. Nous avons cinq élections en deux ans", a-t-il avancé.
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